Mgr Rey – Homélie pour la messe d’ordinations presbytérale et diaconales du 21 janvier 2024

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Homélie – messe d’ordinations presbytérale et diaconales
du 21 janvier 2024

Au cours de cette célébration d’ordination, le diacre Reinaldo et les séminaristes Kevin, Thomas et Richard vont être ordonnés prêtre et diacres. Ils ne sont pas seulement appelés par Dieu et envoyés en mission, mais configurés au plus profond de leur être au Christ Serviteur et Pasteur. Ils sont faits prêtres et diacres. On peut dire que Dieu « s’empare » de façon permanente des actes ministériel du prêtre et du diacre pour donner le salut et la vie du Christ au monde. C’est ainsi que lorsque le prêtre dit au nom du Christ « ceci est mon corps, ceci est mon sang » ou bien « tes péchés sont pardonnés », ces paroles accomplissent ce qu’elles signifient.Cette identité sacramentelle ne « déifie » pas le prêtre ou le diacre. Il reste pécheur en chemin perpétuel de conversion, mais cette identité sacramentelle l’oblige à assumer et à porter jusqu’au bout de lui-même cette empreinte. Ce sceau l’invite jour après jour, de messe en messe, de vivre en vérité, en profondeur, en fidélité sa configuration au Christ, « sel de la terre » et « lumière du monde ».

Cette identité sacerdotale et diaconale dont vous allez être investis, chers ordinands, vous situe non seulement dans l’union sacramentelle au Christ, mais également dans le service ministériel de l’Eglise. Le prêtre ou le diacre en même temps, fait corps avec l’Eglise (dont il est membre) et en même temps, fait face à l’Eglise (dont il est ministre).

C’est ce dont le curé d’Ars témoignait : « le prêtre continue l’œuvre de la Rédemption. Dieu place le prêtre sur la terre, comme un autre médiateur entre le Seigneur et les pauvres pécheurs que nous sommes, comme lui-même, le Seigneur se place entre nous et le Père éternel. »

Ainsi le prêtre et le diacre sont à la fois mis à part et à la disposition de tous. Ils se sont retirés du cadre de vie qui était le leur, et les voilà donnés à Dieu afin d’être tout à tous, pour tous, envoyés pour accomplir l’œuvre du salut dans le monde. Pour orienter le temps vers l’éternité, et redire aux hommes qu’ils valent infiniment plus que ce qu’ils consomment.

Vous recevez ainsi chers ordinands, un pouvoir sacré au cœur même d’une dépossession de vous-mêmes. Vous êtes consacrés pour consacrer. Extraits du monde pour le rejoindre, chargés comme prêtre, d’une mission de sanctification, d’enseignement, de gouvernement pastoral ; et comme diacre, du service de la Parole, de la charité, de la liturgie.

L’unité de vie d’un prêtre et d’un diacre se réalise à partir de cette identité assumée, dans la donation totale de soi-même à Dieu, à l’Eglise et aux autres. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi », s’émerveille l’apôtre Paul (Gal 2, 20).

On ne se trouve dans son sacerdoce et dans son diaconat qu’à condition de s’être livré au Christ sans restriction, qu’exprimera tout à l’heure le geste de prostration. En dehors de cette oblation radicale, le ministre ordonné survit ; il s’évade ; frustré, il compense mais ne vit pas pleinement la grâce dont le Seigneur l’a investi. Il faut toute une vie pour aller jusqu’au bout de cette livraison de soi-même à Dieu. Et souvent faire l’expérience que notre impuissance peut devenir le ressort de l’intervention du Seigneur. « C’est quand je suis faible que je suis fort », avouera encore St Paul, qui ajoutait : « Je me glorifierai surtout de ma faiblesse ».

Dieu aime celui à qui Il peut le plus donner, celui qui est le plus ouvert à sa grâce, celui qui est le plus offert aux autres, celui qui attend le plus de Lui, celui qui peut d’autant plus le recevoir qu’il le donnera le plus au monde. C’est pourquoi le Christ aime le prêtre et le diacre. Cet amour du Christ procure la joie, la joie d’avoir été élu, béni, consacré, envoyé. La joie de donner le Christ pour que tout ceux que l’on rencontre puissent, à leur tour, se donner à Dieu. Un bonheur parfois mêlé de larmes car on n’évite pas la part de peines auxquelles il faut consentir.

