Homélie à l’occasion des Confirmations à l’église Saint François de Paule

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Église Saint François de Paule
Paroisse personnelle pour la liturgie ancienne
Sacrement de Confirmation
Solennité du Sacré-Cœur de Jésus
Dimanche 14 juin 2026

Frères et sœurs,

Je suis heureux de vous saluer les uns et les autres : tout d’abord les confirmands de la paroisse auxquels se sont invités quelques-uns d’autres paroisses, les parrains et marraines, les parents. Au cours de cette messe du Sacré-Cœur de Jésus, et par le ministère de l’évêque, successeur des Apôtres, la sainte Église va offrir le don du Saint-Esprit à ces jeunes et adultes. C’est une grâce pour eux, c’est aussi une grâce pour toute l’Église. Nous tous ici allons bénéficier de cette Force venue d’en-Haut, promise par Jésus lui-même à ses Apôtres. Le jour de la Pentecôte, 50 jours après Pâques, le grand coup de vent, les langues de feu, l’annonce des merveilles de Dieu dans toutes les langues. Nous vivons ce grand mystère aujourd’hui par la célébration du sacrement de la confirmation.

En célébrant aujourd’hui la solennité du Sacré-Cœur de Jésus, l’Église nous conduit au cœur même de notre foi. Le Cœur de Jésus est comme la porte ouverte qui nous permet d’entrer dans le mystère de l’amour de Dieu. Le pape François, dans son encyclique ‘Dilexit nos’ (2024), nous invitait à redécouvrir le Cœur du Christ comme le lieu où se révèle l’amour à la fois humain et divin de Dieu (c’est dans le sous-titre). Il écrivait que le cœur ouvert de Jésus « nous précède et nous attend inconditionnellement, sans exiger de préalable pour nous aimer et nous offrir son amitié » (§1). Avant même que nous le cherchions, il nous cherche. Avant même que nous l’aimions, il nous aime. Saint Paul décrit cette plénitude d’amour dans sa lettre aux Éphésiens, nous l’avons entendue. Nous connaissons les 2 dimensions des plans, les 3 dimensions des reliefs… là, l’apôtre donne 4 dimensions dans une liste d’ailleurs inachevée… pour chercher à exprimer cette « insondable richesse du Christ » (Ep 3,8), inconcevable pour nos intelligences mais une grâce inouïe dont nous vivons au plus profond de nos propres cœurs : « restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… » (Ep 3,17-18).

L’Écriture dans son ensemble affirme la proximité du Seigneur auprès de chacun, tout particulièrement des plus petits et des plus fragiles, c’est-à-dire aussi des pécheurs que nous sommes. Dieu nous aime le premier. Son amour n’est pas la récompense de nos mérites ; il est la source de notre vie. Évoquer le Cœur de Jésus nous remet justement devant cette initiative de Dieu. Le cœur transpercé du Christ sur la croix proclame que rien n’est plus fort que son amour. Les Pères de l’Église ont vu dans la source d’eau et de sang qui jaillit du Cœur de Jésus transpercé la source des sacrements, tout particulièrement du baptême et de l’Eucharistie. Au cœur de cette messe de confirmations, nous nous tournons vers cette source, nous levons les yeux vers ce Cœur transpercé pour ne pas nous débiner par manque de foi et de courage, par peur ou timidité. Les Apôtres n’étaient pas nombreux au pied de la croix, nous le savons. Puis ils se sont enfermés, retirés, mis à l’écart de peur qu’il ne leur arrive la même chose qu’à Jésus. C’est de cet enfermement que le souffle vivant de Dieu, le Saint-Esprit, vient les libérer et faire d’eux des messagers du Seigneur, des prophètes, des porte-paroles, des témoins authentiques. C’est donc de ces fragilités et faiblesses qui sont les nôtres que le Seigneur vient nous libérer en nous octroyant les 7 dons de l’Esprit, déjà détaillés par le prophète Isaïe (Is 11). Cela se réalise par l’imposition des mains et surtout par l’onction sainte : « Accipe signaculum doni Spiritus Sancti ». (Ordo Confirmationis, 1971)

Chers confirmands, je vous invite à regarder, à contempler le Cœur de Jésus. Nous ne pouvons pas contempler ce cœur très aimant sans nous laisser être transformés par lui, et apprendre à aimer comme lui. Nous ne pouvons pas le contempler « en façade », sous l’apparence de bons chrétiens catholiques … et agir de façon contradictoire dans la vie quotidienne, à la maison, au collège, au travail ou en paroisse… nous ne pouvons pas nous mettre à genoux devant le Seigneur qui nous révèle son Cœur, et porter des jugements téméraires sur les autres, répandre des calomnies, organiser la division y compris dans une paroisse… tout cela ne vient pas de Dieu.

