3 décembre 2024
Homélie de Mgr Touvet pour l’ordination diaconale de Ricardo DIAS

Ordination diaconale de Ricardo DIAS
Samedi 30 novembre 2024
Fête de Saint-André
Cathédrale de Fréjus
Chers frères et sœurs,
La figure de l’apôtre saint André nous est donnée aujourd’hui. Elle vient éclairer d’une façon particulière l’ordination diaconale de Ricardo. Notre cathédrale de Fréjus abrite le peuple de Dieu dans sa diversité, et le successeur des Apôtres va imposer les mains à un baptisé afin qu’il devienne diacre. Nous le portons dans notre prière et demandons au Saint-Esprit de venir remplir son être tout entier pour qu’il soit au milieu de nous et au cœur du monde un fidèle serviteur de la charité, de la Parole et de l’Eucharistie.
Saint André, frère de Simon, a vécu ce grand bouleversement dans sa vie. De pêcheur de poissons, il est devenu pêcheur d’hommes. Il jetait ses filets dans la mer quand Jésus l’appela. Laissant alors ses filets, il suivit Jésus. Il quitta donc tout de sa vie personnelle, de son activité professionnelle, pour se mettre à l’école de Jésus puis pour devenir son apôtre, son envoyé. Ricardo nous est venu d’Amérique latine où il a tout laissé. Il a laissé le kiosque à journaux où il vendait les nouvelles du jour, pour devenir un prédicateur de la Bonne Nouvelle de l’éternité. Dans sa famille tant éprouvée, il a appris à servir, à prendre en charge les plus pauvres, les handicapés, ceux qui sont rejetés et écartés. Il a aussi trouvé et construit son autonomie pour venir ici faire ce choix libre de tout donner, en réponse à l’appel du Seigneur.
Le pape Benoit XVI, au cours d’une audience générale le 14 juin 2006, précise que la tradition évangélique parle d’André à 3 reprises, outre celle de son appel au bord du lac. J’ai pensé que cela pouvait nous servir de réflexion pour vivre cette ordination diaconale en vérité.
« La première est celle de la multiplication des pains en Galilée. En cette circonstance, ce fut André qui signala à Jésus la présence d’un enfant avec cinq pains d’orge et deux poissons, « bien peu de chose » – remarqua-t-il – pour toutes les personnes réunies en ce lieu » dit Benoit XVI. André apparaît donc comme celui qui, se rendant compte des faibles réserves de l’enfant, va introduire l’action bienfaisante de Jésus : la foule si nombreuse et sans nourriture va pouvoir manger à sa faim. Il est donc à la fois un intercesseur auprès de Jésus, et un facilitateur de la miséricorde du Seigneur. Certainement, il est parmi ceux qui vont s’emparer des corbeilles pour distribuer le pain aux affamés. Le diacre Ricardo pourra lui ressembler, non seulement en portant le monde entier et en demandant le secours du Seigneur pour les pauvres et les affamés dans la prière de l’Office divin, conformément à l’engagement qu’il va prendre dans un instant : « voulez-vous célébrer la liturgie des heures en union avec le peuple de Dieu, intercédant pour lui et pour le monde entier ? » IL sera aussi celui qui, concrètement, va prêter, donner ses mains à Jésus pour distribuer la nourriture à la foule. La nourriture pour le corps, certes, mais aussi la nourriture spirituelle. Ses réserves personnelles ne sont pas plus importantes que les 5 pains et les 2 poissons. IL n’a rien à lui, il n’a pas plus de mérite que n’importe qui, mais il devient, par l’imposition des mains, ce serviteur qui répand la bonté de Dieu dans le monde.
