Homélie de Mgr Touvet pour l’Ordination sacerdotale de Davide ASPRINI et Albéric de SAINT-POL

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Ordination sacerdotale
de Davide ASPRINI et Albéric de SAINT-POL
26 octobre 2024
Cathédrale ND de la Seds – Toulon

Chers frères et sœurs,
Une nouvelle fois cette année, nous voici rassemblés pour une ordination. Deux prêtres sont donnés au diocèse aujourd’hui, et nous sommes dans la joie, une joie immense. Nous accueillons la générosité d’Albéric et de Davide à se donner tout entiers dans le ministère presbytéral, et nous prions pour eux, en plus de les entourer chaleureusement de notre amitié. Nous accueillons la grâce du Seigneur qui, par l’action du Saint-Esprit, vient consacrer ces deux hommes et les configurer au Christ Prêtre et Pasteur. Le Seigneur les a choisis, appelés, et les met à part, sans pourtant les couper du monde ni du peuple vers lequel ils sont envoyés en mission comme pasteurs. Ils vivent dans le monde mais ne sont pas du monde, pour reprendre les paroles de Jésus. J’ai été témoin de cela de façon très heureuse ces derniers jours à Lourdes avec le pèlerinage des jeunes, ils étaient 520 venant de tout le diocèse : j’ai vu les prêtres, une vingtaine, dans leur attitude pastorale toute pleine de bienveillance et de proximité envers les jeunes, sachant rire et jouer avec eux, prendre leurs repas au milieu d’eux. Je les ai vus aussi dans leur mission sacerdotale, tant dans la célébration de la messe que dans leur disponibilité à recevoir les jeunes pour le sacrement de pénitence et réconciliation. Et les jeunes comprennent bien cela, ils voient qu’l n’y a pas d’artifice, ils mettent leur confiance dans le prêtre qui à la fois partage leur vie, et à la fois les ouvre à la vie divine. Ils suivent le prêtre qui à la fois reste un homme normal, et à la fois est un homme de Dieu, un père, un guide spirituel.
Les textes de l’Écriture Sainte que nous venons d’entendre proclamer dans cette assemblée nous disent cette complémentarité qui constitue la richesse du sacerdoce catholique. Le prophète Isaïe met en valeur l’action de Dieu : « L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. » et Jésus, dans l’Évangile selon saint Jean, souligne la relation humaine du pasteur avec ses brebis : « je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent. »
Le mystère de l’Incarnation est le socle et le point d’enracinement de tout cela. Dieu s’est fait homme en Jésus. Nous affirmons dans le Credo qu’il est « vrai Dieu et vrai homme ». Le prêtre n’est pas Jésus, il n’est pas « Dieu sur terre » – on sait maintenant où cela peut mener – mais il représente sacramentellement le Christ, il enseigne en son nom, il agit en son nom, il pardonne en son nom. Nous aimons nos prêtres quand ils nous disent quelque chose de Jésus, et non quand ils sont tentés de prendre sa place. Nous faisons appel à nos prêtres quand nous sentons qu’ils comprennent notre vie sans nous juger ou nous condamner, et qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes pour que nous puissions grandir dans notre relation avec le Seigneur. Nous nous tournons vers nos prêtres comme vers des amis avec lesquels on partage, et aussi comme des pères qui nous guident dans la foi.
Le prêtre est en effet, selon les mots du prophète, lus par Jésus à la synagogue de Capharnaüm, celui qui annonce la bonne nouvelle aux humbles, qui guérit ceux qui ont le cœur brisé, qui proclame aux captifs leur libération, qui console tous ceux qui sont en deuil. Cela, il le fait tant par sa proximité humaine que par les actions sacrées du sacerdoce ministériel, il le fait tant par la conversation amicale et confiante que par la prédication. Celui qui est ordonné prêtre ne s’évade pas de la réalité humaine, mais saisit toutes les occasions pour témoigner de la présence de Dieu. Il ne fuit pas les situations compliquées des familles et des personnes qu’il côtoie, mais il cherche à les éclairer de la tendresse et de la miséricorde du Seigneur. Le célèbre théologien Karl Rahner écrivait : « le prêtre est un homme. Il n’est pas taillé dans un autre bois que vous tous car il est votre frère. Il continue à porter le fardeau des hommes même lorsque la grâce de Dieu, à travers les mains de l’évêque, s’est posée sur lui ».
