Homélie du pèlerinage des mères de famille – mai 2022

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Bien chères pèlerines,

 

A l’occasion de ce pèlerinage des mères à travers les collines de Provence jusqu’à Cotignac, vous avez l’occasion de placer sous le regard du Christ, de Joseph et de Marie, ses parents, votre vie personnelle, conjugale et familiale ; de déposer aux pieds du Seigneur vos intentions de prière, vos épreuves ; de rendre grâce pour les bénédictions et consolations dont il vous vous a gratifiés.

Cette marche présente aussi l’opportunité de mieux appréhender, saisir et ressaisir personnellement et au contact des autres pèlerines votre charisme propre de femme, d’épouse, de mère et même de grand-mère. Le projet de Dieu sur vous. De devenir ce que vous êtes comme femme, mère… sans dépendre du vouloir des autres sur vous-mêmes, sans tenter de s’identifier à autrui. Un proverbe juif déclare que « Dieu ne sait compter que jusqu’à un ».

Dieu a un projet singulier pour chacune. A chacun de nous de savoir le connaître, le reconnaître, l’accepter, de le porter et de le déployer dans la durée.

  • Chères pèlerines, la première tâche qui vous échoit est d’accéder à l’intelligence de votre propre existence en assumant votre identité de femme. Dans un contexte sociétal de ruptures et de pertes de repères anthropologiques, qui promeut le gender, où les identités masculines ou féminines sont placées sur le marché des désirs ou des projections individuelles et médiatiques, de recompositions au gré du mal être, notre exigence est d’assumer ce que nous sommes, ce dont nous avons hérité, notre identité d’altérité, signifiée et portée par notre corps. Cette exigence devient fondamentale, à la fois pour soi-même, pour les autres et pour la société (BC)

Dans le livre de la Genèse, Dieu a planté la femme en vis-à-vis de l’homme, c’est-à-dire à hauteur de visage, en face à face. Et Adam reconnaît dans un grand cri d’admiration ce qu’Eve a d’unique : son Visage. Adam reconnaît Eve comme celle qui est issue de la même chair que lui (Isha de Ish), son égalité et en même temps, son altérité. Sa sœur en humanité. La relation homme femme part de la reconnaissance d’une fraternité commune fondamentale, clé de voûte de la vie en société (cellule fondatrice de toute vie sociale), fraternité composée de personnes ayant leur valeur propre, leur singularité qui se donne à travers leur visage (comme le disait Levinas, il ne s’agit pas de « dévisager » mais « d’envisager »).

Lorsqu’on retourne au récit de la Création de l’homme et de la femme dans la Bible, on trouve Adam, seul, démuni et dans l’incapacité de déployer ce qu’il est, faute de trouver une aide qui lui soit associée. Alors il tombe dans un sommeil de mort et durant ce sommeil (qui préfigure celui du Christ en croix), Dieu crée la femme. Sans qu’il puisse prendre part à cette création, Adam reçoit Eve de Dieu lui-même. Adam et Eve comme un cadeau de Dieu, se reçoivent l’un de l’autre, l’un pour l’autre, comme des dons de Dieu, et non pas comme des ayants-droit l’un sur l’autre.

La femme assume ainsi une vocation de « sœur ». Cette notion de sœur est très présente dans l’Ecriture : que l’on pense à Myriam, la sœur de Marie dont Ismael gardera le souvenir et le tombeau ; que l’on pense à la Bien aimée du Cantique des Cantiques (« Ma sœur, ma bien aimée ») ; que l’on pense à la prière de Tobie, le soir de son mariage avec Sarah, quand ils passent de la reconnaissance mutuelle et fraternelle à l’amour de l’époux et de l’épouse.

Chères pèlerines, première étape fondatrice dans l’accueil de soi-même, dans la découverte de son charisme propre, c’est de devenir jour après jour, femme, épouse, sœur. Cet appel nous précède, nous invite à nous réconcilier avec notre histoire.

  • Il est une deuxième étape essentielle, c’est de consentir à être mère, de donner la vie. Notre monde a perdu le sens de la maternité. Celle-ci s’est réduite à une fonction biologique nécessaire à la reproduction de l’espère. Et même dans certaines civilisations, cette fonction constitue la seule justification de la femme. Parallèlement avec la maîtrise de la fécondité féminine, la maternité est parfois présentée ou vécue comme une expérience laissée au libre choix de la femme.

