Un catholique est-il obligé d’être d’accord avec le pape ?

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Faut-il toujours être d’accord avec le pape lorsque l’on est catholique ?

Il y a toujours un discernement Ă  faire entre, d’une part, une parole qui engage l’autoritĂ© du Saint Père, voire son infaillibilité ; et d’autre part, ce qui relève d’opinions plus personnelles, qui n’engagent pas le magistère, et ne demandent donc pas la mĂŞme rĂ©ception et adhĂ©sion de la part des chrĂ©tiens.

Sur les questions qui touchent Ă  des situations, des Ă©vĂ©nements particuliers, la parole du pape doit ĂŞtre entendue, prise en compte, analysĂ©e. Et Ă  chacun de nous, en fonction de sa conscience – une conscience Ă©clairĂ©e – de voir comment cette parole nous interpelle. En toute libertĂ©, on peut avoir des divergences sur ces points qui ne touchent pas le fond de la doctrine. Nous avons cette libertĂ© de pouvoir nous exprimer, d’avoir de lĂ©gitimes dĂ©bats tant qu’ils n’engagent pas la foi de l’Église. Nous sommes lĂ  d’ailleurs dans la ligne de ce que le pape François a appelĂ© la libertĂ© de recherche des thĂ©ologiens (discours du 21 juin 2019). Il me semble que le pape François fait appel Ă  notre responsabilitĂ©, Ă  notre intelligence, Ă  notre discernement.

Quels sujets sont concernés par l’infaillibilité pontificale ? 

Il faut peut-ĂŞtre commencer par rappeler ce qu’est le magistère, qui est l’un des trois moyens de connaĂ®tre la RĂ©vĂ©lation (avec l’Écriture et la Tradition). Le magistère est le pouvoir ou la fonction officielle d’enseigner : il est exercĂ© par le pape et les Ă©vĂŞques, au nom du Seigneur, et jouit pour cela de son assistance. L’infaillibilitĂ© est le degrĂ© suprĂŞme du magistère qui garantit qu’aucune erreur n’est alors possible dans l’affirmation de la foi.

L’exercice de cette infaillibilitĂ© requiert un certain nombre de conditions formelles, qu’il serait long de dĂ©velopper ici. Mais pour rĂ©pondre Ă  votre question, elle nĂ©cessite aussi un certain nombre de conditions matĂ©rielles : l’infaillibilitĂ© ne peut pas s’exercer sur des sujets scientifiques ou politiques. Elle concerne la foi et la morale. Le dogme de l’Assomption, proclamĂ© en 1950, est l’exemple le plus connu.

Sur les opinions particulières, on peut ne pas être d’accord, tout en recevant avec respect filial la vision que peut avoir le Saint Père

Si certaines doctrines doivent ĂŞtre tenues pour dĂ©finitives en raison de leur constance dans la Tradition, de leur dĂ©finition par le magistère (on peut penser Ă  l’impossibilitĂ© d’ordonner des femmes, confirmĂ©e par Jean-Paul II dans Ordinatio sacerdotalis), d’autres opinions plus neuves ou plus personnelles n’impliquent pas l’Église avec la mĂŞme certitude.

Sur les opinions particulières, on peut ne pas être d’accord, tout en recevant avec respect filial la vision que peut avoir le Saint Père. Mais ne confondons pas pour autant le Pape et Jésus, dans une tentation idolâtrique. La parole du Saint Père doit être re-située dans le cadre qui est le sien. De telle idée ou tel point de vue particulier, on peut dire : je ne m’y retrouve pas, ou au contraire, cela me semble très enrichissant. Donc avoir une capacité de recul, d’analyse, de critique et d’expression…

