Homélie lors des obsèques du père José Van Oost

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José,

« Que l’amour brûle d’abord en toi afin d’éclairer les autres », disait St Augustin à l’un de ses disciples. Cette vive flamme d’amour habitait le cœur et la vie du prêtre qu’a été pour nous José van Oost. Comme le disait aussi le philosophe Pascal, « tout ce qui n’est pas Dieu ne peut assouvir mon attente ».

Au fil de la maladie de Charcot qui le conquérait jour après jour, fixé à son lit devenu l’autel du sacrifice de sa vie, dans cette chambre devenue chapelle ardente, José a été prêtre jusqu’au bout de lui-même. Son sacerdoce consumait son être. Il contemplait sa vie à partir de la fin où il était parvenu, comme à partir d’un promontoire, avec une paix, une lucidité, une confiance et même un humour qui défiaient son entourage, cette file de fidèles qui se relayaient à son chevet, tous ceux et celles qui, à distance, l’accompagnaient de leurs prières, dans sa lente ascension vers Dieu. Les textes liturgiques que le P. José lui-même avait soigneusement choisis pour le jour de ses funérailles, et en particulier l’Evangile de St Jean sur l’apparition de Jésus Ressuscité à Thomas incrédule, rappellent cette paix dont il témoignait au cœur de sa souffrance. « La paix soit avec vous », disait Jésus à Thomas, lui faisant découvrir et toucher ses blessures traversées par l’amour pour devenir des stigmates.

La mort conduit à une suprême reddition. Mais elle peut être soit une extinction soit un couronnement. Une fatalité que l’on subit, ou une destination que l’on gagne par la foi en la résurrection. Le vide d’un trou qui nous attend, ou le trop-plein d’amour qui nous espère. Un terrain d’atterrissage ou une piste de décollage. Le choix se fait en amont. Il se prépare à partir d’un appel qui nous brûle intérieurement pour nous introduire à un autre versant de l’existence, une lande sacrée où nous étreindrons Dieu et nos frères et sœurs, dans un éternel face à face.

« Je suis en paix », m’avait souvent répété le P. José à chacune de mes visites. Une paix, fruit de la prière et de son union au Christ.

La beauté d’un être, la beauté du prêtre éclate souvent à son déclin dans le pressentiment d’une splendeur dont l’âme déjà se revêt au contact de Celui qui est la Lumière sans déclin. L’astre nouveau qui brille dans la nuit du monde. Comme une pièce de tissu usé laisse plus facilement passer la lumière, le corps flapi du P. José devenait transparent à cette clarté de l’âme sacerdotale et rayonnait sur ses visiteurs. Une clarté intérieure qui, à son contact, nous ramenait à l’essentiel et que son corps qui, au fur et à mesure qu’il le lâchait, laissait plus facilement passer jusqu’à nous. Comme le disait St Basile, « prépare-toi à quitter le monde en y renonçant déjà ».

Qu’est-ce qui fait la sainteté d’un prêtre ? Son amour passionné pour le Christ, pour son corps qu’est l’Eglise et son souci des âmes. La charité pastorale, le prêtre doit la payer du prix de sa vie. Celui qui accepte d’annoncer l’Evangile n’a qu’un choix à faire, s’il veut, logique avec lui-même, rester fidèle à sa consécration sacerdotale : sacrifier son existence tout entière à sa mission à laquelle il s’est identifié. La configuration au Christ le conduit au Golgotha, à accepter la Croix, l’humilité de la Croix. Le prêtre doit consentir à tout perdre pour le service de Dieu et de l’Eglise. Le feu de la mission et sa fécondité ne se trouvent ni dans l’enthousiasme ni dans la générosité, ni dans les talents, mais en Dieu seul.

La flamme de l’amour divin que le prêtre recueille dans son cœur est attisée à la pensée que cet amour n’est pas aimé, n’est pas connu. « L’amour n’est pas aimé », s’exclamait St François, et au long des nuits de prière St Dominique était saisi d’angoisse : « Que vont devenir les pécheurs ? »

Sur son lit de mort, le P. José n’a jamais cessé d’exercer son ministère de sanctification des âmes. « On entrait chez lui pour le consoler, et on en sortait consolé par sa sérénité… On arrivait pour veiller sur lui et c’est lui qui veillait sur nous par sa bonne humeur et son intelligence qui n’oubliait rien… On arrivait pour le soigner, et c’est lui qui nous réconfortait à travers ses encouragements… », me rapportait un prêtre qui venait régulièrement le voir.

