Homélie à l’occasion de La Passion du Seigneur – Vendredi-Saint
La Passion du Seigneur – Vendredi-Saint
Vendredi 3 avril 2026
Chers frères et sœurs,
Nous aimons nous rassembler le Vendredi-Saint pour commémorer ce jour très mystérieux où Jésus subit les souffrances de la Passion. Ce n’est pas une fête avec des chants de joie, mais un jour d’épreuve marqué par l’espérance. D’ailleurs la liturgie très silencieuse et grave nous aide à prendre toute la mesure de ce qui se passe. Le chemin de croix vécu à midi dans les rues du centre-ville en fut une très belle expression, sobre et paisible. Nous prions, nous contemplons, nous faisons silence, nous accueillons un si grand mystère. Nous sommes en communion avec nos frères chrétiens de Jérusalem, parmi lesquels un tout jeune prêtre du diocèse qui étudie à l’école biblique. Il me disait récemment qu’il travaille plus dans les abris que dans sa chambre ou à la bibliothèque. Nous savons que le Patriarche latin, après avoir été empêché par l’armée israélienne d’entrer dans le Saint Sépulcre le dimanche des Rameaux, peut finalement y célébrer les offices des jours saints, mais en petit comité.
Jésus, le Sauveur, le prédicateur du Royaume, celui qui a relevé Lazare de son tombeau, qui a rendu la vue aux aveugles, qui a fait entendre les sourds, qui a relevé le paralysé, lui le Fils éternel du Père, l’Immortel, l’Éternel, le Dieu trois fois saint, le Béni, le Messie, le Très-Haut, le Tout-Puissant, est là devant nous comme le plus pauvre et le plus fragile, comme un criminel coupable des choses les plus horribles, condamné à mort : sans qu’il ne résiste à ses bourreaux ou ne réponde à ses accusateurs, on lui crache dessus, on l’insulte, on le blesse avec la couronne d’épines et la flagellation, il tombe sous le poids de la croix, il est fixé à ce gibet de condamné sur lequel il commence à étouffer … jusqu’à ce que la lance du soldat romain vienne faire jaillir une source d’eau et de sang. La vie ! La vie de Dieu ! Un torrent d’amour et de grâce, un flot de miséricorde « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! ».
Oui, chers frères et sœurs, cette croix n’est pas seulement l’instrument du supplice, elle est l’arbre de la vie : sur ce bois fleurit un fruit d’amour et de paix pour toute l’humanité. La mort est morte. La mort de Jésus fait mourir la mort homicide. C’est déjà la victoire de l’Amour sur les forces des ténèbres, de la violence, du mensonge.
Le corps du Christ est livré, comme Jésus nous en a laissé le signe sacramentel hier soir dans la sainte Eucharistie. Mais ce n’est pas qu’un évènement du passé !
Aujourd’hui encore, le corps de Jésus est livré à la souffrance et à la passion dans chacun de ses membres. C’est un drame permanent. « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui, » dit Saint Paul, le corps entier souffre. L’Eglise, corps du Christ, vit ce mystère du Vendredi-Saint dans ses divisions internes qui blessent l’unité ; elle le vit aussi dans la persécution de ses membres : arrestations et condamnations, violences de toutes sortes…mais Jésus est torturé aussi à travers les blessures de l’humanité : pauvreté, injustices, exil, faim, drogue, prostitution, maladie, solitude, harcèlements, suicides, … la puissance du mal se déchaine : la guerre au Proche et au Moyen Orient nous le montre bien. C’est la terre où Dieu s’est révélé, sur laquelle il a marché, là où il a été crucifié. C’est la terre où sont nées les toutes premières communautés chrétiennes, celles de nos frères des Églises orientales. Oui, le mystère de la Croix n’est pas qu’un événement du passé.
Il est bon ce soir de regarder la Croix de Jésus et de nous demander qui nous sommes devant cette croix : celui qui hurle ? … celui qui crache, celui qui s’endort, celui qui trahit ? ou celui qui porte la croix des plus faibles, celui qui essuie le visage des souffrants, celui qui donne de l’eau à boire ? Nous avons acclamé le Christ entrant dans Jérusalem. Ne sommes-nous pas souvent en train de le lâcher, de l’abandonner, de le trahir ? Être chrétien exige de chacun qu’il fasse le choix de la croix, non par un amour malsain de la souffrance, mais pour donner sa vie comme Jésus, pour faire resplendir la lumière de Dieu là où la vie est blessée. En nous, il y a un bon larron et un mauvais larron, en nous il y a un Pilate et un Simon de Cyrène. C’est un combat intérieur qui continue, n’est-ce pas ? N’oublions pas non plus le combat contre toutes les formes d’injustice, et encore le combat de la défense de la vie, le combat de la vérité, et celui de l’unité dans l’Église contre l’indépendantisme des chapelles.
Regardons la Croix du Christ, l’arbre de la vie, l’étendard de la victoire. La mort est morte. Nous qui traçons régulièrement et dignement ce signe de croix sur notre corps, faisons mourir la mort par notre charité, notre patience, notre dévouement, notre bonté, notre bienveillance, notre service. L’Amour de Jésus a vaincu la mort une fois pour toutes. C’est nous qui en sommes les témoins et les serviteurs dans la vie de tous les jours. Alors la croix s’illuminera tout doucement de la lumière du matin de Pâques.
Amen.