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Messe chrismale 2019 – Homélie de Mgr Rey

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Chers frères prêtres,
En ce soir où vous allez renouveler les engagements de votre ordination sacerdotale, je m’adresse à vous en premier lieu, pour vous exprimer au nom de toute l’Eglise ma reconnaissance et ma gratitude pour votre ministère. Votre engagement dans le célibat et pour le service de l’Eglise et pour celui de vos frères et sœurs en humanité, à la fois vous procure tant de joies, mais aussi, je le sais, vous burine, vous éprouve, vous déleste de tout ce qui ne serait pas un oui absolu à Dieu.
Le contexte que l’Eglise vit aujourd’hui, contexte pollué par tant de scandales, parfois de crimes commis par certains clercs, jette une image soupçonneuse sur tout le clergé. Ce contexte tourmenté nous invite à prendre la mesure d’une authentique conversion, en particulier dans le chemin de croix que l’Eglise accomplit en ces jours, à la suite de son Maître. On ne gère pas une crise en Eglise seulement par des réformes administratives ou procédurales, ou de communication, mais par un retournement intérieur dans lequel se joue notre relation à Dieu.
En premier lieu, ce qui est mis en cause, c’est le mystère même de l’Eglise. A cause de toutes ces affaires, là-voilà discréditée, dénoncée, traînée devant les tribunaux et la justice des hommes. Cette Eglise sainte, parce qu’elle est habitée de l’Esprit de vérité, la-voilà salie, ternie dans son identité par le péché de ses ministres.
Ma conviction est que seule la sainteté personnelle nous permettra de sortir du gué et de se dégager des aveuglements dans lesquels nous sommes enlisés. Je dis bien « nous » parce qu’il s’agit certes du péché personnel de tel ou tel évêque, prêtre, religieux, fidèle laïc…, mais aussi de structures de péché, de plis et de postures qui ont rendu possibles, plausibles toutes ces dérives. Il s’agit d’entreprendre un travail collectif, collégial, synodal pour rompre avec des habitudes et des pratiques, non seulement dans le ministère de chacun mais aussi pour l’ensemble de l’Eglise. Et tout cela commence et se rapporte ultimement par l’appel à la sainteté qui doit retentir de manière urgente, intense. « Recherchez la sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur » (Heb 12), nous avertit l’épitre aux Hébreux dans l’office des lectures de ce jour.
Aux pires périodes de la vie de l’Eglise, qui a pourtant traversé tant de crises et de cataclysmes, ce sont bien les saints qui ont été les pionniers et les prophètes d’une transformation salutaire, qui ont permis à l’Eglise de retrouver un souffle nouveau, et de redresser la barre. Ce sont les François d’Assise, les Catherine de Sienne, les St Dominique et les St Martin, St Ignace de Loyola, Thérèse d’Avila, Charles Boromée, qui par leur radicalité évangélique, leurs vertus théologales et morales, leur intuition spirituelle et intellectuelle, ont remis le navire à flot. Leur histoire sainte nous convainc que quand l’Eglise tombe à bas, tombe à terre, comme le Christ en sa Passion, sous le poids de la Croix et des péchés de ses membres et des opprobres de la foule, seule la sainteté prélude à son relèvement, à son redressement. « L’Eglise n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints. » (G. Bernanos)
Certes, il faut une opération vérité, une opération transparence, des efforts renouvelés de formation, d’information, de vigilance… mais avant tout et surtout, refaire personnellement et tous ensemble le choix de Dieu. Les réformes structurelles, organisationnelles et pédagogiques nécessaires resteront toujours secondes par rapport à cet impératif théologal : la conversion du cœur au Seigneur et en particulier à la vie eucharistique. Le Corps du Christ offert, accueilli, partagé à chaque messe, fait advenir l’Eglise qui le célèbre comme son Corps. Comme le disait le P. de Lubac, « l’Eglise fait l’eucharistie et l’eucharistie fait l’Eglise ». Lorsque le rapport aux corps des autres, des plus fragiles en particulier, est biaisé, manipulé, profané perverti… le « Ceci est mon Corps » au sommet de la célébration, nous somme de considérer en l’autre, en sa vulnérabilité, une présence du Christ. Jésus qui nous dit dans l’évangile de Marc « quiconque entraine la chute d’un de ces petits qui croit en moi, il vaut mieux qu’on lui attache au cou une grosse meule et qu’on le jette à la mer », nous offre en sa Pâque son propre Corps afin de nous approcher du corps de l’autre avec autant de respect et de charité qu’on reçoit le corps du Christ en nous.
Dans une société qui veut fabriquer le vivant, marchandiser le corps, le jeter à la poubelle quand il est usé ou fripé (je pense à l’euthanasie), le gominer pour qu’il reste toujours jeune, libérer ses pulsions en levant tout interdit…, l’eucharistie nous fait redécouvrir le sens du corps, sa beauté dans ses limites, sa grandeur divine dans sa vulnérabilité. Ainsi, l’eucharistie nous guérit de tous les abus, dérives, perversions qui offensent le corps d’autrui
Dans son exhortation apostolique Gaudete exultate, sur l’appel à la sainteté, le pape François évoquait récemment le mépris du corps comme des tentations contemporaines particulièrement fortes. Notre corps, que bénit chaque signe de la croix que nous lui apposons, est sanctifié par les sacrements, en particulier la très sainte eucharistie.
Face à la crise actuelle dans l’Eglise à laquelle se réfracte la crise plus profonde encore de notre monde sécularisé par l’oubli de Dieu, le premier rempart c’est la sainteté eucharistique. Mais à plusieurs reprises, le pape François a évoqué à propos des dérives des mœurs, non seulement le rapport au corps mais aussi le rapport à l’autorité. Il a parlé du cléricalisme concernant les abus de pouvoir qui ont pu conduire aux pires atrocités et aux silences complices.
Le sacerdoce ministériel dans l’Eglise a pour rôle de servir l’exercice par les baptisés de leur sacerdoce baptismal. Dans une catéchèse durant l’année du sacerdoce, Benoît XVI avait précisé que le mot « hiérarchie » a le sens d’une origine sacrée et non pas de domination. La hiérarchie implique non pas un pouvoir sur les personnes ou les espaces, mais, comme le disait le pape émérite, un service pour « favoriser la coresponsabilité des fidèles laïcs » et la transformation missionnaire des communautés chrétiennes. »
Derrière le cléricalisme, se niche ce que le pape François appelle le « néo-pélagianisme », c’est-à-dire la conviction auto suffisante, auto référée que l’on peut mettre le salut à la portée de soi le mystère du Salut : on n’a pas besoin de l’amour de Dieu. On n’est plus dans l’espérance (tout attendre de Dieu ou, comme le disait Fénelon, « attendre Dieu de Dieu »), mais dans la sécurité, la maîtrise, la toute-puissance en comptant sur ses propres forces et ressources. N’oublions jamais que le Christ envoie les siens, non pas équipés mais dépouillés (« ne prenez rien pour la route »). On ne peut compter que sur la force du Christ. Notre autorité repose totalement sur la sienne, et cette autorité se fait charité à l’égard de tous jusqu’à donner notre vie pour chacun.
En christianisme, l’autorité du prêtre est celle d’une paternité qui veut faire grandir ceux que Dieu lui a confié. Le prêtre n’est pas un « expert », mais un « père » qui engendre à la vie de Dieu, lui-même dépassé par la grâce qu’il diffuse au nom du Christ. Cette grâce qui fait renaître par le baptême, qui pardonne à chaque confession, qui nourrit à la messe, qui confirme par le don de l’Esprit Saint, qui unit par le mariage, qui configure au Christ Bon Pasteur au moment de l’ordination sacerdotale ceux que Dieu s’est librement choisis. Comme on le désigne communément, le prêtre doit être un père. Un père qui donne la vie de Dieu. Un père qui conduit, mais aussi qui éduque, à l’heure où les fondements naturels et anthropologiques se corrompent. Un père qui enseigne le mode d’emploi de la vie.
La conversion qui nous est demandée est spirituelle mais également pastorale. Nous ne sommes pas des entrepreneurs, des managers, des animateurs, des fonctionnaires, mais d’abord des pasteurs. Il nous faut redemander au Seigneur un cœur de pasteur.

