Homélie de Mgr Touvet pour l’ordination de Frère Jérémy CAUMONT

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Ordination diaconale
de Frère Jérémy CAUMONT
Membre de la Congrégation de l’Oratoire Saint-Philippe Néri de Hyères
Samedi 23 novembre 2024
Église Saint-Louis de Hyères

Chers frères et sœurs,
La série continue ! Vous le savez, notre Église diocésaine accueille 13 nouveaux diacres que j’ai la joie d’ordonner entre la Toussaint et Noël. Et des diacres en vue du ministère de prêtre ! Quelle grâce ! Nous les portons tous dans notre prière. Ils se sont préparés, ils ont été formés au séminaire de La Castille, ce lieu magnifique qui depuis un siècle, abrite une communauté de séminaristes qui prient, étudient, et font l’apprentissage de la vie fraternelle. Ceci surtout depuis 40 ans quand Mgr Madec rouvrit le séminaire après une période de fermeture pour manque de candidats dans les années 50. Nous prions pour Jérémy spécialement aujourd’hui, mais aussi pour tous ces hommes qui se lèvent avec le désir de donner leur vie au Seigneur en se mettant au service de leur frères et sœurs baptisés. C’est une grâce immense que nous recevons de Dieu et que nous avons à cœur de recevoir encore dans les années à venir. C’est tout le diocèse qui soutient le séminaire. Les vocations doivent venir des paroisses et des familles de notre diocèse. Les prêtres et diacres sont invités à transmettre la joie de l’appel, tout en respectant la liberté de chacun. Une grande aventure, donc, dans laquelle chacun est impliqué ou doit s’impliquer. Je le dis avec conviction et confiance.
Mais pourquoi donc, tous ces diacres et tous ces prêtres ? Parce que le sacrement de l’Ordre est un trésor pour l’Église. L’évêque l’a reçu en plénitude pour enseigner, sanctifier et gouverner la portion du peuple de Dieu qui lui est confiée. Les prêtres et les diacres sont ses collaborateurs afin que soit déployée toute la Mission que Jésus a confiée à ses Apôtres. Les ministres ordonnés restent aux-mêmes, certes. Et pourtant, ils agissent au nom du Seigneur lui-même ; par l’imposition des mains de l’évêque, les diacres sont configurés au Christ serviteur, les prêtres au Christ Prêtre et pasteur. Ils sont revêtus de la grâce de Dieu et agissent par la puissance du Saint-Esprit. Nous côtoyons des hommes qui sont des frères, des amis. Et nous les connaissons comme prêtres et diacres qui, par leur ministère, par leur médiation, nous donnent accès aux dons et aux grâces dont nous avons besoin : la vie divine, le pardon des péchés, la bénédiction, la nourriture eucharistique. Jérémy, vous entendez comme nous cet appel entendu dans la 1ère lettre de saint Pierre : « Ce que chacun a reçu comme don de la grâce, mettez-le au service des autres, en bons gérants de la grâce de Dieu qui est si diverse ». En devenant diacre aujourd’hui, vous recevez cette grande grâce et cette belle mission de parler, de servir, d’agir au nom du Seigneur Jésus lui-même, lui qui s’est mis à notre service. Par le service de la Parole, le service de la charité et le service de l’Eucharistie, vous allez être le sacrement du Christ serviteur. A travers votre humanité, marquée comme pour chacun d’entre nous par tant de faiblesses, vous allez dire quelque chose de la proximité de Dieu et de sa bonté. Votre cœur, brûlant de charité comme celui de saint Philippe Néri, fondateur de l’Oratoire, va s’ouvrir encore et encore pour donner et distribuer aux cœurs durs ou endormis l’abondance de la grâce. « si quelqu’un parle, qu’il le fasse comme pour des paroles de Dieu ; celui qui assure le service, qu’il s’en acquitte comme avec la force procurée par Dieu », nous dit cette même lettre de saint Pierre. Par votre témoignage, par le don de vous-même, par vos gestes ministériels, les aveugles vont découvrir la lumière de la vie, les paralysés vont se remettre debout pour marcher derrière Jésus, les sourds vont entendre la Parole de Dieu, les muets vont proclamer cette Parole. L’ordination fait de vous le sacrement, c’est-à-dire le signe visible et efficace de l’action de Dieu. Vous lui offrez votre vie, vos mains, votre langue, pour que Lui agisse à travers vous.
Le « gérant de la grâce de Dieu » est appelé à une triple exigence : la générosité, la vérité, l’humilité.
