Homélie du 8 décembre : Fête de l’Immaculée Conception

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La messe était retransmise sur Cnews. Texte et vidéo :

Immaculée

Confronté à la face sombre, parfois hideuse, du monde, on aspire à rencontrer un oasis de pureté, une source de fraîcheur, un espace de blancheur… Tel est le visage de la Vierge Marie, l’Immaculée Conception, la femme infiniment belle, au-dessus de l’écume d’un monde souillé. Une rose au milieu des épines. « Viens ma toute belle », chante le cantique des cantiques à l’adresse de « l’épouse inépousée » (hymne acathiste).

Avec déférence et considération, l’ange Gabriel s’adresse à Marie dans l’Evangile, illustre inconnue, appartenant à une famille ordinaire, habitant un pays insignifiant. L’ange dit à la Vierge : « Je te salue, comblée de grâces, le Seigneur est avec toi ». Il authentifie, reconnaît une infinie beauté surgie de l’intérieur de Marie, qui attire le regard de Dieu. « Le roi sera séduit par sa beauté », prophétisait le psalmiste.

On le sait, la vraie beauté ne tient pas qu’à la morphologie, à la plastique, à l’esthétique…. Elle n’est pas idolâtrique. Elle remonte de l’âme. A l’inverse de la brillance fabriquée, sophistiquée, celle de la star pétrie de suffisance, ternie par la superficialité narcissique qui cache souvent un vide intérieur…, la beauté de la Vierge Marie, est reçue de Dieu ; « le Puissant fait pour moi des merveilles » avouera la Vierge.

Bernadette Soubirous à Lourdes, interrogée par le nonce apostolique de l’époque qui lui demandait si elle n’avait pas eu peur lorsqu’elle avait vu la Vierge lui apparaître, Bernadette répondait : « Oui, j’ai eu bien peur, surtout la première fois, mais ensuite elle était si belle ! ». La Vierge Marie révèlera à l’humble Bernadette qui avait 14 ans, le secret de cette beauté entraperçue à la grotte de Massabielle en lui disant : « Je suis l’Immaculée Conception ».

Par une grâce prévenante, Dieu a fait de Marie un vase pur, un écrin précieux qui portera en sa chair le Fils du Très Haut. Marie est le fruit précoce, anticipé, du Salut de Dieu. Elle est le réceptacle d’une plénitude de grâce dont le Christ est la source. Prémunie dès sa conception de la faute originelle, Marie atteste du primat et de la primeur de la grâce divine.

Face aux épreuves du temps que nous traversons dans notre vie, dans la vie de l’Eglise et du monde ; face aux ténèbres du péché…, nous avons besoin pour croire quand même et traverser nos nuits, de cette image de Marie qui atteste d’une beauté irradiante qui se réfracte autour d’elle, comme le buisson ardent d’où Dieu parlera à Moïse et qui flambe sans se consumer.

Tout au long de sa vie, la Vierge Marie a entretenu par des « oui » successifs prononcés depuis l’Annonciation, cette pureté sans tache originelle reçue du Seigneur, ce qui faisait dire à Dante que « Marie est la fille de son Fils ». Dieu a désinstallé Marie de tous ses projets jusqu’au pied de la Croix. Elle s’est fait absolu consentement à la volonté du Père, obéissante à ses projets, disponible à ses appels… toujours dans l’effacement et la confiance. Le secret de sa beauté sans tache tient à ce mot : « fiat ; je suis la servante du Seigneur ». Dieu laisse entrevoir en Marie sa propre beauté incréée et Marie laisse passer la gloire de son Fils à travers la transparence, l’humilité de son être. Elle ne retient rien pour elle-même et Dieu habite son silence.

La fête de l’Immaculée Conception nous invite, à la suite de Marie, à accueillir aussi notre propre beauté qui est d’être image de Dieu et qui fait notre notre unicité ; loin des codes mondains, des modes, des conformismes médiatiques et du politiquement correct qui formatent le cœur et l’esprit, et nous emprisonnent dans des jouissances éphémères. Notre vraie beauté est le resplendissement de la sainteté de Dieu en nous, de sa charité qui met en valeur notre don singulier et notre charisme propre. Une beauté qui passe aussi par nos failles quand elles sont traversées par la miséricorde divine. Nous le savons, une pièce de tissu usée laisse plus facilement passer la lumière.

Dostoïevsky disait que « le monde a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance ». La Vierge Marie est dans le Nouveau Testament cette figure d’espérance à l’origine du Salut par son Immaculée Conception, et au terme de la Rédemption de l’univers, par son Assomption. Marie récapitule l’attente par Israël du Messie promis. Elle accueillera en ses entrailles et sous les traits du nourrisson de la Crèche, l’espérance de l’humanité, Jésus de Nazareth.

Marie demeure toujours pour nous croyants, figure d’espérance alors que tant de nos contemporains évoquent l’effondrement de notre monde, les cataclysmes naturels, les catastrophes sanitaires, la montée des inégalités… tout cela dans un contexte sociétal de peur, d’exaspération, d’incertitude quant à l’avenir, tant sur le plan économique, social, politique et sociétal. L’homme a faim d’idéal. Il est assoiffé de sens. Si l’on écrase méthodiquement son âme par des paradis artificiels, ou si on le leurre d’illusions, il tentera d’arracher par la force un sens à sa vie et à son vide existentiel. D’où la montée des violences et la résurgence des fanatismes de tout poil.

