Questions à un futur évêque

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Le curé de la Sainte Trinité (9e arrondissement de Paris), Dominique Rey, vient d’être nommé évêque de Fréjus et Toulon par Jean-Paul II. C’est la première fois en France qu’un prêtre directement issu du Renouveau charismatique (en l’occurrence, l’Emmanuel) est appelé à l’épiscopat.

Avec le sourire et de bons souvenirs, les paroissiens de la Sainte-Trinité s’apprêtent donc à perdre un prêtre expérimenté, spirituel et entreprenant, appelé à porter la charge des apôtres dans le Var. Là-bas, le père Rey succède à Mgr Joseph Madec, atteint depuis deux ans par la limite d’âge (75 ans). Dans ces pages, le nouvel évêque répond à nos questions.

 

Quand serez-vous ordonné évêque ?

La nouvelle de ma nomination venant juste de tomber, une date précise n’est pas encore définie mais cela sera très probablement début septembre.

Que direz-vous à vos diocésains en prenant vos fonctions ?

Du Var, je connais le soleil, la convivialité. Je sais que l’Église de ce diocèse a largement accueilli les communautés nouvelles et qu’elle dispose d’un séminaire qui doit être un atout pour l’accueil et la formation des vocations. À part cela, j’ai tout à découvrir. Je commencerai donc par prendre contact avec le « vécu » local !

Vous n’avez pas de priorité ?

Si. La priorité, je le dirai aux chrétiens du diocèse, c’est la mission. Toute la pastorale doit être orientée et revisitée en fonction de la mission dans laquelle les laïcs ont un rôle primordial.

Je prendrai aussi beaucoup de temps pour visiter les prêtres et passer du temps avec eux dans leurs lieux de vie. Je crois beaucoup à la vertu d’une relation directe et personnelle.

Vous êtes le premier prêtre directement issu d’une communauté issue du Renouveau charismatique à être nommé évêque en France. Que vous inspire ce choix du Pape ?

Le Pape et l’Église dans son ensemble veulent aussi s’appuyer sur des communautés porteuses de vocations, qui promeuvent de nombreuses initiatives, évangélisatrices, dans la fidélité de la Tradition. Beaucoup de ces communautés ont, depuis 20 ans, fait leurs preuves dans le cadre paroissial.

Vous serez donc évêque et membre de l’Emmanuel ?

À partir du moment où je deviens évêque, je deviens le pasteur de tous sans exclusive. Le charisme de la communauté de l’Emmanuel m’a permis d’entrer plus profondément dans le mystère de l’Église Universelle et de sa Mission. Je viens aussi à Toulon avec toute une histoire personnelle (je suis issu d’une famille ouvrière et provinciale de Saint-Étienne) et des expériences variées : ministères auprès des jeunes, accompagnement de vocations sacerdotales, pastorale de sanctuaire, ministère en paroisse, accueil des pauvres (25 000 repas servis chaque année dans la crypte de la Trinité)…

Les diocésains de Toulon ont hâte de vous connaître. Pouvez-vous déjà leur dévoiler le prêtre et l’homme que vous êtes ? Comment vous caractériseriez-vous ?

Je suis un homme de contacts et de relations que je désire simples et directs. J’ai toujours cherché à créer des espaces et à générer des initiatives qui permettent à l’Église de sortir d’un cadre trop identitaire pour aller rencontrer la société telle qu’elle est. Les gens ont besoin à la fois de références claires, d’intériorité, de formation, du Magistère. Mais, en même temps, il faut construire des passerelles pour tous ceux qui n’osent plus s’approcher de l’Église ou ne pensent pas à le faire.

À titre personnel, mais aussi comme pasteur, le monde des artistes et de la culture me semble être un lieu de passage. Dans ma paroisse, j’ai, par exemple, suscité de nombreux concerts gospels, raps ou classiques et la création d’ateliers artistiques. La beauté est certainement un moyen de s’acheminer vers Dieu ou de pressentir Sa Présence.

Dans l’église de la Sainte Trinité, vous avez également organisé de grands débats sur l’Amour, la mort ou encore sur le travail, avec Frank Riboud, PDG de Danone, Daniel Bernard, PDG de Carrefour et le journaliste Ivan Levaï…

C’est toujours la même logique aller à la rencontre de personnes qui n’osent plus venir à l’Église, en leur proposant une réflexion sur les grands sujets qui les touchent. J’y suis d’autant plus sensible que j’ai de nombreux amis agnostiques, athées, ou appartenant à d’autres traditions spirituelles (musulmans ou juifs en particulier).

Comme chaque prêtre de la Sainte Trinité, Dominique Rey passe une soirée par semaine à servir au « Bistrot du Curé », le restaurant de la paroisse situé Boulevard de Clichy en plein quartier Pigalle. Ces actions pastorales seront-elles les souvenirs que vous garderez de la paroisse de la Sainte Trinité ?

Notamment. Mais je crois que ce qui m’a le plus marqué durant ces cinq ans, ce sont les pauvres rencontrés dans les rues et à qui, avec le concours de paroissiens, nous avons pu trouver un logement et un boulot. Je pense par exemple à Ahmed, aujourd’hui en situation régulière, qui a logé plusieurs mois chez des paroissiens. Je pense à des jeunes comme Jean-Marie ou Fabrice qui s’en sont sortis.

