Homélie à l’occasion du Pèlerinage des femmes, épouses et mères de famille de 2026
Sanctuaire Notre-Dame de grâces – Cotignac
Pèlerinage des femmes, épouses et mères de famille
7 juin 2026
Chers frères et sœurs,
Chères mères de famille, épouses, pèlerines de Cotignac,
En cette magnifique et grande solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur, la Fête-Dieu, l’Église nous donne à contempler le plus grand don que Dieu ait fait au monde : Jésus, son Fils livré pour nous, son Corps donné pour notre vie. Nous recevons ce don dans le sacrement de la sainte Eucharistie. Nous le recevons pour en vivre. Jésus nous le dit dans l’Évangile proclamé à l’instant : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ».
Et votre pèlerinage qui s’achève aujourd’hui ici au sanctuaire Notre-Dame de grâces, s’est déroulé à la lumière de cette parole de Jésus : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » (Mc 7,34). Vous avez marché, prié, chanté, vous avez ri et pleuré, vous avez reçu le pardon du Seigneur, vous avez cherché comment cette parole s’adresse à chacune d’entre vous et pas seulement à ce sourd que Jésus guérit.
Je crois que ces deux réalités se rejoignent profondément : Eucharistie et Effata. Car l’Eucharistie est précisément le sacrement par lequel Dieu vient ouvrir notre cœur pour le remplir de sa beauté et de sa sainteté. Il n’en force pas la porte mais s’invite incessamment.
Nous sommes souvent semblables au sourd-muet de l’Évangile : blessés par le péché, aveuglés par notre orgueil, paralysés par notre fragilité, nous entendons mal la voix de Dieu, nous peinons à répondre à son appel et à vivre dans son amour, nous vivons repliés sur lui-même, isolés dans cette surdité.
Mais Jésus s’approche. Il touche les oreilles. Il touche la langue. Puis il prononce cette parole créatrice qui donne vie : « Effata ! Ouvre-toi ! ». Aussitôt l’homme retrouve la communion, la relation. Il entend, il reconnaît. Il s’ouvre. Il retrouve la vie, il ressuscite. L’Effata est d’ailleurs un rite très beau lors de la célébration du baptême des petits enfants ou à l’issue du parcours catéchuménal des adultes : le célébrant touche les oreilles et la bouche en disant « Effata, ouvre-toi. Afin que tu proclames la foi que tu as entendue pour la louange et la gloire de Dieu ».
Dieu ne nous a pas créés pour le repli, la solitude, ou l’isolement qui enferment dans une spirale de désespérance et de mort, mais pour la relation avec les autres et la communion avec Lui. Il nous a créés pour la vie. Toute l’histoire du salut est une histoire d’ouverture à la vie. Ouverture de Dieu vers l’homme. Ouverture de l’homme vers Dieu. Ouverture des cœurs les uns aux autres. « Effata ! Ouvre-toi ! »
Et la première créature qui s’est totalement ouverte à Dieu est la Vierge Marie. Avant même de porter Jésus dans son sein, Marie l’a porté dans son cœur, au plus profond de son âme. Saint Augustin disait même que Marie a conçu le Christ par la foi avant de le concevoir dans sa chair : « Nous croyons en Jésus-Christ, Notre-Seigneur, lequel est né, par l’opération du Saint-Esprit, de la Vierge Marie. Cette Vierge bienheureuse a effectivement conçu par la foi Celui qu’avec foi elle a mis au monde ». (sermon 215, 4)
Lorsque l’ange lui apporte la Parole de Dieu, elle ne se ferme pas. Elle ne se protège pas. Elle ne calcule pas. Elle répond : « Voici la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta parole. » (Lc 1,38) Voilà le premier et le grand « Effata » de l’histoire chrétienne, au cœur de l’histoire du salut. Le cœur de Marie est totalement ouvert à Dieu. Et parce qu’elle accueille la Parole éternelle en elle, parce qu’elle garde cette Parole divine qui se fait chair pendant 9 mois en son sein, dans ses entrailles, elle peut donner au monde le Verbe, Dieu qui se rend visible et qui nous parle. Lorsque nous professons notre foi en disant ou chantant le Credo, nous nous inclinons en disant « et homo factus est ». Elle lui donne naissance, elle accouche et la parole de Dieu est offerte au monde comme une lumière douce et paisible, qui rayonne et attire.
Chères pèlerines, c’est pourquoi la Providence vous a conduites à Cotignac. Vous êtes venues auprès de Marie pour apprendre d’elle à ouvrir votre cœur. Marie est la mère qui donne Jésus. Elle donne son corps au Fils de Dieu. Elle offre au monde le Sauveur. Elle nous apprend comment accueillir Jésus et lui donner naissance dans le monde d’aujourd’hui.
Mais le mystère ne s’arrête pas là. Le Corps que Marie a porté, donné à Bethléem et présenté au Temple est le même Corps que l’Église nous donne aujourd’hui sur l’autel. Marie a engendré le Corps physique du Christ. Par la puissance de l’Esprit-Saint qui se déploie dans le ministère du prêtre, l’Église engendre sacramentellement le Corps eucharistique du Christ. Le Corps reçu de Marie : c’est Jésus. Le Corps reçu dans l’Eucharistie, c’est Jésus.