« Pour n’espérer qu’en Dieu, il faut avoir désespéré de tout ce qui n’est pas Dieu », écrivait Gustave Thibon. Et si finalement, ces théories sur la collapsologie, l’effondrement du monde qui nous conduisent à désespérer de tout ce qui est humain et naturel, nous amenaient à ne fonder notre espérance qu’en Dieu ? L’espérance nous libère, d’un côté du fatalisme, du défaitisme, du découragement, de l’anxiété du lendemain ;  et d’un autre côté, de la présomption portée par les grandes idéologies et messianismes politiques qui prétendaient sauver le monde en voulant réécrire son histoire. Telle est bien la différence entre l’espérance et l’espoir. La vertu d’espérance certifie que Dieu nous donne aujourd’hui sa grâce et les moyens d’atteindre le Bien suprême que Dieu nous a promis et de vivre, en Lui et grâce à Lui, une vraie résilience. Thérèse de Lisieux ajoutait : « On obtient de Dieu autant qu’on en espère ».

A la différence de l’espérance, l’espoir lui, ne fait qu’attendre en se projetant dans des rêves, des utopies ou des messianismes qui se fondent le plus souvent sur des peurs ou des exaspérations. « L’espérance est un désespoir sans cesse surmonté », écrivait Bernanos, qui ajoutait : « L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait ». L’histoire du Déluge ou de la tour de Babel, récits de chaos, attestent qu’à cause d’un seul homme juste, le projet de Dieu peut être relancé. Face aux défaites d’un monde qui s’exonère de Dieu, la Vierge Marie témoigne de l’engendrement d’une humanité nouvelle à partir de son consentement à Dieu, de son « oui » humble et prophétique, de la force de sa liberté.

Marie atteste que l’espérance éclot comme dans un processus de germination, en soi-même, et par la grâce de Dieu. Un enfantement de Dieu en vue la transformation du monde. Des temps nouveaux tressaillent en elle.

Cette espérance s’achèvera par le geste pascal lors de la résurrection. Le tombeau de Palestine devient alors le berceau du christianisme et le renouveau du monde. Pâques nous ramène ainsi à Noël. L’espérance chrétienne est profonde, des profondeurs mêmes d’un caveau. C’est quand il n’y a plus d’espoir humain que peut advenir la vertu d’espérance qui, pour nous, a le visage du nourrisson de Bethléem.

 L’espérance de Marie est faite de confiance, de persévérance, de vigilance et de prière. Elle accompagnera Jésus jusqu’au bout de sa vie. Son espérance nous conduit jusqu’au Ciel où elle a rejoint corps et âme son Enfant bien aimé.

Marie a fait l’expérience corporelle de Dieu. Le Verbe s’est fait chair en elle. Dieu tisse en elle, par la puissance de l’Esprit-Saint, le corps de Jésus. Et le sang de Jésus coulera dans ses veines. Marie offre son corps à cette opération divine, à cette semence du Verbe déposée en elle. Son corps est donné à Dieu pour que le corps du Fils de Dieu nous soit offert.

Le christianisme est la religion de l’Incarnation, c’est-à-dire de la foi au Verbe fait chair et à la résurrection de la chair. Grégoire de Naziance écrivait : « Si la chair ne devait pas être sauvée, le Verbe de Dieu ne se serait pas fait chair ». Le christianisme a mis en son centre la corporéité. Dieu s’est fait chair pour que nous puissions le glorifier dans notre corps. Et l’eucharistie nous fait vivre de ce mystère à chaque messe pour que notre corps soit sanctifié. Nous vivons ainsi un « corps à corps » grâce à cette présence réelle du Christ-Hostie en nous, en notre chair.

L’histoire du christianisme montre que le soin du corps a été au cœur de la charité de l’Eglise à travers la création de tant et tant d’hospices, de soins apportés aux malades, d’accueil des pauvres…

Aujourd’hui, le corps humain est marchandisé, exhibé. On le veut toujours performant, obéissant à ses pulsions. Otage des modes ; objet de convoitise et de consommation ; livré à la pâture de nos écrans plats et de la publicité ; par toutes sortes de manipulations bio-technologiques, le corps devient même une boîte à outils. Et l’on en vient à superposer le corps avec l’identité : on veut rester indéfiniment jeune et athlétique. On n’existe socialement que par l’exaltation du corps que l’on veut indemne du temps et de la souffrance. On a du mal à consentir à ses limites. Le corps est ainsi mis au rebut lorsqu’il est fripé, usé, ridé, marqué par l’âge ou la maladie, et qu’il s’approche de la mort.

Au contraire à l’Annonciation, Marie accueille en son sein la fragilité du corps de Jésus qui se blottira en elle. Elle passe du corps « pour soi », au corps pour Dieu, au service de l’avènement de Jésus Christ en son humanité, au service de la venue de son Règne de paix, de justice et d’amour.

Dans l’Evangile de ce jour, nous avons entendu la réponse de Marie à l’Annonciation : « Je suis la servante du Seigneur ». Le triple service que Marie accomplit pour chacun de nous, en son Eglise, c’est de nous rappeler par sa pureté virginale, à embellir notre vie en la rendant comme elle, transparente à la lumière divine. C’est encore d’être porteur d’espérance là où gagne le doute, la déception ou la torpeur. C’est enfin de rappeler à notre société que le corps est un don de Dieu, que notre âme habite et anime notre chair afin de la conduire, à travers ses facultés mais aussi ses vulnérabilités jusqu’en la résurrection finale.  Puisque nous croyons à la résurrection de la chair que nous confessons à chaque credo, il nous faut accueillir l’exhortation de Paul aux Corinthiens : « Glorifiez Dieu dans votre corps » (1 Co 6, 20).

 

 

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