Homélie de Mgr Dominique Rey – Saint Joseph à Cotignac

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Saint Joseph est l’homme du seuil et du parvis. Le gardien qui nous assure l’accès au mystère de l’Incarnation de Dieu fait homme. Présence sûre, vigilante, rassurante, protectrice, silencieuse aux côtés de Marie, pour protéger le mystère qu’elle héberge dans son âme et dans son corps. Joseph nous parle, non avec des mots mais par ce qu’il est, par sa seule présence. Son silence accueille l’effraction de l’absolu de Dieu dans sa vie, de l’inouï de la Révélation dans le visage de Jésus qui lui est confié : un Dieu si grand qui se fait si petit. Marie et Joseph sont totalement disponibles et en même temps démunis et dépassés par l’accueil de cet enfant, le fils bien aimé du Père. Leur vie se justifie désormais par la sienne.
En ce jour de fête anticipée de St Joseph et en ce lieu du Bessillon où il s’est manifesté en 1660, je soulignerai deux traits de sa personnalité qui attestent de cette qualité de juste qu’on lui attribue.

1) D’abord, la liberté de Joseph

Le mot liberté exerce une fascination irrésistible sur l’homme comme possibilité de se déployer en son humanité, de manifester son autonomie, de poser des choix et des actes par soi-même.
La liberté constitue aujourd’hui une valeur devenue folle (expression de Chesterton). Le libéralisme économique s’étend désormais non seulement aux mœurs jusqu’à à la mise en cause des repères anthropologiques et éthiques qui fondent notre humanité et dont on veut s’affranchir. On veut s’auto-construire en choisissant son corps, son sexe, en décidant qui mérite de vivre et qui doit mourir selon nos désirs et qui sont souvent nos délires. Une liberté livrée à elle-même devient mortifère « Les rives sont la chance du fleuve pour qu’il ne devienne pas marécage » (Holderling)
La liberté se corrompt lorsqu’elle s’agenouille devant la dictature de la bien-pensance médiatique et devient peu à peu otage des pressions, des formatages et des conditionnements, selon les codes et les modes du temps présent.
Une liberté qui n’est plus fondée sur Dieu, sur l’amour de Dieu et sur la charité, nous rapatrie sur nous-mêmes, dans une quête narcissique et individualiste, au gré de nos appétits, de nos émotions et de nos calculs. Comme si j’étais seul au monde…
La liberté peut ainsi devenir liberticide pour autrui quand elle n’est plus portée par la charité. Au nom de la liberté, on peut dénier aux autres la capacité de vivre et le droit d’exister, comme on le constate à propos de la constitutionnalisation de la liberté d’avorter et de la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, maquillées sous les termes « d’aide active à mourir ».
La judiciarisation de la société, l’inflation normative avec le mille-feuilles juridique, impose de plus en plus à la liberté de conscience les normes restrictives de la pensée unique.
L’homme a été créé libre pour aimer. Une liberté qui doit d’abord s’appliquer à lui-même. La liberté qu’offre le Christ est libération de tout ce qui enchaîne l’homme au plus profond de son cœur. Libération du péché qui accapare et empêche d’aimer. C’est cette libération que nous essayons de vivre en ce temps de Carême pour nous désencombrer du futile et de l’accessoire afin de nous recentrer sur Dieu et sur la charité.
Joseph est un homme libre, au sens où sa liberté, il la puise en Dieu, cause et principe de la vraie liberté. « C’est pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés », dira St Paul aux Galates (5,1). Dieu est libre et Il nous rend libres dans le Christ. Léon Bloy écrivait : « Dieu est libre de tout, sauf d’aimer ».
Comment s’exprime la liberté de Joseph ? Elle s’enracine d’abord dans sa foi en Dieu qui a la première place dans sa vie. La liberté de Joseph mue par la charité, se déploie par sa sollicitude à l’égard de Marie, son épouse qui lui a été confiée par Dieu. La liberté de Joseph s’accomplit aussi dans le service paternel de Jésus, son fils adoptif dont Dieu lui a remis la responsabilité.
La liberté de Joseph est faite de disponibilité à l’œuvre de Dieu. Il n’est pas retenu par lui-même, par ses intérêts ou par ses passions. Il s’est laissé envahir par la grâce divine afin de participer à l’œuvre de Rédemption. Dieu a eu raison de ses autres motifs de vivre.
La liberté de Joseph est faite aussi de courage et de docilité. Aux injonctions de l’Ange, afin de protéger l’Enfant Dieu et sa mère et fuir Hérode, bravant les incertitudes du chemin, le voilà qui s’exile en Egypte, puis sur les indications de l’Ange, retourne à Nazareth… Ainsi, libre de tout ce qui n’est pas le projet de Dieu, il quitte tout. Il obéit au Seigneur. Il n’est asservi ni aux biens ni au « qu’en dira-t-on ».
Joseph le juste, a trouvé dans sa foi en Dieu, le cadre, le ressort et la finalité de sa liberté qu’il met au service de l’Enfant Jésus afin de l’initier à son humanité.