La conversion à laquelle nous convoquent les temps actuels trouve enfin un troisième lieu d’application. Pas seulement d’ordre eucharistique et hiérarchique, non seulement spirituel ou pastoral, mais elle se joue sur le terrain de la fraternité. Le cléricalisme, comme accaparement du pouvoir, se rapporte à une maladie qu’évoque fréquemment François, la mondanité spirituelle. Je le cite : « Cette mondanité sa cache derrière des apparences de religiosité et même d’amour de l’Eglise. Elle consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine et le bien être personnel. C’est ce que le Seigneur reprochait aux Pharisiens. »
Henri de Lubac parlait lui, de « recourbement de l’être humain sur lui-même ». On protège ses intérêts individuels et son confort. On refuse toute transcendance, toute sortie de soi vers Dieu et vers les autres. On renonce à la charité. Chacun de nous peut se laisser envahir et corrompre par cette mondanité spirituelle, en se privant peu à peu d’une relation personnelle au Christ. L’Eglise devient alors une institution mondaine sous un drapé spirituel et pastoral. L’Eglise alors perd son âme, son principe. Néo-gnostique, elle devient exsangue, au sens premier du terme, elle se prive du sang du Christ, de son amour répandu en nos cœurs par l’Esprit, et en nos corps par l’eucharistie. Alors l’Eglise ne se situe plus aux rebords du monde, tout près des attentes et des vulnérabilités de nos frères en humanité, mais elle risque de se positionner dans une logique de représentation, dans une posture d’administration, de pouvoir politique ou médiatique.
Ce que le peuple de Dieu attend de vous, chers Frères, c’est une proximité fraternelle et entre vous une vraie communion, ecclésiale et fraternelle, une amitié fondée au-delà des parcours personnels et des sensibilités de chacun, une amitié partagée pour une tâche commune : bâtir le Corps du Christ.

Au début de cette semaine sainte, en découvrant sur nos écrans Notre-Dame de Paris embrasée, je ne pouvais pas ne pas penser à notre Eglise, incendiée de l’intérieur. Symbole de la foi qui s’inscrit dans la pierre, richesse patrimoniale et emblème culturel de notre pays, cette cathédrale, qui porte 9 siècles d’histoire et la mémoire de la Passion du Christ avec la couronne d’épines, va être restaurée. Notre Eglise aussi, à travers ses drames et ses déchirures, est appelée à renaître. Elle a les paroles de la vie éternelle. Elle porte l’espérance du monde. C’est à cette tâche de reconstruction que nous sommes réquisitionnés par le Christ qui en est le premier bâtisseur, l’artisan et l’architecte.

+ Dominique Rey
Cathédrale Notre Dame de la Seds
17 avril 2019

 

Source : RCF.fr

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