C’est cette œuvre de la grâce que nous accueillons aujourd’hui par la célébration de l’ordination. Albéric et Davide se présentent avec leur histoire et leur enracinement humain, familial – et nous saluons leurs parents et proches, rendant grâce pour tout ce qu’ils ont reçu au long de leur éducation. Ils vont devenir prêtres, ministres du Seigneur, chargés d’enseigner, de sanctifier et de gouverner comme collaborateurs de l’évêque. Leur être tout entier va être saisi par la force de l’Esprit-Saint qui leur permettra d’agir au nom du Seigneur, tout particulièrement dans la célébration de la sainte Eucharistie et du sacrement de pénitence et réconciliation. Leurs mains ayant reçu l’onction du Saint-Chrême vont consacrer le pain et le vin à l’autel « ceci est mon corps, ceci est la coupe de mon sang », donner l’absolution des péchés « je te pardonne tous tes péchés », guérir et réconforter les malades « que le Seigneur te sauve et vous relève ». Le prêtre, qui se nourrit lui-même de l’Eucharistie quotidienne donne le Corps du Christ en nourriture à ses frères et sœurs ; lui qui demande et reçoit le pardon de ses péchés personnels, il donne le pardon à ses frères et sœurs ; lui qui a besoin du secours divin pour traverser ses épreuves personnelles, il offre ce réconfort de la grâce à ceux qui sont malades et découragés.
J’ai été heureux de lire dans une première découverte rapide de l’encyclique du Saint-Père « Dilexit Nos », parue avant-hier, ce texte qui nous permet d’approfondir comment le prêtre peut refléter le mystère du Cœur de Jésus : « en entrant dans le Cœur du Christ, nous nous sentons aimés par un cœur humain, plein d’affections et de sentiments comme le nôtre. Sa volonté humaine veut nous aimer librement, et cette volonté spirituelle est pleinement illuminée par la grâce et la charité. Lorsque nous atteignons les profondeurs de ce Cœur, nous sommes inondés par la gloire incommensurable de son amour infini de Fils éternel que nous ne pouvons plus séparer de son amour humain. C’est précisément dans son amour humain, et non pas en nous en éloignant, que nous trouvons son amour divin : nous trouvons « l’infini dans le fini » (Dilexit Nos §67).
Quand Jésus parle de lui-même sous la figure du Bon Pasteur, il nous met en garde contre les mercenaires : « Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui ». Saint Augustin, dans son sermon 46, reprend cela en évoquant les mauvais pasteurs « qui cherchent leurs intérêts au lieu des intérêts de Jésus-Christ, qui se plaisent à recevoir le lait et la laine et ne travaillent pas à guérir les malades » (sermon 46,13).
Nous évêques et vous tous, chers frères prêtres, devons demeurer très vigilants pour vivre ce que les Pères du concile Vatican II appellent la « charité pastorale ». Vous, frères et sœurs fidèles laïcs, vous pouvez et vous devez nous y aider. Saint Jean-Paul II détaillait ainsi cette charité pastorale lors d’une audience en 1993 : « connaître ses brebis, spécialement par les contacts, les visites, les rapports d’amitié, les rencontres organisées ou occasionnelles, etc., toujours avec la finalité et l’esprit du bon pasteur ; – réserver un accueil semblable à celui de Jésus [aux gens qui s’adressent à lui], en restant disponible et capable d’écoute, désireux de comprendre, ouvert et franc dans la bienveillance, en s’engageant dans les œuvres et dans les initiatives d’aide aux pauvres et aux malheureux ; – cultiver et pratiquer ces  » vertus [qui sont, à juste titre, très appréciées dans la société humaine… (comme)] la bonté, la sincérité, la fermeté d’âme et la constance, le souci continuel de la justice, la gentillesse, etc…, et aussi la patience, la facilité à pardonner avec empressement et générosité, l’affabilité, la sociabilité, la capacité à être disponible et serviable sans se poser en bienfaiteur. C’est tout un éventail de vertus humaines et pastorales que le parfum de la charité du Christ peut et doit amener dans la conduite du prêtre ».
Voilà tout un programme, chers Albéric et Davide ! Votre présence toute simple comme pasteur au milieu du troupeau permettra aux jeunes que Dieu appelle à devenir prêtre de répondre à leur vocation.
Votre rayonnement de charité favorisera la communion au sein du troupeau.
Votre disponibilité sans faille sera missionnaire pour les brebis qui ne sont pas de cet enclos ; celles-là aussi il faut les conduire.
Que le Seigneur bénisse notre Église de Fréjus-Toulon, nos séminaires de La Castille et de La Seyne, nos prêtres et tous les baptisés qui portent ensemble la Mission de l’évangélisation.
Amen.
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