2) La fidélité de saint Joseph

Un autre trait de la personnalité de Joseph tient à sa fidélité. Le mot fidélité sur le plan sémantique, s’origine dans le mot « foi » (fides). Être fidèle c’est persévérer et garder le cap de la foi. Être fidèle, c’est s’enraciner intimement et profondément en Dieu dans un acte d’absolue confiance. Comme le chante le psalmiste, « c’est un amour bâti pour toujours. Ta fidélité est plus stable que les cieux » (Ps 88). Joseph a dit oui inconditionnellement à Dieu.
La fidélité de Joseph s’enracine dans l’histoire sainte du peuple que Dieu a choisi et dans la généalogie du Christ, que l’Evangile de Matthieu rappelle. Joseph, fils héritier de David, est à la fois bénéficiaire et dépositaire de cette histoire sainte qui le précède, et dont le Christ est l’accomplissement et l’achèvement.
Un des grands défis de notre culture disruptive est de faire fi de ses racines.
Le progressisme idéologique et technologique prétend refaire le monde en oubliant le passé, en refusant nos gènes et notre patrimoine. Il ambitionne de réécrire la Genèse, en recréant un homme augmenté, digitalisé, qui s’affranchit de son cadre environnemental et naturel. Un homme déshérité qui prétend réinventer la Création parce qu’il se prive du Créateur.

La fidélité nous inscrit dans la durée, remonte à notre origine, non par nostalgie, mais pour puiser la sève dont nous avons besoin, sans prétendre tout réinventer par nous-mêmes. La fidélité de Joseph s’inscrit dans une constance, un continuum, mais elle est tendue également, en avant de lui-même, vers un but à atteindre, qui est le projet de Dieu de sauver le monde. Jésus son enfant putatif, incarne cette espérance et l’accomplit.
La fidélité s’éprouve toujours dans un combat. Joseph a vécu cette bataille. Il s’y est engagé sans peur, sans présomption et sans jamais désespérer, face à la vulnérabilité de l’Enfant de Bethléem, et face aux pressions politiques et aux incompréhensions religieuses qui entouraient la famille de Nazareth.
Toute fidélité se vérifie et se purifie par l’épreuve et par la souffrance. La fidélité est sacrificielle si elle veut être féconde. Comme le souligne le Livre de la Sagesse, « Dieu les a mis à l’épreuve et trouvés dignes de lui. Comme l’or au creuset, il les a éprouvés, comme une offrande parfaite, il les accueille » (Sg 3, 5)
La fidélité de Joseph l’a conduit à exercer jusqu’au bout son métier de père, dans le don de soi pour son enfant. En travaillant le bois avec ténacité, en déployant dans son ouvrage de charpentier ses vertus morales ; en participant aux tâches domestiques avec humilité et en portant une attention aimante et protectrice envers Jésus et Marie… Joseph nous fait comprendre que le salut s’accomplit dans les petites choses. Notre foi porte cette conviction, que Joseph personnifie, que l’extraordinaire de la Bonne Nouvelle doit s’inscrire dans l’épaisseur de l’ordinaire, dans la banalité du quotidien. « Ramasser une épingle peut sauver une âme », disait Thérèse de Lisieux.

La fidélité de Joseph se manifeste à l’égard de Jésus, mais également vis-à-vis de Marie. Aimer ne consiste pas à rapporter l’autre à soi-même, à se servir de lui, quitte à l’asservir. Aimer c’est se mettre au service de l’autre ; mettre l’autre devant soi afin que l’œuvre de Dieu s’accomplisse en lui. Ainsi, lorsque Joseph découvre que Dieu a un projet sur sa bien-aimée Marie, par amour pour elle, il décide de la répudier en secret pour la laisser à Dieu et en se retirant ; jusqu’à ce que l’Ange lui fasse comprendre que son affection pour Marie ne fait pas obstacle au projet de Dieu son épouse.

La fidélité de Joseph n’est jamais dans l’immobilisme. Elle est créatrice. Elle ne demeure authentique que lorsqu’elle ne cesse de se renouveler dans ses expressions. Car son ressort c’est l’amour, et à chaque épreuve, à chaque échec ou contrariété, la fidélité offre le témoignage, donne la preuve que l’amour est plus fort que tout et suggère un rebond, appelle une résilience. La fidélité s’appuie toujours sur l’espérance. Georges Bernanos définissait cette espérance comme un « désespoir sans cesse surmonté », face au fatalisme, au scepticisme, à la lâcheté ou au contraire, à la violence et à la révolte.
Fidélité et liberté. Que St Joseph nous aide à sa suite, à assumer ces deux vertus dont il s’est lui-même nourri ! C’est ce que le Christ attend de nous. C’est ce dont notre monde a besoin : fidélité et liberté.

+ Dominique Rey
16 mars 2024
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