Sans pour autant lui manquer de respect… 

Bien sĂ»r. Sans ĂŞtre le Christ, le pape en est toutefois son vicaire. Cependant il faut sortir d’une espèce d’infantilisation qui serait mal ajustĂ©e dans le rapport avec l’autoritĂ©. Il y a d’un cĂ´tĂ© la doctrine et de l’autre il y a le jugement pastoral. Les prĂ©dĂ©cesseurs du pape François ont accompli un travail doctrinal salutaire, qui ne peut pas Ă  ĂŞtre remis en cause. Si le premier rĂ´le du pape est de garder la doctrine, sa fonction de pasteur est beaucoup plus vaste. Ses intuitions, ses exhortations, ses orientations pastorales doivent nous interpeler et nous stimuler, mais nous devons dans le mĂŞme temps demeurer libres. Il y a deux Ă©cueils Ă  Ă©viter : le premier serait de dĂ©clarer qu’Ă  partir du moment oĂą il ne s’agit ni de doctrine ni de discipline, ces orientations ne nous concernent pas et que nous pouvons continuer Ă  agir Ă  notre guise ; le second consiste Ă  suivre formellement ces orientations sans rĂ©flĂ©chir, sans se les approprier et sans les adapter. Nous devons faire appel Ă  notre intelligence, Ă  notre conscience, Ă  notre sagacitĂ©. C’est Dieu qui nous a donnĂ© cette intelligence.

Obéissance et liberté ne sont donc pas incompatibles. 

Non, au contraire. La vĂ©ritable autoritĂ© fait appel Ă  la conscience et Ă  la libertĂ©. Sinon cela devient un pouvoir totalitaire. Le Saint Père nous appelle d’ailleurs souvent Ă  cette libertĂ© intĂ©rieure !

Les paroles du pape n’ont pas le même statut ?

Le catĂ©chisme de l’Église catholique le rappelle (en § 2033), le magistère s’exprime ordinairement dans la prĂ©dication et la catĂ©chèse. Un entretien ou un documentaire ne sauraient avoir la mĂŞme autoritĂ© que des jugements solennels !

Le Saint Père a raison de vouloir protéger les personnes homosexuelles de toute forme de discrimination injuste

La question est de savoir jusqu’oĂą et comment est engagĂ©e l’autoritĂ© du Saint Père. Selon les cas, une dĂ©claration peut demander un assentiment plein et irrĂ©vocable, ou encore une docilitĂ© de l’intelligence et une adhĂ©sion intĂ©rieure de la volontĂ©, ou enfin une simple prise en compte respectueuse. Avec les interviews, on pense par exemple Ă  la question des unions homosexuelles, la plupart des mĂ©dias mettent toutes ces paroles sur le mĂŞme rang, sans faire de hiĂ©rarchie, en prenant une phrase ici, une phrase lĂ  et en mĂ©langeant le tout. Ils ne font pas de distinction. La prise de hauteur et de recul est plus que jamais requise, en faisant preuve de prudence.

Quelle est votre position sur l’union civile des personnes homosexuelles ? 

Il faut relire le catéchisme de l’Église catholique : toute personne doit être respectée, en tant que telle, quels que soient ses choix de vie. Le Saint Père a raison de vouloir protéger les personnes homosexuelles de toute forme de discrimination injuste.

Mais face au dĂ©sarroi de nombreux fidèles suite Ă  la vidĂ©o du pape, il est bon de rappeler la note Ă©crite par le cardinal Ratzinger, en 2003, avec l’appui du pape Jean-Paul II, qui explique que selon l’anthropologie chrĂ©tienne, les unions entre personnes de mĂŞme sexe ne sont pas lĂ©gitimes. Cette note de la CongrĂ©gation pour la Doctrine de la Foi explique bien pourquoi l’Église ne peut ni approuver ni encourager une reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles.

Dans son entretien, le Saint Père a certainement voulu rappeler que toute personne devait recevoir une protection juridique, mais cette note doctrinale de 2003 souligne que cette protection juridique ne saurait ĂŞtre obtenue en fonction d’une orientation sexuelle. Le cardinal Ratzinger ajoute d’ailleurs que « l’argumentation selon laquelle la reconnaissance juridique des unions homosexuelles serait nĂ©cessaire […] n’est pas vraie ». Le droit commun doit suffire Ă  protĂ©ger les citoyens et leurs intĂ©rĂŞts rĂ©ciproques.

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