À partir de la grâce de son ordination, le chemin d’unification de la vie du ministre ordonné réside dans la manière de vivre son ministère, de le porter à l’école de la Croix de Jésus, par l’écoute de l’Esprit-Saint, et dans l’obéissance à l’Eglise.

Assumer son être sacerdotal et diaconal constitue un chemin de sanctification, comme le rappelait encore Jean-Paul II. « En contact constant avec la sainteté de Dieu, le prêtre doit devenir saint lui-même. »

Un jour, place St Pierre à Rome, une dame polonaise approche le pape Jean-Paul II et l’’interpelle. C’était juste après son attentat. Elle lui dit en s’agenouillant : « Votre Sainteté, depuis cette tragédie, nous sommes tous inquiets pour vous ». Et le pape de lui répondre avec malice : « Moi aussi, je suis très inquiet de ma sainteté ! »

La mission du prêtre commence par sa propre sanctification. Un clergé saint pour un peuple à sanctifier. Des prêtres et des diacres qui imitent dans leur vie ce qu’ils accomplissent dans leur ministère ; qui vivent ce dont ils parlent et qui imitent ce qu’ils célèbrent. Cette cohérence, cette unité de vie décuplent l’efficacité de leur ministère.

A propos de leur pasteur qui pérorait chaque dimanche en chaire, quelques fidèles sceptiques faisaient remarquer : « lorsque notre curé sermonne, je suis impressionné. Mais quand je le vois vivre, je suis rassuré ! »

Comme le rappelle le Concile : « c’est l’exercice loyal, inlassable de leur fonction dans l’Esprit-Saint qui, pour les prêtres, est le moyen authentique d’arriver à la sainteté » (PO, 13)

Chaque baptisé est appelé à la sainteté, mais il y a une sainteté spécifique pour les ministres du Christ, appelés à mener une vie en adéquation avec leur mission. Ils sont appelés à avoir « l’âme » de leur fonction. Avec un cœur qui se fait tout à tous, sans exclure personne, toujours soucieux de nourrir les âmes et les intelligences, attentifs à bâtir une communion missionnaire, ancrés dans la vérité de la foi et compatissant envers les brebis malades ou égarées. Des pasteurs qui en cherchant Dieu, descendent au cœur de l’homme jusque dans ses attentes profondes.

Ce chemin de sainteté doit bannir toute recherche de soi, toute présomption et esprit de domination. Ne pas courir derrière l’approbation du monde, ni courtiser les vanités du siècle. Ne pas s’affadir avec le temps, s’appuyer sur la prière et le soutien des autres frères prêtres et diacres, des fidèles laïcs et des consacrés, pour que la charité pastorale ne s’engourdisse pas ! Le ressort de Ce chemin de sanctification est la charité pastorale. Charité qui consiste à aimer dans les autres ce que le Christ cherche à y accomplir. Charité pastorale qui constitue le fondement de la paternité du prêtre et du service du diacre.

Car à l’image de Dieu, le prêtre ou le diacre est libre de tout, sauf d’aimer. Sa charité pastorale doit être inconditionnelle, absolue, gratuite. Cette charité ne lui permet pas de rester seul. Il doit pouvoir s’adosser à des fraternités et à des amitiés spirituelles. L’acceptation réfléchie et assumée du célibat, la simplicité du mode de vie, le primat de la prière et de la vie eucharistique, l’obéissance à l’Eglise… toutes ces dimensions organisent l’existence du prêtre et du diacre selon cette exigence de charité.

Chers, Reinaldo, Kevin, Thomas et Richard, Votre vocation vous saisit, et en même temps vous dépasse. Comme pour tout sacrement reçu en Eglise, tout vous est donné, et tout reste à faire, avec la grâce de Dieu et le soutien de celles et ceux vers lesquels l’Eglise vous envoie.

Merci de votre « oui » à Dieu. Votre joie de ce jour, tout notre diocèse la partage avec vos familles. Après deux ans d’attente, cette levée de la suspension des ordinations est une grande jubilation.

Merci aux séminaristes et aux formateurs d’avoir traversé jusqu’au bout cette épreuve et ce chemin de croix avec courage, constance et confiance.

 

 

+ Dominique Rey

Cathédrale Notre Dame de la Seds

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