Homélie à l’occasion des ordinations sacerdotales de juin 2026
Séminaire de La Castille
Ordinations sacerdotales Diocèse de Fréjus-Toulon
27 juin 2026
Chers frères et sœurs,
L’Église est aujourd’hui dans la joie, une grande joie. Dix de nos frères vont être ordonnés prêtres pour le diocèse de Fréjus-Toulon. Nous rendons grâce pour leur réponse à l’appel de Dieu, pour le chemin de préparation parcouru avec persévérance et courage. Nous remercions les familles, les communautés, les formateurs et les accompagnateurs qui ont contribué à leur discernement, et les parrains qui soutiennent par la prière… et aussi financièrement.
Nous célébrons l’œuvre de Dieu. C’est lui qui choisit. C’est lui qui appelle. C’est lui qui consacre. C’est lui qui envoie.
Je suis heureux d’accueillir et de saluer toutes les familles des ordinands, dont certaines sont venues de très loin, de l’autre bout du monde… tous les prêtres et diacres présents, et tous les séminaristes qui poursuivent leur formation. Devant vous tous, je veux remercier les recteurs de nos deux séminaires et leurs équipes respectives qui les accompagnent avec exigence et bonté.
Les textes que nous venons d’entendre nous donnent une clé précieuse pour comprendre ce qui va se passer : le Christ Jésus est le Bon Pasteur. L’homme auquel l’évêque impose les mains se trouve miséricordieusement introduit dans ce grand mystère du sacerdoce catholique, par un don gratuit de Dieu : « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis » (Jn 15,16). Le prêtre est configuré sacramentellement au Christ Prêtre, Bon Pasteur, et Tête de l’Église. Par l’ordination, il est consacré et « marqué d’un caractère spécial pour le rendre capable d’agir au nom du Christ tête. » (Vatican II, PO 2). Il devient « coopérateur de l’ordre épiscopal, uni à lui dans la dignité sacerdotale » (Vatican II, LG 28). La constitution sur l’Église Lumen Gentium précise bien en son § 10 que le sacerdoce des fidèles et le sacerdoce ministériel ne se confondent pas. Il y a entre eux une différence « essentielle » : le prêtre reçoit un pouvoir sacré qui lui permet d’agir « in persona Christi ». Cette mission n’isole pas le prêtre. Il appartient au saint peuple de Dieu depuis son baptême. Il est choisi et établi pour exercer un ministère, un service spirituel et pastoral dans ce peuple et pour ce peuple, avec ses frères et sœurs baptisés, fidèles du Christ. Par l’ordination, il devient au milieu du peuple de Dieu, le pasteur qui appelle, qui guide, qui rassemble, il est le prêtre qui guérit, pardonne et nourrit, toujours au nom du Seigneur, et dans la personne même de Jésus, le Prêtre éternel et l’unique Bon Pasteur.
Saint Pierre exhorte les responsables des communautés, nous l’avons entendu : « Soyez les pasteurs du troupeau de Dieu qui vous est confié. » (1 P 5,2). Et Jésus nous révèle le cœur même de cette mission : Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis (cf Jn 10,11). Les textes de la liturgie de la Parole retenus pour aujourd’hui explicitent ce que la Tradition de l’Église appelle la charité pastorale. Nous pouvons donc regarder comment le prêtre est appelé à l’exercer, à l’imitation du Bon pasteur.