Générosité parce que, comme le Christ Jésus a donné sa vie, le diacre donne sa vie, toute sa vie pour que soit manifestée la miséricorde du Seigneur. En choisissant librement de vous mettre au service des autres afin que Jésus grandisse dans leur cœur, vous acceptez de vous faire tout petit. La grâce de Dieu ne se gère pas avec des calculs, des projets stratégiques, des techniques de marketting, des postures de management. Le « gérant de la grâce de Dieu » donne tout ce qu’il est et tout ce qu’il a pour que l’amour de Dieu soit révélé et donné en partage. Saint Philippe Néri le dit ainsi : « Qui veut autre chose que le Christ ne sait pas ce qu’il veut ; qui cherche autre chose que le Christ ne sait pas ce qu’il souhaite ; qui travaille et n’œuvre pas pour le Christ ne sait pas ce qu’il fait. ». Ce don de soi au Christ passe par l’engagement au célibat que vous choisissez comme un moyen d’être à Dieu sans détour et sans réserve. Cela passe par la présence auprès des pauvres et des malades, comme vous aimez le vivre dans le cadre de l’Hospitalité de Lourdes, comme vous le vivez aussi en famille où vous avez appris le langage des signes. Ce don de soi passe aussi par la prédication de l’Évangile que nous n’avons pas le droit de modifier à notre guise. Il passe enfin par l’offrande de soi à la table eucharistique où vous présenterez au prêtre – aujourd’hui à l’évêque – le pain et le vin.
Autre exigence pour le diacre, « gérant de la grâce de Dieu » : la vérité. Comment prétendre en effet être celui par lequel Jésus nous sert sans servir soi-même ? … s’il n’y pas la cohérence requise dans la vie du gérant ? Le diacre est appelé à mettre toute sa vie en conformité avec l’Évangile qu’il annonce. Sinon, son service ne sera qu’une façade, sa charité ne sera que du spectacle, sa parole ne sera que du bavardage. Tout en gérant la grâce de Dieu, le diacre se laisse modeler par elle afin de bien demeurer celui qui sert et d’éviter de devenir celui qui se sert ou se fait servir. En recevant le livre de l’Évangile dans quelques instants, je vous dirai ceci : « Recevez l’Évangile du Christ, que vous avez la mission d’annoncer. Soyez attentif à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru, à vivre ce que vous aurez enseigné. » Cette parole du rituel de l’ordination vous met devant l’exigence de vérité dont nous parlons. Elle garantira la crédibilité de votre action et de vos paroles. Quand le prédicateur vit ce qu’il enseigne, ça se voit, ça s’entend, ça se sent. Inversement, le spectacle ou le bavardage détournent et dégoûtent. Ecoutons encore saint Philippe Néri : « Efforcez-vous toujours de gagner les autres au Christ par votre amabilité et votre amour, ayez toute la compréhension possible pour leurs faiblesses, efforcez-vous tout particulièrement de leur faire comprendre l’Amour de Dieu ».
Enfin, troisième exigence : l’humilité. La tentation la plus forte pour un ministre ordonné, le piège le plus fréquent, c’est de prendre la place de celui dont on est le « gérant ». Comme le disait saint Jean-Baptiste, et comme on le voit pour le soleil dans le ciel du solstice d’été au solstice d’hiver, le diacre doit diminuer pour que Jésus grandisse. Le diacre doit s’effacer pour que Jésus serve, enseigne et bénisse. Par son humilité, le diacre sera le serviteur fidèle, le serviteur inutile comme on le découvre dans la parabole (Lc 17). Cette humilité est une caractéristique de celui qui prie car il se met à genoux devant son Dieu, il se présente devant Lui pour tout recevoir de Lui, il Lui confie ceux vers qui il est envoyé, il se nourrit de l’Évangile pour agir comme Lui, il invoque la bénédiction de Dieu. Le gérant de la grâce n’est que le gérant. Il n’en est pas propriétaire, il n’en est pas la source. Il ne fait que la transmettre humblement.
Toute l’assemblée, autour de l’évêque, va invoquer le Saint-Esprit dans un instant, nous allons demander à tous les saints du Ciel leur intercession pour vous et pour l’Église. Le Seigneur vient faire de vous son gérant, son serviteur, son diacre. Il vous confie le trésor de sa grâce, il vous associe à son œuvre de salut. Il vous a choisi, il vous consacre, il vous envoie comme un témoin efficace et joyeux de la charité.
Cher Jérémy, et vous tous frères et sœurs, gardons dans nos cœurs cette parole de saint Philippe Néri : « Allez, l’heure de votre prière est finie, mais non celle de bien faire. Soyez joyeux, toujours joyeux ! Soyez bons si vous le pouvez ».
Amen.
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