Pour Dieu, la maternité n’est pas seulement biologique. Elle constitue une grâce propre de la femme, qui appartient à son être même de femme. C’est la grâce de donner la vie, de porter la vie, de respecter la vie. Grâce que Dieu lui-même s’approprie.  Je pense à ce passage du prophète Isaïe (49,15) qui met sur la bouche du Seigneur des paroles maternelles : « une femme oublierait-elle son petit enfant ? Est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t’oublierai jamais ». Il y a en Dieu une dimension maternelle que rappelle Rembrandt dans sa célèbre toile sur le fils prodigue. Lorsque le père étreint son fils repenti en l’engendrant de nouveau, l’une de ses mains, fine et délicate, atteste de cette dimension maternelle de Dieu, de ses entrailles de miséricorde qui nous rendent capables de faire renaître.

Etre mère, c’est donner la vie en apprenant à l’enfant à aimer la vie, sa vie ; à la respecter, à l’honorer comme un cadeau du ciel.

C’est d’abord à des femmes que Jésus a manifesté sa résurrection, a confié ce rôle irremplaçable d’annoncer aux apôtres la victoire de la vie sur la mort. Si la femme renonce à se battre pour la vie, d’aimer la vie, de donner la vie, le monde se meurt.

Comment donner la vie ? Le pape Jean-Paul II répondait dans « Mulieris dignitatem », magnifique texte sur la dignité de la femme : « par l’attention à la personne humaine concrète ». (Lavelle)

En contemplant le visage de son enfant, la femme apprend à hauteur de visage que chaque être humain est unique au monde, irremplaçable, indispensable et mérite d’être aimé.

La vocation maternelle est d’engendrer à partir de l’amour partagé avec un époux (fruit et expression de leur amour), à mettre au monde l’enfant : le mettre au monde de la terre (incarnation) et au monde de Dieu. Cette vocation réclame une qualité de présence, une pastorale de soin, comme dans l’Evangile où, depuis la Crèche jusqu’à la Croix, les saintes femmes ont pris soin du corps de Jésus.

La femme exerce une mission de compassion (souffrir avec) et de consolation (accompagner la fragilité ou la souffrance de l’autre) comme Dieu qui voit « la souffrance de son peuple » (Ex 3, 7).

Donner la vie, c’est aussi apprendre à l’enfant à respecter, à protéger la vie, sa vie ; lui enseigner l’art de vivre, le mode d’emploi de l’existence, son réalisme, ses limites (« les rives sont la chance du fleuve » – Holderlin) à gérer et habiter le temps, à bien user de sa liberté.

  • La femme doit enfin assumer une vocation prophétique.

Dans l’Evangile, les femmes sont les premières à percevoir le sens des événements au travers desquels le mystère du Christ s’accomplit.

  • Ainsi Marie, mère de Jésus, est la première à savoir que les temps sont accomplis et que Dieu vient sauver son peuple.
  • La vieille Elisabeth est la première à reconnaître comme son Seigneur l’embryon que porte Marie, sa cousine.
  • Marie est la première à Cana, à introduire Jésus à son ministère public. « Faites tout ce qu’il vous dira ».
  • La Samaritaine est la première à qui Jésus se révèle, porteur du dessein de salut pour tous les peuples.
  • Marthe devant le tombeau de son frère Lazare, est la première à proclamer publiquement sa foi dans le Messie Sauveur, fils de Dieu.
  • Marie de Béthanie qui oint de parfum le corps de Jésus, anticipe et prédit par ce geste que Jésus va donner sa vie pour le salut de tous et qu’Il ressuscitera. « En vérité je vous le déclare, partout où sera proclamé cet Evangile, dans le monde entier, on racontera aussi, en mémoire d’elle, ce qu’elle a fait », dira Jésus à propos de cette femme.

Médiatrice auprès des apôtres, vigile qui pressent l’aurore du salut et qui écoute le silence dans la prière… toutes ces femmes sont porteuses d’espérance. Elles attendent Dieu. Elles s’attendent à Dieu. Elles nous pressent de le désirer, de le rechercher, de l’accueillir.

Face à un monde à l’avenir incertain et anxiogène pour beaucoup, chères pèlerines, soyez prophètes ! Prophètes de l’Incarnation, de la vie dans sa fragilité reçue comme un don de Dieu, de l’extraordinaire de l’existence porté par l’ordinaire des jours, au ras du quotidien, témoin de la Providence divine ; prophètes de la Rédemption puisque dans le Christ. Son amour est vainqueur de toutes nos pauvretés et du mal qui nous corrompt ; prophètes de la charité au sein de vos familles et dans notre société ; prophètes de l’espérance puisque Dieu est en nous, au milieu de nous, mais aussi devant nous. « Je vous précède en Galilée », disait Jésus.

Face à tous les prophètes de malheur et aux défaites d’une humanité qui prétend se passer de Dieu et donc de finalité, en raison de votre baptême, comme épouse, mère, grand-mère, témoignez du Christ jusqu’au bout de vous-même. Il sera votre joie. Il fera votre joie.

 

 

+ Dominique Rey

Sanctuaire Notre Dame de Grâces

22 mai 2022

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