13 décembre 2025
Homélie à l’occasion de l’ordination diaconale de Ambroise Palayer, et Fr Gabriele, Fr Stefano, Fr Giovanni-Maria (Fils de ND des 7 Douleurs)
Ordination diaconale de Ambroise Palayer, et Fr Gabriele, Fr Stefano, Fr Giovanni-Maria (Fils de ND des 7 Douleurs)
Samedi 13 décembre 2025
3ème Dimanche de l’Avent
Église Saint-Michel de Draguignan
Chers frères et sœurs,
Comme l’année dernière ici même pour l’ordination diaconale de Marc-Antoine et César qui sont devenus prêtres en juin dernier, nous sommes dans la joie. Je leur disais : « vous devenez diacres de la joie ». Le 3ème dimanche de l’Avent est en effet marqué par cette invitation à l’exultation car le Seigneur vient. Isaïe le dit avec force : « le désert et la terre de la soif, qu’ils se rejouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ». Et Jésus dans l’Évangile détaille les motifs de cette joie : « les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les ourds entendent, les morts ressuscitent et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ». L’Évangile est la cause de notre joie la plus profonde, car le Messie annoncé à Israël va venir pour nous arracher à la mort comme il a libéré son peuple de l’exil. Dieu va se manifester et établir sa demeure au milieu de nous en épousant notre condition humaine, en tout sauf le péché. Le Sauveur va naître à Bethléem. Avec les bergers et les mages, avec tous les santons de nos crèches, nous nous mettons déjà en route le cœur plein de joie, pour l’adorer et lui faire l’offrande de nos vies.
Parmi ces santons, quatre hommes qui viennent de faire un pas en avant pour s’engager : ils ont manifesté leur ferme intention de s’approcher de Jésus pour le servir. Comme saint Jean-Baptiste, ils vont devoir se faire chaque jour de plus en plus petits pour que Jésus grandisse en eux et que surtout, Jésus naisse et grandisse dans le cœur de tous ceux qu’ils vont servir. Ces santons-là ne sont pas figés dans l’argile et recouverts de peinture, ils ne sont pas exposés aux regards des curieux. Ils sont bien vivants ; ce sont des hommes vigoureux, pleins d’enthousiasme et d’engagement. Ils vont devenir diacres par l’imposition des mains de l’évêque. Ainsi configurés au Christ Jésus qui se fait le plus petit et le serviteur de tous, ils sont envoyés par l’Église pour rendre présent le grand mystère de la crèche. C’est le plus petit qui est au centre. Dans notre monde encore aujourd’hui, les pauvres et les malheureux ne manquent pas, mais aussi les enfants et les jeunes en difficulté, les familles en rupture et en crise, les malades tristes et découragés.
Tra queste statuine ci sono quattro uomini che hanno appena fatto un passo avanti per impegnarsi: hanno espresso la loro ferma intenzione di avvicinarsi a Gesù e servirlo. Come San Giovanni Battista, dovranno farsi sempre più piccoli, ogni giorno, affinché Gesù cresca in loro e, soprattutto, affinché Gesù nasca e cresca nei cuori di tutti coloro che serviranno. Queste statuine non sono congelate nell’argilla e ricoperte di vernice; non sono esposte per i curiosi. Sono molto vive; sono uomini vigorosi, pieni di entusiasmo e impegno. Diventeranno diaconi attraverso l’imposizione delle mani da parte del vescovo. Così conformati a Cristo Gesù, che si fa il più piccolo e il servo di tutti, sono inviati dalla Chiesa a rendere presente il grande mistero della Natività. È il più piccolo che è al centro. Anche oggi nel nostro mondo non mancano persone povere e sfortunate, ma anche bambini e giovani in difficoltà, famiglie in crisi, malati tristi e scoraggiati.
Tous ces santons qui voudraient bien s’approcher de la crèche mais qui n’osent pas ou ne le peuvent pas ! Par le ministère des diacres, c’est Jésus qui va s’approcher d’eux et venir les chercher, les invitant à s’approcher du mystère. Il va leur offrir la miséricorde du Père, la force de l’Esprit, la bienveillance du bon pasteur, la tendresse et la douceur de l’enfant déposé dans la mangeoire pour les animaux, la douceur ne celui qui ne se rebelle pas contre ses bourreaux. « Alors se dessilleront les yeux des aveugles et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comem un cerf, et la bouche du muet criera de joie » dit encore Isaïe le prophète. Chers frères Ambroise, Gabriele, Stefano, Giovanni Maria, le Seigneur vous a choisis pour que vous puissiez distribuer ses bienfaits, tout particulièrement à ceux qui sont loin de la crèche, qui n’ont jamais entendu proclamer le Bonne Nouvelle de cette naissance admirable, ou qui se sont détournés à cause de l’étroitesse du chemin. Diacres, vous recevez la grâce de servir comme Jean-Baptiste, tels des prophètes de la charité, des prédicateurs inlassables de l’Évangile, des témoins de la proximité de Dieu qui se fait homme. L’Église vous entoure de sa prière, avec vos parents, vos familles et amis, et les paroissiens qui vous accompagnent depuis des années.
