Homélie à l’occasion de la clôture diocésaine du jubilé
Clôture diocésaine du jubilé
Dimanche 4 janvier 2026
Épiphanie du Seigneur
Cathédrale ND de la Seds, Toulon
Chers frères et sœurs,
Le temps liturgique de Noël se poursuit. Il sera clos dimanche prochain avec la fête du Baptême du Seigneur. Nous démonterons alors les crèches et retrouverons le rythme ordinaire de nos vies personnelles, familiales, paroissiales. Le temps de Noël est un temps de grâce qui nous permet d’entrer profondément dans le mystère de Dieu afin d’en vivre. Le Seigneur est venu parmi nous, il a épousé notre humanité et nous offre de participer à la vie divine, selon les mots de l’apôtre Pierre (2 P 1,4). C’est pendant ce temps de Noël que le Pape François ouvrait l’Année sainte il y a 12 mois. C’est pendant ce temps de Noël que le pape Léon procède à sa clôture, et nous ici à Toulon, en communion avec lui. Les portes des 4 basiliques se ferment à Rome. Ici, je souhaite que nous gardions nos cœurs ouverts sur un avenir resplendissant et rayonnant, et que les pèlerins d’espérance que nous sommes – que nous avons essayé d’être cette année – continuent de marcher sur la route de la vie, avec le désir de participer à la vie divine sans toutefois nous échapper de la vie quotidienne tels des extra-terrestres. C’est bien dans la réalité de la vie humaine que nous sommes appelés à accueillir la grâce de la vie divine et à l’offrir aux autres, par notre ministère (prêtres et diacres avec l’évêque) et par notre témoignage à tous.
Regardons l’année sainte qui s’achève et rendons grâce ensemble. A titre personnel ou familial ou paroissial, nous avons vécu de riches moments de grâce, et nous remercions le Seigneur de nous avoir ainsi comblés. Nous le ferons en chantant le ‘Magnificat’ mais aussi le ‘Te Deum’. « L’espérance ne déçoit pas », c’était le thème de ce jubilé, selon les mots de l’apôtre Paul dans sa lettre aux romains, et nous n’avons pas été déçus : les 4 lieux jubilaires ont accueilli les pèlerins qui ont pu suivre le parcours spirituel proposé, comme ici avec la vénération des reliques de la Sainte Croix. Je sais que toute la communauté des moines de Lérins a un jour quitté le cloitre et fait la traversée pour aller à Fréjus vivre la démarche jubilaire. Des paroisses sont allées à Rome en pèlerinage. Parmi nous, certains ont vécu le jubilé des prêtres, le jubilé des jeunes, le jubilé des catéchistes, le jubilé des équipes synodales, le jubilé des pauvres ; à Rome, les pèlerins d’espérance ont suivi le parcours tout le long de la via della conciliazione, traversé la place St Pierre, puis franchi la porte sainte avant d’aller professer la foi devant le tombeau de l’apôtre. Il y eut aussi le ‘jubilé de consolation’ : je cite ici avec émotion Karine, une personne victime d’un prêtre du diocèse il y a 45 ans et dont la vie est brisée ; elle a eu la grande consolation de pouvoir serrer la main du pape Léon. Nous avons été très nombreux aussi, venant de toutes les paroisses, à participer au pèlerinage diocésain à St Maximin le 1er mai sur le tombeau de notre sainte patronne. Journée de grâce pour une expérience fraternelle et joyeuse de la communion de l’Église. Je mentionne aussi avec grande joie spirituelle le jubilé des détenus que j’ai eu la joie de célébrer dans les prisons de Draguignan et de La Farlède. La porte en kit avait pu franchir toutes les portes et grilles. Les détenus ont pu symboliquement accueillir la grâce jubilaire en passant cette porte fabriquée pour l’occasion. Je les vois encore s’arrêter, se signer, embrasser la croix. Passer une porte, pour eux, ce fut un geste riche de sens et d’espérance. Le Seigneur est bon. Lors de tous ces évènements, il a distribué ses bienfaits dans le cœur de chacun. C’est bien là l’essentiel. Nous avons reçus grâce après grâce. Conversion, indulgence, renouveau intérieur. Changement de comportement, don de soi au service des plus fragiles. Prière plus intense, enracinement dans l’eucharistie. Des ordinations de diacres et de prêtres, la béatification d’un jeune scout toulonnais… Nous redisons avec force les mots de saint Paul à Tite que nous venons d’entendre : « Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle. »
