Homélie à l’occasion de la consécration d’Agnès BUKSA à l’Ordre des Vierges
Fête de Sainte Catherine de Sienne
Mercredi 29 avril 2026
Consécration d’Agnès BUKSA – Ordre des Vierges Consacrées
Chers Frères et Sœurs,
Nous fêtons aujourd’hui sainte Catherine de Sienne. Née 1347 au sein d’une famille très nombreuse, elle mourut dans sa ville natale en 1380. A l’âge de 16 ans, elle entra dans la branche féminine du Tiers Ordre dominicain. Et tout en demeurant dans sa famille, elle donna sa vie au Seigneur sous la forme d’un vœu de virginité qu’elle avait fait en privé alors qu’elle était plus jeune. Dans ce cadre, elle se consacra à la prière, à la pénitence et aux œuvres de charité, surtout auprès des malades.
Sa renommée de grande proximité avec Dieu et son odeur de sainteté furent telles qu’elle se lança dans le conseil spirituel à l’égard de beaucoup de personnes différentes : nobles et personnes modestes, artistes et hommes politiques, personnes consacrées et ecclésiastiques, y compris le Pape Grégoire XI qui à cette époque, résidait en Avignon. Saint Jean-Paul II la déclarera co-patronne de l’Europe en 1999 car elle œuvra beaucoup à la paix entre les peuples et fit en sorte que le « vieux continent » n’oublie jamais ses racines chrétiennes, ni les repères évangéliques qui bénéficient à la construction de la paix.
Dans une vision qu’elle garda toujours en mémoire spirituelle, la Vierge Marie la présentait à Jésus, qui lui donna un anneau splendide, en lui disant : « Moi, ton créateur et sauveur, je t’épouse dans la foi, que tu conserveras toujours pure jusqu’à ce que tu célèbres avec moi tes noces éternelles » (Raymond de Capoue, Sainte Catherine de Sienne, Legenda maior, n. 115, Sienne, 1998). A travers le don de cet anneau qui n’était visible que de Catherine, nous comprenons qu’elle prit le Christ Jésus comme époux. Avec lui se tisse une union intime toute intérieure, comme une alliance ; il est le bien-aimé au-delà de tout autre bien. Nous l’avons entendu en première lecture : « La voix de mon bien-aimé ! C’est lui, il vient… Il bondit sur les montagnes, il court sur les collines, mon bien-aimé, pareil à la gazelle, au faon de la biche. Le voici, c’est lui qui se tient derrière notre mur : il regarde aux fenêtres, guette par le treillage. Il parle, mon bien-aimé, il me dit : Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens… » (Ct 2,8-10)
Après un parcours de vie fait d’étapes bien différentes, après des années sans statut autre que celui d’une baptisée ayant prononcé des « vœux privés », après un temps de discernement en réponse à ma demande, Agnès va être aujourd’hui consacrée dans l’Ordre des Vierges. Par la date choisie, Sainte Catherine lui est donnée comme guide, et chacun d’entre nous pourra en tirer un bénéfice spirituel personnel pour suivre le Christ Jésus.
1/ Le premier repère qui vous est donné aujourd’hui est celui-ci : se faire toute petite. Dans le passage de l’Évangile de cette fête, nous avons entendu la louange que Jésus adresse à haute voix à son père. Le Seigneur exprime sa joie devant la manière dont le Père se révèle à l’humanité, il se réjouit surtout pour les destinataires de cette révélation. Les choses de Dieu ne sont pas pour les sages et les savants, ou ceux qui se croient tels, mais pour les petits. Apprendre à être petit, c’est adopter l’humilité de Jésus, « doux et humble de cœur ». Agnès, vous avez ici la clé qui vous ouvre l’accès au trésor de la révélation de Dieu.
Sainte Catherine n’était guère savante. Elle avait découvert cette clé de l’humilité et de la simplicité qui lui donnait accès à Dieu. Ainsi a-t-elle pu conseiller les savants et les princes, les sages, les grands. Elle enracinait son activité et son témoignage dans une vie de communion avec son époux, le Christ Jésus auquel elle laissait la première place. Elle avait choisi d’écouter la voix du Seigneur, de se laisser transformer par l’Esprit-Saint pour devenir petite, croire comme une enfant, aimer et prier comme une enfant. Agnès, le Seigneur vous appelle aujourd’hui à choisir la voie de la pauvreté et de la simplicité au cœur du monde, tant dans l’apparence que dans le secret de cette alliance qu’il vous est donné de sceller ce soir par la médiation de l’Église. Dans cette tradition très ancienne de l’Ordo Virginum, une des plus antiques formes de consécration à Dieu, l’évêque va vous permettre d’entrer. Ce ne sont ni des « vœux privés » ni des « vœux publics », mais une consécration toute spéciale comme le rappelle l’instruction du Dicastère en 2018 intitulée « Ecclesiae sponsae imago » : « la consécration virginale des femmes qui restent dans leur contexte ordinaire de vie, enracinées dans la communauté diocésaine rassemblée autour de l’évêque, selon les modalités de l’antique Ordo virginum, a retrouvé un reconnaissance ecclésiale explicite, sans affiliation à un institut de vie consacrée. »
Le Seigneur se réjouit de votre engagement. Il se réjouit aussi de nous voir tous autour de vous pour choisir nous aussi de devenir petits et de nous abandonner comme des petits enfants devant leur Père.
