Homélie à l’occasion de La Résurrection du Seigneur – Pâques 26
La Résurrection du Seigneur – Pâques
Dimanche 5 avril 2026
Chers frères et sœurs,
La grande fête de Pâques qui nous rassemble nombreux nous permet de laisser jaillir du plus profond de nos cœurs une joie immense. Le Seigneur est ressuscité des morts ! La lumière a englouti les ténèbres dans sa victoire, comme nous le montre magnifiquement le soleil levant à l’orient chaque matin. C’est la victoire de l’amour sur le péché, victoire de la vie sur la mort. Victoire du Christ Jésus, le Sauveur. Dieu a terrassé la mort par la puissance de son amour et de sa grâce.
Cette victoire sur le mal, la souffrance et la mort, nous y participons depuis le jour de notre Baptême, comme les 240 catéchumènes et la centaine d’adolescents qui ont été baptisés cette nuit dans notre diocèse. Ils sont passés par la mort avec Jésus pour renaître avec lui. Ils ont été dépouillés de l’homme ancien pour revêtir l’homme nouveau. Ils ont fait l’expérience de l’action du Dieu sauveur dans leur vie personnelle, ils ont pu mesurer la force que Dieu communique pour se remettre debout quand on est tombé, abattu, découragé, comme mort. Ils sont ressuscités, ils sont « renés ». Le baptême est une « nouvelle création », une « illumination », pour reprendre les mots des Pères de l’Église. Nous tous, baptisés, vivons de cette grâce inouïe d’être associés à la victoire de Dieu, d’être vivants en Dieu, à l’image et à la ressemblance du Christ Jésus ressuscité. La victoire de Dieu resplendit dans nos âmes par le pardon des péchés, par le don de la vie nouvelle ; elle resplendit au cœur de la communauté de l’Église qui est « le signe et le moyen de l’unité du genre humain et de l’union intime avec Dieu » (Vatican II, LG §1). C’est cette grâce qui va être donnée aux 2 enfants que je vais baptiser dans un instant.
Et pourtant, d’aucuns nous disent : « victoire ? Vous avez dit victoire ? avec tout ce qui arrive dans ma vie, avec tout ce qui arrive dans le monde, moi je ne peux pas croire en Dieu », ou « je ne crois plus en Dieu ». Ce genre de témoignage nous invite à évoquer l’expérience du tombeau vide : Marie-Madeleine arrive de bon matin et trouve le tombeau ouvert et vide. Elle va dire aux apôtres « on a pris le corps du Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis ». À la mort de Jésus et tout ce qui a précédé, s’ajoute pour le groupe des fidèles, ce drame de la disparition de son corps. La situation n’était déjà pas resplendissante, mais là, vraiment, tout semble s’effondrer. Les apôtres vont jusqu’au tombeau en courant, Jean plus vite que Pierre d’ailleurs, comme s’il fallait faire vite pour poursuivre les voleurs, retrouver les profanateurs. Ils découvrent bien le tombeau vide, « comme les femmes le leur avaient dit », et cet espace vide devient le lieu d’une plénitude, la source de leur acte de foi : « il vit et il crut », nous dit Saint Jean de lui-même. Du silence de la mort, Dieu fait jaillir ces mots qui disent le cœur du mystère. « il vit et il crut ».
Quand nous faisons l’expérience du vide dans nos vies, quand nous sommes inquiets et déroutés par « tout ce qui arrive aujourd’hui », nous pouvons nous tourner vers le tombeau vide pour croire. Ce n’est pas un lieu de violence, de fermeture du cœur, mais une invitation à la rencontre du ressuscité. Là nous pouvons redire notre confiance en notre Seigneur qui a vaincu la mort, en professant la foi de notre baptême comme nous l’avons fait cette nuit avec les catéchumènes. C’est le moment, non pas de se détourner en abandonnant la foi ou en se mettant en sommeil, mais de se laisser toucher par cette invitation radieuse et vigoureuse à vivre et à renaître. C’est le lieu où nous pouvons mesurer que Dieu tient sa promesse : il avait annoncé à ses disciples qu’il allait être rejeté, mis à mort et qu’il ressusciterait. Voilà qui est réalisé. Comme il l’avait promis par la voix du prophète Ezéchiel, Dieu accomplit sa parole aussi en nous : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. » (Ez 36,25-27)
C’est donc à nous d’en être les témoins avec les apôtres : « nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des juifs et à Jérusalem », lisons-nous dans les Actes des Apôtres. Et saint Pierre dit encore : « Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner ». Ce tombeau vide, que peut-être nous avons pu vénérer un jour dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, est aussi un lieu d’envoi en mission. Inutile d’y rester, là, à regarder tout ébêté. Jésus le dit d’ailleurs à Marie Madeleine : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Cette mission n’est pas réservée à quelques-uns, mais elle revient à tout baptisé. Il nous faut annoncer les merveilles de Dieu, inviter l’humanité à regarder les « réalités d’en-haut », comme le dit saint Paul, et c’est par notre contagion de charité, notre rayonnement d’espérance au cœur des ténèbres de l’actualité que nous témoignerons de notre foi et de notre confiance en Dieu. C’est par des actes concrets, en étant missionnaires de miséricorde, à titre personnel mais aussi en communauté, que nous laisserons la lumière éclairer la route de ceux qui sont dans les ténèbres, attirés par le mal et la mort, ou désespérés devant tant de souffrance. Le pape François avait écrit : « il y a des chrétiens qui semblent avoir un air de Carême sans Pâques » (Evangelii Gaudium). Eh bien : que notre visage se transforme, ayons des « têtes de ressuscités » pour attirer les hommes vers le tombeau vide et les guider sur le chemin de la foi, eux les incroyants, eux les recommençants, eux les nouveaux convertis, … notre témoignage doit être authentique pour être crédible, nos actes doivent être conformes à nos paroles. La joie et l’amour que nous recevons du Christ ressuscité doivent se lire sur nos visages, dans nos yeux, dans nos sourires, dans nos mains tendues, dans notre bienveillance, notre charité.
En célébrant l’Eucharistie en ce matin de Pâques, en communion avec toute l’Église et nos frères chrétiens, nous recevons dans nos cœurs le Christ vivant, lui qui s’est livré pour nous. Voilà le grand et profond mystère de notre foi, voilà Celui qui nous fait vivre au cœur des tribulations. Recevons avec foi la vie de Dieu en nous pour vivre comme Dieu, pour parler comme lui, pardonner comme lui, servir comme lui. Le monde a faim et soif de cet amour infini. Forts de cette nourriture, nous pourrons combler cette attente parmi nos contemporains.
Le Christ est ressuscité des morts, sur lui la mort n’a plus aucun pouvoir.
Amen. Alleluia