De mes années ici , je me souviendrai aussi du « Monastère de la Trinité » que nous avons créé en 1997. Ce « monastère » invisible est en réalité composé de paroissiens qui, par la maladie ou l’âge, ne peuvent plus se déplacer à l’église. Ils s’engagent à s’unir à nous par la prière et l’offrande, et nous leur rendons visite. Je me rappellerai aussi ces 650 bénévoles qui m’ont beaucoup stimulé dans mon ministère et de toutes les initiatives sociales : Accueil Logement Saint Lazare ou Visa-Emploi, par exemple.

Nous permettez-vous encore quelques questions personnelles à la manière de Proust ?

Je vous écoute.

Quel est le cœur de votre vie sacerdotale ?

L’adoration quotidienne. C’est un lieu de fidélité, de Vérité. on ne triche pas avec l’Eucharistie. De la prière, tout naît.

Quelle est la phrase de la liturgie qui vous touche le plus ?

« Le Seigneur soit avec vous ».

Qu’est-ce que la vie sans foi ?

L’absurde.

Quelle est la phrase de l’Écriture qui vous marque le plus ?

« Je suis venu pour qu’ils aient la vie en surabondance » (Jn 10,10).

Votre spectacle préféré ?

Le film « Central do Brasil » de Walter Salles (1998) : l’enfant nous fait renaître à notre humanité.

Quels sont les 6 personnages historiques avec lesquels vous aimeriez dîner ?

  • Les pèlerins d’Emmaüs,
  • Sainte Thérèse d’Avila (une grande fondatrice !),
  • Louis Pasteur (l’homme de foi qui sut allier l’humilité à la grandeur de la science),
  • Le musicien olivier Messiaen, organiste à la Trinité (je lui demanderais pourquoi il n’est pas encore canonisé),
  • La philosophe Simone Weil (parce qu’elle a vécu comme moi à Saint-Étienne et qu’elle était une femme de désir).

Et les 6 personnes vivantes ?

  • Christophe (un SDF de la Soupe),
  • Timothée (mon filleul ukrainien),
  • Bill Gates, le patron de Microsoft (pour lui parler de la Bonne Nouvelle !),
  • Jean-Paul II (ce grand prophète !),
  • Mon père et ma mère (parce qu’ils m’ont porté dans la foi).

Quels sont vos 3 pays préférés ?

  • La France (c’est ma terre),
  • Israël (c’est mon « origine »),
  • Le Tchad (j’y ai vécu comme coopérant, j’y ai appris la vraie valeur des choses au contact des pauvres).

Quel est votre arbre préféré ?

Le peuplier. Parce que j’en trouve d’immenses dans mon pays d’origine, les Monts du Lyonnais, où mes ancêtres paysans vivaient depuis plus de 500 ans. Et aussi parce que les peupliers sont droits élancés vers le Ciel.

Quel est votre loisir préféré ?

La marche.

Quel est votre mets méditerranéen préféré ?

Si je vous réponds le gaspacho, j’ai peur qu’on m’en serve à chaque repas ! Si je vous réponds le caviar de Mer Noire, ça ne fait pas très sérieux pour un futur évêque. J’ai envie de vous dire que ce que j’aime de la Méditerranée, c’est le soleil, et tout le reste vient avec.

Quelle est la qualité que vous préférez ?

La fidélité.

Quel est le défaut pour lequel vous avez le plus d’indulgence ?

Le désordre.

Si vous aviez droit à un coup de baguette magique, que changeriez-vous ?

Pour reprendre Confucius, je rétablirais le sens des mots. Par exemple, le sens du mot « Aimer » employé à toutes les sauces. Il sonnerait enfin juste.

Si vous n’étiez pas prêtre, que seriez-vous ?

Chef d’orchestre, parce que c’est faire travailler ensemble des gens différents et parce que la musique rend le monde meilleur. Ou encore jardinier, parce que c’est un métier de patience et d’humilité.

Qu’est-ce que cela vous fera qu’on vous dise “Monseigneur” ?

On ne me l’a pas encore dit. Je ne suis pas l’otage d’un titre, mais témoin d’une parole adressée par Thomas à Jésus : “Mon Seigneur et mon Dieu”.

“Monseigneur” renvoie à la première expérience du Christ Ressuscité et c’est à Jésus que revient cette titulature.

Traditionnellement, les évêques se choisissent une devise. Quelle sera la vôtre ?

J’hésite entre deux : « Doux et humble de cœur » (en référence aux qualités du Bon Pasteur et du fait de mon attachement à Paray-le-Monial) ou « Davantage », ce mot si souvent employé par saint Ignace de Loyola dans ses exercices spirituels. Je ne veux pas d’une vie chrétienne convenue, j’ai envie d’aller jusqu’au bout de moi-même, sans états d’âme ni retours en arrière.

Qui va vous remplacer à la paroisse de la Sainte Trinité ?

Nous ne savons pas encore.

 

Recueilli par Bertrand LETHU – Paris Notre-Dame

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