Privatisation de la foi & relations Eglise-Etat

MESSE-SAINT-SULPICE[1]

Photo : ALAIN JOCARD / AFP  : Des fidèles à la messe dominicale en l’église Saint-Sulpice (Paris) le 29 novembre 2020.

Comment la privatisation de la foi nuit aux relations entre l’Église et l’État

La crise sanitaire dans laquelle nous sommes plongés depuis bientôt un an a perturbé les relations entre l’Église et l’État dont l’équilibre fragile s’était construit au cours de l’histoire.

Une histoire mouvementée

Avec la Révolution française, alors même que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen affirme que nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, l’Église vécut en France un des épisodes les plus terribles de son histoire ; spoliation des biens ecclésiastiques, culte interdit (de 1793 à 1795), clandestinité du clergé, massacres de prêtres, etc. Le concordat établi par Napoléon réussira à pacifier les choses. Il faut revenir à 1905 pour voir apparaître de nouvelles tensions. D’importants affrontements apparaissent alors entre l’Église et l’État dans un contexte de forte poussée anticléricale. En 1958, la Constitution définit la France comme une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale » qui « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion » et « respecte toute les croyances ».

Aujourd’hui, nous constatons pourtant avec la crise sanitaire du coronavirus, l’expansion d’un autoritarisme de l’État qui sous prétexte de lutte contre l’épidémie a pris des mesures portant gravement atteintes à la liberté de culte. Le Conseil d’État, à deux reprises, est venu rappeler au président de la République et à son gouvernement que leurs décisions portaient « une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale qu’est la liberté de culte ».

 

L’effet de l’ignorance religieuse

Certes le catholicisme n’a plus la même influence qu’autrefois. La pratique religieuse décline très sensiblement. Par exemple, la France compte actuellement à peine 4,5% de pratiquants réguliers, et seuls 30% des enfants sont désormais baptisés à la naissance. Le sociologue Jérôme Fourquet parle de « fabrique du christianisme en panne ». Cet affaiblissement démographique de la foi chrétienne se double d’une « exculturation » du christianisme qui touche également les élites de la nation. Ainsi désormais, la classe politique dans sa grande majorité ne possède plus de connaissance ni de culture religieuse. Priver les catholiques totalement de messes, c’est méconnaître la nature sacramentelle de la vie chrétienne et ce qui se passe lors de chaque messe, à savoir la rencontre fraternelle autour de l’adoration de Notre Seigneur Jésus Christ, présent réellement sous l’apparence du pain et du vin. Sine dominico non possumus, « sans le dimanche nous ne pouvons pas vivre » disaient les chrétiens d’Abitène en 304 alors que l’empereur Dioclétien leur interdisait de se réunir le dimanche pour célébrer l’eucharistie.

Comme le constate Pierre Manent : « L’ignorance en matière de religion est devenue un fait politique majeur dans notre pays. » Cette ignorance conduit l’État sous prétexte d’urgence sanitaire, à passer outre la vie religieuse de notre pays et à oublier ses racines et son histoire.

 

De l’indifférence à l’hostilité

Au-delà de cette ignorance, nous constatons une inversion qui n’est pas sans conséquence. Sous prétexte de laïcité, c’est le fait religieux qui tend à être gommé : la parole publique de l’Église est latéralisée, discréditée. On privatise la foi au strict domaine de la conscience individuelle en oubliant qu’elle compte également une dimension sociale et publique. C’est ainsi qu’une procession religieuse est prise, par certains médias et responsables politiques, pour du prosélytisme. Cette laïcité amputée qui interdit toute présence et toute prise en compte du religieux dans l’espace public se développe également sous la pression d’un Islam grandissant qui, lui, ignore la distinction du temporel et du spirituel.

Les propos d’Emmanuel Macron aux Bernardins où celui-ci appelait de ses vœux l’Église à être « intempestive », à rester « un de ces repères qui ne cède pas à l’humeur des temps », à être « cette voix qui sait dire ce qui fâche » avaient à l’époque étonnés, comme si le chef de l’État entendait tendre une main en direction d’une présence incisive et expressive de l’Église dans la société. Pourtant les dernières décisions du gouvernement Castex ont témoigné du contraire. Nous voyons converger l’inculture religieuse d’une élite aux commandes, avec non seulement une indifférence mais souvent une hostilité qui ne dit pas son nom, sous couvert d’une laïcité agressive. N’oublions pas qu’à l’origine le mot laïc, laikos, désignait non pas le sécularisme, mais une réalité interne au peuple de Dieu que les chrétiens devaient assumer et investir. 

Des questions qui demeurent

À l’occasion de la crise sanitaire, l’interdiction des célébrations publiques à deux reprises, puis l’imposition de la jauge discriminatoire de 30 personnes, ont provoqué ainsi de grandes questions quant à la liberté de culte dans notre pays et à la présence d’un État qui tend de plus en plus à s’immiscer dans la gestion du culte, à régenter le religieux, et prétend édicter ce que les prêtres et les fidèles ont le droit de faire ou de ne pas faire dans leurs églises. Cet interventionnisme d’État doit nous interpeller.

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