I. Le prêtre dans le Peuple de Dieu
Le Concile Vatican II a approfondi notre compréhension du ministère ordonné en le situant bien dans le mystère de l’Église comme Peuple de Dieu. Le prêtre n’est jamais placé en dehors ou au-dessus de la communauté chrétienne. Il est d’abord un homme avec ses racines, son histoire faite de joies et d’épreuves, de fragilités et de forces. Vos histoires personnelles, en famille et dans la foi, vos origines diverses en témoignent devant nous : Italie, Hong Kong, Martinique, Paraguay, Égypte, Brésil, Ile Maurice, et … Toulon. Les paroissiens qui accueillent un prêtre accueillent un homme avec sa personnalité, ses talents, ses faiblesses. Et cet homme est pourtant prêtre du Seigneur, signe sacré du Christ Prêtre qui donne sa vie pour le salut de tous. Avant d’être prêtre, il est baptisé. Avant d’être ministre, il est disciple. Avant d’être un saint – c’est la vocation de tout baptisé – il est d’abord un pécheur qui aura toujours besoin de la miséricorde de Dieu pour se relever et avancer. Nous connaissons tous cette belle formule de Saint Augustin qui fait partie des classiques : « Pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien. » On peut l’appliquer au prêtre : « pour vous je suis prêtre, avec vous je suis chrétien ». Le Bon Pasteur dont parle l’Évangile n’est pas un chef lointain. Il ne dirige pas ses brebis, mais donne sa vie pour elles. Il connaît ses brebis et ses brebis le connaissent. Il marche avec elles. Il partage leur condition. Il habite leur histoire. Le prêtre participe à la charité pastorale de Jésus. Il est au service de la communion du troupeau. Il rassemble. Il écoute. Il favorise la rencontre et la réconciliation. Il construit des ponts, comme le demande souvent le pape Léon. Il va chercher la brebis perdue, « il la prend sur ses épaules » (Lc 15,5), il la ramène à la bergerie. Le prophète Ezechiel (Ez 34,16) décrit même en préfiguration l’attitude du Bon pasteur plein de bienveillance et de miséricorde dont le prêtre devient le sacrement, c’est-à-dire le signe visible et efficace : « La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit ». Et saint Pierre rappelle cette exhortation que saint Augustin aimera reprendre aussi dans son sermon sur les pasteurs « Soyez les pasteurs du troupeau de Dieu qui se trouve chez vous. Veillez sur lui, non par contrainte mais de plein gré, selon Dieu, non par cupidité mais par dévouement, non pas en commandant en maitres ceux qui vous sont confiés mais en devenant les modèles du troupeau » (1 P 5,2)
Chers ordinands, aimez le peuple auquel vous êtes envoyés. Si « le berger n’est qu’un mercenaire, les brebis ne comptent pas vraiment pour lui » (Jn 10,13). Partagez les joies et les peines des gens. Soyez proches des familles, des jeunes, des personnes âgées, des malades, des pauvres. Un pasteur ne guide bien que le troupeau qu’il aime. Il ne l’aime que s’il le connaît. Il ne le connaît que s’il le rencontre d’homme à homme.
II. Le prêtre pour le Peuple de Dieu
Le prêtre est dans le peuple, mais il est aussi pour le peuple. Son ministère est un service. Je cite le décret sur la vie et le ministère des prêtres du concile Vatican II (PO 2) : « Les prêtres reçoivent de Dieu la grâce qui les fait ministres du Christ Jésus, assurant le service sacré de l’Évangile pour que les nations deviennent une offrande agréable, sanctifiée par l’Esprit-Saint ». L’Église nous enseigne ici que les prêtres sont configurés au Christ Pasteur afin de poursuivre son œuvre de salut. Ils sont consacrés non pour eux-mêmes mais pour le peuple qui leur est confié, pour les brebis perdues qui se sont égarées loin du troupeau, et pour toutes celles qui sont comme des brebis sans berger (Mc 6,34). « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos. Celles-là aussi, il faut que je les conduise » dit Jésus (Jn 10,16). Le prêtre est envoyé vers ceux qui sont loin. Vers ceux qui ont perdu l’espérance. Vers ceux qui ne connaissent pas le Christ. Vers ceux qui se sentent exclus de l’Église. Vers ceux qui cherchent un sens à leur vie. Vers ceux qui se sont laissé tenter par le démon et ont quitté le chemin de l’Évangile.