Et maintenant ? Que va-t-il rester de cette année jubilaire ? Nous connaissons bien le rugby : marquer l’essai, c’est bien ; le transformer c’est mieux. Alors, à nous de transformer l’essai jubilaire. N’en restons pas là à regarder ce qui s’est passé, ce que nous avons vécu. Comme le Pape Léon l’a écrit dans une lettre apostolique sur le ministère des prêtres le 8 décembre dernier, il nous faut vivre « la fidélité qui génère l’avenir ». C’est le titre de cette lettre. Je vous parlais de transformation comme au rugby. Justement, une transformation s’est produite. Le Pape Léon l’a exprimé lors de l’Angelus du 1er janvier à Rome : « Le Jubilé qui touche à sa fin nous a enseigné la manière de cultiver l’espérance d’un monde nouveau : en tournant notre cœur vers Dieu afin de transformer les fautes en pardon, la souffrance en consolation, les résolutions vertueuses en bonnes œuvres. C’est ainsi que Dieu Lui-même habite l’histoire et la sauve de l’oubli, en donnant au monde le Rédempteur : Jésus. Il est le Fils unique qui devient notre frère, Il éclaire les consciences de bonne volonté, afin que nous puissions construire l’avenir comme une maison accueillante pour tout homme et toute femme qui vient au jour. » Saint Paul nous le disait dans sa lettre à Tite : « autrefois, nous étions insensés, révoltés, égarés, esclaves de toutes sortes de convoitises et de plaisirs ; nous vivions dans la méchanceté et la jalousie, nous étions odieux et remplis de haine les uns pour les autres. Mais lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. »
Je vous propose 3 transformations à ne pas rater après l’essai marqué pendant le jubilé :
– Avançons dans la confiance mutuelle, sans céder aux pièges de l’esprit du monde, l’esprit de division qui cherche à semer le trouble avec des fausses nouvelles, des interprétations malveillantes, des étiquettes collées dans le dos des autres. Sortons de cela, résolument !
– Allons plus loin dans l’élan missionnaire, afin de partager la joie de l’Évangile au plus grand nombre. Nous veillerons particulièrement à accueillir comme il convient les catéchumènes et néophytes. Pour la première fois cette année, nous célébrerons un appel décisif des jeunes, hors vacances scolaires, quelques jours avant celui des adultes. Et le Conseil Diocésain des Pastorales travaille toute cette année sur la façon dont nous accueillons vraiment les néophytes dans nos communautés paroissiales. Ces personnes ne sont pas des statistiques, mais des âmes qui entrent en relation avec le Seigneur. Nous n’avons pas le droit de mettre des obstacles sur leur chemin de foi. Notre mission consiste à les accompagner et à leur ouvrir la porte du salut par Jésus le Christ. Elles apportent à l’Église aujourd’hui la fraicheur de leur foi, alors qu’on entend hurler comme les loups ceux qui voudraient effacer toute trace chrétienne de notre vie quotidienne.
– Progressons dans la recherche de la sainteté. Nous venons de recevoir un nouveau saint dans le ciel, le Bx Joël Anglès d’Auriac, scout toulonnais qui avança vers la mort avec une dignité incroyable, après avoir reçu le pardon de ses péchés, communié et prié le chapelet. Nous avancerons vers la sainteté, pas avec nos propres forces mais, comme Joël, avec les forces que Dieu nous donne : l’Évangile comme boussole, l’Eucharistie comme nourriture, l’Église comme famille.
La conclusion revient à l’apôtre saint Paul dans sa lettre à Tite : « Cet Esprit[l’Esprit-Saint], Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle. Voilà une parole digne de foi, et je veux que tu t’en portes garant, afin que ceux qui ont mis leur foi en Dieu aient à cœur d’être les premiers pour faire le bien : c’est cela qui est bon et utile pour les hommes. »
Frères et sœurs, à chacun de transformer l’essai. À chacun de s’engager à faire le bien ! Avec la grâce de Dieu !
Amen.