Quel mystère extraordinaire ! À chaque messe, l’Église continue la mission maternelle de Marie. Comme une mère nourrit son enfant, l’Église nourrit ses enfants du Corps du Seigneur. Comme Marie a porté Jésus dans son sein, l’Église le porte dans ses sacrements. Comme Marie a donné Jésus au monde, l’Église nous le donne aujourd’hui dans l’Eucharistie. Ainsi, l’Église est mère parce qu’elle nous donne le Christ. Elle lui donne naissance en nous et notre vie devient eucharistique.
Et c’est précisément là que votre vocation de femmes, d’épouses et de mères trouve une lumière particulière. L’Eucharistie nous révèle ce qu’est vraiment l’amour. Jésus ne garde rien pour lui. Il se donne totalement. « Ceci est mon corps livré pour vous. » Toute maternité authentique participe à ce mystère. Une mère accueille. Une mère porte. Une mère nourrit. Une mère souffre en silence. Une mère pleure. Une mère veille lorsque les autres dorment. Une mère s’oublie souvent pour que d’autres vivent. Une mère se donne sans cesse.
N’est-ce pas là quelque chose du mystère eucharistique ? L’Eucharistie est le sacrement qui nous fait entrer dans l’offrande du Christ sur la croix et nous apprend le don de soi, le don de la vie. Et la maternité chrétienne est l’une des plus belles expressions de ce don.
Mais transmettre la vie ne signifie pas seulement donner la vie biologique. Il s’agit aussi de transmettre la vie de Dieu. Vous êtes souvent les premières à apprendre à vos enfants le signe de croix. Les premières à leur parler de Jésus. Les premières à leur apprendre à prier. Les premières à leur raconter l’Évangile. Les premières à les conduire à la messe. Autrement dit, vous êtes souvent celles qui permettent au sourd d’entendre. L’enfant vient au monde incapable de connaître Dieu par lui-même. Par votre voix, il entend pour la première fois le nom de Jésus. Par votre foi, il découvre la présence de Dieu. Par votre prière, son cœur s’ouvre peu à peu à la grâce. Vous êtes les coopératrices de cet « Effata » que le Christ veut accomplir dans chaque âme. « Ouvre-toi » à la lumière de Dieu, à la Parole de Dieu, à la grâce de Dieu, à la vie de Dieu.
En parlant de la famille, les pères du Concile Vatican II rappellent que « Dans cette sorte d’Église domestique, les parents doivent être pour leurs enfants les premiers témoins de la foi ». (Lumen Gentium §11) Quelle grandeur dans cette mission ! Vous préparez les oreilles du cœur. Vous préparez le terrain où la Parole de Dieu pourra être accueillie. Vous rendez possible la rencontre entre Jésus et vos enfants. Le père Henri Caffarel aimait rappeler que la mission des époux n’est pas seulement de faire grandir une famille humaine mais de faire grandir des enfants de Dieu. Une mère chrétienne n’engendre pas seulement pour la terre ; elle engendre pour le Ciel.
J’avais noté aussi cette parole de mon cher ami, le père François Potez : « Une famille qui met l’Eucharistie au centre trouve son unité dans le Christ ». Chères pèlerines de Cotignac aujourd’hui, l’Eucharistie doit être le centre de votre vocation. Car personne ne peut donner ce qu’il ne reçoit pas. Si vous voulez transmettre le Christ, il faut vivre du Christ. Si vous voulez ouvrir les oreilles de vos enfants à la voix de Dieu, il faut vous-mêmes écouter cette voix. Si vous voulez leur apprendre l’amour, il faut vous nourrir de Celui qui est l’Amour. Dans l’Eucharistie, Jésus vous apprend chaque jour ce qu’est le don de soi. Dans l’Eucharistie, il guérit vos fatigues, il console vos blessures, il renouvelle votre capacité d’aimer.
Chères mères, ne sous-estimez jamais la puissance d’une mère qui prie. Ne sous-estimez jamais la fécondité d’un chapelet récité fidèlement, la grâce d’une communion offerte pour son époux ou pour ses enfants. Combien de vocations sont nées du silence d’une mère adoratrice ! Combien de conversions ont commencé par les larmes d’une mère ! Combien d’enfants ont entendu la voix de Dieu parce qu’une mère avait d’abord entendu cette voix dans son propre cœur !
En ce jour de fête du Saint-Sacrement, demandons à la Vierge Marie de nous apprendre à vivre de l’Eucharistie. Demandons-lui un cœur ouvert. Un cœur disponible. Un cœur capable d’accueillir le Christ.
Et que chacune de vous, femme, mère, épouse, veuve, puisse repartir de Cotignac avec cette parole gravée dans son âme : « Effata ! Ouvre-toi ! » Ouvre-toi à la grâce. Ouvre-toi à l’amour du Christ. Ouvre-toi à la mission que Dieu te confie.
Alors, nourries du Corps du Seigneur, à l’école de Marie, vous deviendrez davantage encore ces femmes qui donnent la vie, qui transmettent la foi, et qui ouvrent les cœurs à Dieu.
Amen. Effata !