Le Coeur de Jésus, ce n’est pas une chose, un emblème, un étendard, c’est Jésus lui-même qui nous révèle l’amour infini du Père. La dévotion au Sacré-Cœur n’est donc pas un simple sentiment religieux ou une dévotion qui pourrait être vécue de façon vieillotte. Elle est une rencontre vivante avec le Christ qui transforme notre propre cœur. Plus nous demeurons dans son amour, plus nous devenons capables de compassion, de pardon, de patience et de service, à l’image de Jésus lui-même, comme le rappelait le pape François : « Un cœur capable de compassion peut grandir dans la fraternité et la solidarité car « celui qui ne pleure pas régresse, il vieillit intérieurement tandis que celui qui parvient à une prière plus simple et plus intime, faite d’adoration et d’émotion devant Dieu, celui-là mûrit. Il s’attache de moins en moins à lui-même, de plus en plus au Christ, et devient pauvre en esprit. Il se sent ainsi plus proche des pauvres, les bien-aimés de Dieu » (§190).

Je vois donc trois conversions à vivre :
– La conversion baptismale : si la grâce baptismale a été donnée une fois pour toutes, nous introduisant dans la vie divine, le combat spirituel doit se poursuivre chaque jour. Il appartient à chacun, comme les confirmands vont le faire dans un instant, de reprendre la renonciation au mal et la profession de foi. C’est une conversion de chaque jour
– la conversion missionnaire : le Saint-Chrême, huile parfumée, nous rappelle à notre mission de répandre la bonne odeur de Dieu, et pas ce qui sent mauvais – pour ne pas dire autrement – les ragots, les rumeurs, les jugements téméraires, les paroles qui tuent. C’est l’amour infini du Cœur du Seigneur que nous devons offrir et partager sans cesse afin de conduire vers Lui.
– la conversion eucharistique : oubliant notre prétention à pouvoir avancer par nous-même et nous débrouiller sans Dieu – c’est le péché originel – faisons le choix d’enraciner notre vie dans l’amour comme nous y invite l’apôtre saint Paul. Quoi de plus beau et de plus grand que le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur. Avec le Baptême et la Confirmation, l’Eucharistie complète l’initiation chrétienne. Voilà le socle complet de la vie chrétienne. Communier au corps du Christ implique une vie conforme à la présence réelle du Seigneur en nous.

Chers amis, en cette fête du Sacré-Cœur de Jésus, contemplons ce divin Cœur qui nous a aimés jusqu’au bout, et nous aime de façon incessante. Accueillons son amour gratuit, fidèle et miséricordieux. Laissons-le guérir ce qui est blessé en nous. Puis devenons, à notre tour, des témoins de cet amour dans nos familles et auprès de tous ceux que le Seigneur met sur notre route.

Le pape Léon XIV, dans message adressé aux prêtres ce vendredi, jour de la fête du Sacré Cœur, écrit ceci… c’est bon à entendre aussi par ceux qui ne sont pas prêtres : « La réponse à la vocation à la sainteté ne réside pas tant dans l’effort d’ascèse et de perfection, bien que nécessaire, mais dans l’adhésion confiante à l’amour révélé dans le Cœur transpercé de Jésus. L’apôtre Jean nous fait contempler le côté ouvert du Crucifié (cf. Jn 19, 34), dans lequel Dieu nous montre définitivement comment Il est saint : non pas dans la distance inaccessible d’une perfection séparée, mais dans un amour qui se donne jusqu’à se laisser blesser et qui peut ainsi devenir source de miséricorde et de vie. Le Sacré-Cœur de Jésus est l’icône par excellence de l’amour de Dieu : un amour tout-puissant précisément parce qu’il est capable de se rendre vulnérable, de transformer la souffrance en grâce, la douleur en espérance. »

Que la Vierge Marie, Immaculée Conception, dont le cœur fut si étroitement uni à celui de son Fils, nous apprenne à demeurer dans cet amour. Ce sera la plus belle façon de vivre notre mission de chrétien et d’en mériter le nom.

Amen.

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