Le Père José, homme de prière et de compassion, dans son agonie, rejoignant Jésus au Calvaire, a éprouvé à la fois l’humiliation de se voir partir, mais a attisé en son âme et par son regard lumineux, cette ardeur missionnaire qui devenait de plus en plus la raison d’être de son existence, sa supplication la plus profonde. A un confrère venu l’assister en sa réclusion et qui lui demandait quelle était la chose la plus essentielle pour un prêtre, il répondit sans hésiter : « la prière et la charité ».

Identifié au Christ souffrant, son doux regard posé sur le crucifix qu’il contemplait longuement, rivé à son fauteuil puis cloué à son lit, associé en son corps au sacrifice rédempteur, le P. José n’a jamais été autant « prêtre » qu’en sa fin de vie, sanctifiant par son exemple ceux et celles qui le côtoyaient, confessant assidûment et prodiguant ses conseils avisés à ses dirigés spirituels.

Il n’était plus dans le « faire », ou « l’agir », mais uniquement dans « l’être ». Il laissait percevoir en sa chair exténuée la vraie identité du sacerdoce comme un être d’accueil et de don. Non seulement Alter Christus mais Ipse Christus. Un ministre du Christ dont la mission est essentiellement pascale.

Dans son chemin pascal, Jésus a posé à l’égard des siens, des gestes lucides, libres, tout en sachant sa fin prochaine. Sans se dérober, sans jamais se résigner, Il a assumé l’épreuve sans être abattu. Il est demeuré fidèle. Fidèle à sa mission reçue du Père. Fidèle jusqu’à la fin. Cette fidélité, nous l’avons trouvée chez le P. José. Fidélité au Christ et à sa mission sacerdotale. Fidélité au choix de vie qu’il avait posé depuis son ordination presbytérale. Fidélité à tous ceux que Dieu avait mis sur sa route dans son diocèse d’origine, Arras ; à ses proches de Notre Dame de Vie, lieu source de sa vocation ; à ses paroissiens de Draguignan.

L’eucharistie quotidienne qui était célébrée autour de son lit dans sa chambre devenue sanctuaire, était le centre de la journée du P. José. Il concélébrait depuis son lit, à travers des paroles balbutiantes, offrant ses douleurs à Dieu, les unissant à celles de Jésus immolé sur l’autel pour sa paroisse de Draguignan qu’il aimait tant.

Son ministère s’est toujours voulu fédérateur, rassembleur au-delà des sensibilités spirituelles, pastorales ou liturgiques de la communauté. « Il m’a fait découvrir et aimer l’Eglise », me confiait récemment un des fidèles qu’il avait accueilli et accompagné dans son chemin de foi. Tant et tant d’entre vous se sont relayés jour et nuit pour vaquer aux besoins domestiques de la maison où le P. José demeurait et le porter continuellement dans leur intercession, témoignant du Bon Pasteur qu’il était pour les siens, pour l’Eglise et pour sa communion. Il était ce serviteur bon et fidèle dont parle l’Evangile et qui entre dans la joie de son Maître.

Le trépas se charge de nous délester de tout : nos biens, notre corps, nos relations. Il ne reste en définitive que l’amour que nous avons semé, et qui nous projette vers le seul bien véritable et inoxydable, et qui définit la nature propre de Dieu : la charité. La charité qui échappe à la rouille et à la cendre. Et comme le dit St Paul, « cette charité ne passera jamais ». C’est cette charité pastorale du P. José, cette paternité spirituelle dont nous avons été à la fois les témoins et les bénéficiaires, qui conduit désormais son âme à Dieu. Le P. José n’est plus devant nous, mais en nous, en notre mémoire et en notre prière, mais surtout en Dieu. C’est de là qu’il nous espère, qu’il nous précède car c’est vers Lui qu’il nous a guidés.

+ Dominique Rey
17 novembre 2021
Eglise st Michel Draguignan

 

 

 

Vidéo de l’homélie et des obsèques:

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