« La deuxième occasion fut à Jérusalem. [dit Benoit XVI] En sortant de la ville, un disciple fit remarquer à Jésus le spectacle des murs puissants qui soutenaient le Temple. La réponse du Maître fut surprenante: il lui dit que de ces murs, il ne serait pas resté pierre sur pierre. André l’interrogea alors, avec Pierre, Jacques et Jean: « Dis-nous quand cela arrivera, dis-nous quel sera le signe que tout cela va finir » (Mc 13, 1-4). » L’apôtre pose la question à Jésus et reçoit en réponse un appel à la vigilance. Il se laisse instruire par le Maître. Il apprend tout de Lui. Jésus annonce des temps difficiles et demande que chacun reste prêt à l’accueillir. Déjà il avait parlé à ses disciples de sa mort et de sa réssurrection. S’ils ne comprirent pas sur le champ, les évènements les conduisirent à entrer dans ce grand mystère, à boire la coupe que Jésus devait boire. Le diacre est un serviteur de cette annonce : la proclamation du mystère du salut. Il s’y engage en réponse à la question de l’évêque : « voulez-vous garder le mystère de la foi dans une conscience pure, et proclamer cette foi par la parole et par vos actes, fidèle à l’Évangile et à la tradition de l’Église ? » Ricardo, les études au séminaire ont une fin. Mais la formation demeure une nécessité tout au long de la vie. Interroger le Seigneur et se mettre à son écoute, chercher à comprendre, trover les mots pour dire le message, entrer dans la grande et belle Tradition de l’Église qui proclame au long des siècles la Parole même de Jésus. Et si le monde semble s’effondrer, et si l’Église elle-même semble bien fragilisée comme les murailles de Jérusalem, le cœur du diacre demeure brûlant d’une passion pour Jésus telle que rien ne peut l’arrêter, pas même le martyre, pour proclamer l’Évangile à temps et à contre-temps.
« Dans les Evangiles, enfin, une troisième initiative d’André est rapportée. Le cadre est encore Jérusalem, peu avant la Passion. […] André et Philippe, les deux Apôtres aux noms grecs, servent d’interprètes et de médiateurs à ce petit groupe de Grecs auprès de Jésus. […] Jésus dit aux deux disciples et, par leur intermédiaire, au monde grec: « L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié. Amen, amen, je vous le dis: si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit » (Jn12, 23-24) ». Ce grain de blé tombé en terre va mourir. Jésus meurt sur la croix en offrant sa vie en sacrifice pour le pardon des péchés. Sa mort va porter beaucoup de fruit. Par sa résurrection, il offre au monde une moisson abondante de grâce et de vie. Il devient le Pain vivant descendu du Ciel qui va nourrir l’humanité, les païens, les grecs, comme les juifs. Le diacre prend le pain et le présente à l’évêque à l’autel. Puis il prend le Pain consacré et le donne en communion, selon l’engagement qu’il prend devant l’évêque au jour de l’ordination : « Voulez-vous conformer toute votre vie à l’exemple du Christ dont vous prendrez sur l’autel le corps et le sang pour le distribuer aux fidèles ? » Dans l’action liturgique, le diacre exprime comment il assiste l’évêque dans son ministère pastoral de proximité et de bonté, de miséricorde et de consolation. Il exprime aussi ce qu’il est devenu : un serviteur de ce festin distribuant la nourriture aux invités, ceux de la 11ème heure comme ceux de la première heure. Nourri lui-même du Pain de Vie, il le dépose dans la main ou la bouche des ses frères et sœurs afin que chacun puisse grandir dans sa ressemblance au Christ.
Du haut du Ciel, cher Ricardo, non seulement saint André, mais aussi sainte Thérèse veille sur vous. Je sais que vous l’aimez particulièrement et que vous la priez avec constance et confiance. Elle vous apprend, j’en suis sûr, à garder votre cœur d’enfant, avec la joie simple de l’émerveillement devant l’action de Dieu. Elle vous rappelle que la voie pour aller au Ciel n’est autre que celle de l’offrande de soi. Elle vous redit l’urgence de la mission universelle. Elle vous trace la route de votre ministère diaconal : « Vivre d’Amour, c’est donner sans mesure
Sans réclamer de salaire ici-bas, Ah ! sans compter je donne étant bien sûre, Que lorsqu’on aime, on ne calcule pas !…, Au Coeur Divin, débordant de tendresse, J’ai tout donné…. légèrement je cours, Je n’ai plus rien que ma seule richesse, Vivre d’Amour.»(Poème 17, 26 février 1895)
Amen.