Pour vivre cette mission avec toute la charité pastorale requise, le prêtre est appelé à vivre lui-même de la charité divine. Il ne peut se reposer sur ses propres forces, mais avant tout sur la grâce reçue par l’ordination, et sur la proximité spirituelle et intérieure avec Jésus. Le pape Léon XIV rappelait aux prêtres en juin 2025 que le ministère sacerdotal ne peut porter du fruit que dans une relation d’amitié avec le Christ et dans une authentique fraternité sacerdotale. Cette année encore dans son message aux prêtres le jour de la solennité du Sacré Cœur de Jésus, il insiste sur la nécessité de la vie intérieure qui nourrit l’action apostolique dans les circonstances de lieu et de temps qui sont celles d’aujourd’hui : « Très chers frères, lors de notre ordination, nous avons été configurés au Christ, mais il convient de raviver sans cesse en nous le don de la grâce par la célébration quotidienne de l’Eucharistie, la prière, la méditation de la Parole de Dieu et le service humble envers nos frères et sœurs. Restons unis au Christ en tout : dans ce que nous faisons et dans ce qui nous arrive au quotidien. »
Chers ordinands, souvenez-vous toujours que votre fécondité ne viendra pas d’abord de vos talents, mais de votre union au Christ. Dans la célébration quotidienne de l’Eucharistie, comme vous allez le faire dans un instant à l’autel autour de votre évêque et avec tous vos frères prêtres qui vous auront imposé les mains, vous redirez les paroles suprêmes de Jésus : « ceci est mon corps livré pour vous… ceci est mon sang versé pour vous ». À travers vous, c’est bien Jésus qui les prononce encore aujourd’hui pour chacun d’entre nous. Mais en les disant, vous vous les appliquerez à vous-mêmes. Ces paroles deviennent aujourd’hui les paroles de toute votre vie, une vie donnée « par lui, avec lui et en lui », une vie de prière et d’annonce, une vie d’offrande et d’épreuves, une vie de joie et d’allégresse, une vie de prédication et d’enseignement, une vie toute à l’image de Jésus le Bon Pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis. La prière sur les offrandes le dit : « Seigneur Dieu, tu as voulu que tes prêtres soient au service de ton autel et de ton peuple ; dans ta bonté, fais que, par la puissance de ce sacrifice, le ministère de tes serviteurs te soit toujours agréable et porte dans ton Église un fruit qui demeure toujours »
Prier pour les vocations
Votre ordination aujourd’hui nous pousse à prier encore et encore pour les vocations sacerdotales ici et ailleurs. Une belle rentrée s’annonce en septembre avec 4 jeunes varois qui vivront l’année de propédeutique. Le Seigneur appelle, il touche les cœurs. La vitalité de nos paroisses, aumôneries et troupes scoutes y est pour quelque chose. Les jeunes sont généreux, désireux de donner un sens profond et solide à leur vie. Devenir prêtre, ce n’est pas une voie de garage mais une voie de bonheur, un chemin de sainteté pour soi et pour ceux dont on devient le pasteur. Dans le chœur, ici, j’ai voulu disposer des reliques du bienheureux Joël Anglès d’Auriac, scout toulonnais martyr, béatifié en décembre dernier par le Saint-Père : « Voici ma dernière lettre, qui vous sera le dernier témoignage de ma profonde affection. Ne soyez pas tristes, soyez certains que j’accepte l’épreuve presque avec joie et je l’offre pour vous tous… le Seigneur est avec moi et je vais maintenant le voir de plus près. Lui seul est la vie réelle ; le secret de la vraie joie » : cette lettre écrite 3 heures avant sa décapitation le 6 décembre 1944 nous dit comment ce jeune saint de Toulon nous entraine, vous entraine, vous les jeunes, à dire « me voici » et « toujours prêt » pour servir et donner votre vie. Je suis sûr que le bienheureux Joël a joué un grand rôle du haut du Ciel ces derniers mois pour une belle moisson, une belle vendange vocationnelle.
Chers ordinands,
Dans quelques instants, vous serez prêtres du Seigneur, prêtres de l’Église.
Nous nous préparons à vivre ce grand mystère par lequel la puissance du Saint-Esprit vient transformer votre être, tout en vous laissant comme vous êtes.
Nous vous remercions pour ce pas en avant – « me voici » – et nous vous portons dans notre prière.
Soyez des prêtres dans le peuple de Dieu, guides humbles et missionnaires, témoins de la présence du Seigneur.
Soyez des prêtres pour le peuple de Dieu, serviteurs généreux et désintéressés, ardents prédicateurs de l’Évangile et soucieux des brebis perdues.
Soyez des prêtres avec un cœur de père, un cœur de frère.
Soyez des prêtres hommes de Dieu et hommes tout simplement.
Regardez toujours vers le Ciel et gardez les pieds sur terre.
Lorsque viendront les fatigues, revenez à la prière. Jésus rendra votre fardeau plus léger.
Lorsque viendront les doutes, revenez à l’Évangile. Jésus vous donnera la lumière.
Lorsque viendront les épreuves, revenez à l’Eucharistie. Jésus vous donnera des forces nouvelles.
Lorsque viendra le découragement, retrouvez vos amis, de vrais amis.
Lorsque vous ferez face à la persécution en interne, à la calomnie, vous trouverez votre évêque pour vous soutenir.
Et lorsque viendront les joies du ministère, rendez grâce et partagez votre joie.
Que la Vierge Marie, Mère de l’Église et Mère des prêtres, vous accompagne.
Et que le Christ Bon Pasteur fasse de vous des prêtres selon son Cœur, au service de la communion, de la participation de tous, et de la mission, afin que notre Église demeure toujours davantage « ancrée dans l’espérance ». (cf lettre pastorale 2025).
Amen.