2/ Le deuxième repère laissé par sainte Catherine de Sienne, c’est le primat de la vie intérieure. Cela rejoint bien sûr le premier repère. Le développement de la grâce et de la charité dans l’âme de sainte Catherine fut tellement admirable qu’elle put grandir en sainteté, à la ressemblance de Jésus lui-même, son époux. Chaque croyant peut ressentir au plus profond de son cœur l’appel, la nécessité d’adopter les sentiments du Seigneur Jésus, du Cœur de Jésus. Alors, le disciple du Christ devient capable d’aimer Dieu et son prochain comme le Christ nous aime. Pensons aux mots de saint Paul dans le chapitre 2 de sa lettre aux Philippiens : « ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur… ». Là est le chemin qui se dessine pour la vierge consacrée d’une façon toute spéciale : être tellement dans les sentiments du Christ que l’amour du Seigneur puisse être donné en abondance.
Nous devons tous rechercher cette croissance de la charité en nous par les moyens de la vie spirituelle, comme le précise encore le Magistère pour les vierges consacrées : « elles aiment le silence contemplatif qui crée les conditions favorables pour écouter la Parole de Dieu et converser avec l’Époux cœur à cœur (§29) […] Au centre de leur existence, elles mettent l’Eucharistie, sacrement de l’Alliance sponsale d’où jaillit la grâce de leur consécration (§32) […] Dans la célébration de la Liturgie des Heures, en particulier des Laudes et des Vêpres, elles font résonner en elles les sentiments du Christ et les assimilent, elles unissent leur voix à celle de toute l’Église et présentent au Père le cri de joie et de douleur, souvent inconscient, qui s’élève de l’humanité et de la création entière ».(§34)
3/ Enfin, troisième repère laissé par sainte Catherine : aimer l’Église. Consciente des blessures intérieures de l’Église et de la pauvreté personnelle de certains prêtres, sainte Catherine éprouva toujours un très grand respect pour leur ministère tout en les appelant à être fidèles à leurs responsabilités. Elle était tellement animée par son amour profond et constant pour l’Église qu’elle déclarait au moment de mourir : « Alors que je quitte mon corps, moi en vérité j’ai consommé et donné ma vie dans l’Église et pour la Sainte Église, ce qui m’est une grâce très particulière » (Raymond de Capoue, Sainte Catherine de Sienne, Legenda maior, n. 363). La Vierge consacrée, qu’elle travaille dans le monde ou au service de l’Église, donne sa vie pour l’Église, dans une dimension diocésaine fortement accentuée, en soutien du ministère de l’évêque. Le Dicastère le dit ainsi : « la physionomie spirituelle des consacrées appartenant à l’Ordo virginum se qualifie par l’enracinement dans l’Église particulière rassemblée autour de l’Évêque, son pasteur. (§22) […] la virginité chrétienne est expérience de l’union sponsale, intime, exclusive, indissoluble, avec l’Époux divin qui s’est donné à l’humanité sans réserve et pour toujours et qui s’est acquis de cette manière un peuple saint, l’Église ». (§24)
Pas plus pas moins aujourd’hui qu’hier l’Église est belle tout en étant blessée et parfois défigurée par les péchés de ses membres. Les petites chapelles, les goûts et les couleurs, l’obéissance à géométrie variable, l’illusion et la tromperie entretenues parfois pourraient nous éloigner de l’amour de l’Église. Pourtant, c’est la seule voie qui vaille. Chacun d’entre nous est appelé ce soir à redire son acte d’amour pour l’Église, comme Agnès va le faire dans un instant.
Agnès, voilà donc le chemin dans lequel vous vous engagez. Cette célébration marque fortement non seulement la promesse que vous faites mais la promesse que Dieu vous fait d’entrer peu à peu et de mieux en mieux dans le cœur qui est le sien.
Vous savez ce que le passé vous a déjà permis de vivre et vous voulez continuer à vivre ainsi de la fidélité et de la promesse de Dieu pour nous le partager, pour nous permettre de montrer, à travers votre vie, la fidélité et la promesse de Dieu.
Pour l’Église, l’Église diocésaine dans laquelle vous vous engagez, c’est évidemment très important. L’engagement que vous prenez aujourd’hui et l’engagement que Dieu prend à votre égard, nous encouragent et nous font grandir. Ils permettent à notre Église diocésaine de rester enracinée dans l’espérance et dans cette promesse qu’il vous fait.
Montrez-nous le chemin, montrez le chemin à l’Église, là où vous la servez, là où vous la servirez.
Amen.