Si la liturgie nous invite à la joie, nous avons remarqué aussi que, par la voix de l’apôtre saint Jacques, le Seigneur nous demande d’être patients. « Voyez le cultivateur, il attend les fruits de la terre avec patience » dit-il. Quand on arrive à l’ordination diaconale, on regarde tout le chemin parcouru et l’on se dit qu’il en fallu de la patience. C’est vrai. L’Église dans sa sagesse, accompagne les candidats tout au long d’une formation qui ne se boucle pas en un éclair. Ce temps est nécessaire. Mais le diacre n’a en fait jamais fini de se former. Il aura besoin de patience encore et encore, comme tous ceux qui attendent le Sauveur : « Prenez patience, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche » avons-nous aussi entendu dans la lettre de saint Jacques. L’ordination sacerdotale viendra sans doute bientôt, chers amis … mais le ministère diaconal ne cessera pas. Le prêtre est d’abord un diacre. « Prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur » dit encore saint Jacques. Chers frères, vous le savez, vous vous engagez ce soir sur un chemin qui sera celui de toute votre vie, un chemin de générosité et de fidélité, un chemin de don et d’abandon, un chemin de vérité et de lumière, pour que tous ceux qui sont au bord du chemin se relèvent, retrouvent la confiance et reprennent vie, pour que tous ceux qui se sont trompés de route en s’engageant sur le chemin large qui mène à la perdition puissent retrouver le bon chemin. Plus vous vivrez ce don total, y compris dans le choix du célibat consacré, plus vous recevrez du Seigneur les grâces dont vous aurez besoin. Vous le savez particulièrement, vous les 3 fils de ND des Douleurs qui vivez selon l’esprit du « poverello » : le diacre saint François d’Assise en a fait l’expérience et nous a permis de prier ainsi : « Ô Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. Car c’est en se donnant que l’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve soi-même, c’est en pardonnant que l’on obtient le pardon, c’est en mourant que l’on ressuscite à la Vie ». Ambroise et vous, les trois frères, je vous invite à vivre dans cette douce patience qui permet la croissance dans l’amour, la solidité de la foi et la fécondité de l’espérance. La patience se décline en confiance, en persévérance, en paix intérieure, en douceur, en bienveillance. Le ministère diaconal est tout cela à la fois.
Et nous tous, frères et sœurs, qui recevons ces quatre diacres ce soir pour le service de l’Église diocésaine de Frajus-Toulon, il nous revient d’être aussi des disciples patients et des témoins joyeux. Disciples patients car le Seigneur modèle en nous de jour en jour un cœur qui écoute et qui apprend. Témoins joyeux car le Seigneur nous fait participer à la Mission de l’Église. En vertu de notre baptême et de notre confirmation, nous sommes appelés à donner notre vie pour que tous les santons de notre monde, étonnés ou indifférents, confiants ou rebelles, soient rejoints par le Seigneur lui-même, à travers notre témoignage et notre service. Il vient à travers les diacres de l’Église. Il vient aussi à travers l’exemple des disciples-missionnaires qui, au cœur du monde, offrent le témoignage d’une vie chrétienne la plus authentique qui soit.
Parmi nous ce soir, je le sais, des jeunes garçons et des jeunes hommes s’interrogent : « le Seigneur ne me fait-il pas signe pour que je le suive jusqu’au bout en donnant tout ? Cette question semble me procurer une grande et mystérieuse joie intérieure… mais je ne sais pas trop… » À ceux-là, je dis simplement : « oui, le Seigneur vient, il frappe à la porte de ton cœur, n’aie pas peur. Laisse cette joie s’exprimer, elle va grandir. Avec patience, tu vas découvrir ce à quoi le Seigneur t’appelle. Avec endurance, continue d’avancer sur le chemin, éclairé par l’Évangile et nourri de l’Eucharistie, accompagné par l’Église et fortifié par l’Esprit-Saint ».
Aujourd’hui même, notre diocèse compte un saint de plus, un grand frère dans le Ciel qui va soutenir et encourager tous ceux qui s’interrogent : il s’appelle Joël. Il fait partie des martyrs de l’apostolat béatifiés cet après-midi à Notre-Dame de Paris, sur décision du pape Léon XIV. Il fut décapité le 6 décembre 1944 par les nazis parce qu’il avait continué ses activités chrétiennes et pratiqué le scoutisme alors qu’il était retenu dans le cadre du STO. Ce scout toulonnais a mis en pratique son engagement de routier-scout : « un routier-scout qui n’a pas tout donné n’a rien donné. Un routier-scout qui ne sait pas mourir n’est bon à rien ». Dans sa dernière lettre si émouvante, écrite 3 heures avant de se faire couper la tête, il écrit à ses frères scouts et à sa famille : « Ne soyez pas tristes, soyez certains que j’accepte l’épreuve presque avec joie et je l’offre pour vous tous… le Seigneur est avec moi et je vais maintenant le voir de plus près. Lui seul est la vie réelle ; le secret de la vraie joie. Vivez en contact perpétuel avec LUI et vous trouverez le bonheur vrai. Ne soyez pas tristes ».
Son témoignage étonnant et bouleversant est une réponse à l’invitation du Seigneur en ce dimanche de la joie.
Bienheureux Joël, priez pour nous, priez pour nos diacres !
Amen.