Homélie de Mgr Touvet – Ordination d’Albéric

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Chers frères et sœurs,

Nous voici rassemblés dans la joie ! D’abord la joie pascale car le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Mais aussi la joie d’une Église diocésaine qui accueille un nouveau diacre en vue du ministère presbytéral. J’avais mesuré cette joie immense en annonçant le 10 décembre dernier que les ordinations pourraient reprendre dans notre diocèse. Cette joie, je l’avais encore éprouvée lors des ordinations célébrées le 21 janvier à la cathédrale de Toulon.

Les applaudissements du 10 décembre m’avaient bouleversé : ils en disaient long aussi de la très grande souffrance d’alors de n’avoir pu célébrer d’ordinations pendant 18 mois. Ils exprimaient aussi le grand et beau désir de tous les diocésains de pouvoir accueillir de nouveaux ministres ordonnés.

Aujourd’hui Albéric à St Jean Bosco, Davide le 5 mai à La Seyne, Aymeric le 9 mai à St Pie X. Puis des prêtres le 29 juin. Promis. Et on poursuivra à l’automne. Promis.

La file d’attente est fournie, ils sont là au milieu de nous. Joie dans nos cœurs, joie dans l’Église, joie pour les séminaristes et leurs formateurs, joie pour les curés et paroissiens qui les accueillent stage, joie pour les ordinands et leurs familles. En ce temps pascal, nous exprimons ensemble une immense action de grâce pour la générosité de ceux qui répondent aujourd’hui à l’appel, pour leur courage et leur détermination pendant la période passée.

Dans l’Évangile que nous venons d’entendre, saint Luc tente de faire la démonstration que la Résurrection n’est pas une réalité abstraite, un dogme froid. Jésus est bien vivant, il se montre avec son corps, il montre ses mains et ses pieds, il les donner à toucher, il mange ce qu’on lui offre. Il n’a pas fait semblant de mourir … il ne fait pas semblant d’être vivant. Il n’est pas vivant seulement en idée, en théorie, en apparence. Nous imaginons les apôtres et les témoins de cette rencontre éprouver toutes sortes de sentiments : la frayeur et la crainte, la joie et l’étonnement. Jésus tente de les convaincre : « Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi, touchez-moi, regardez ». Nous le savons, quand vient le temps des retrouvailles avec un enfant parti en séjour linguistique au loin, ou avec un prêtre de retour de mission, ou avec une personne hospitalisée pendant longtemps, c’est humain, on a envie de la prendre dans nos bras, de lui saisir la main, de vérifier de façon sensible qu’elle est bien là, n’est-ce pas ? Nous comprenons la stupeur et le respect des apôtres, et leur désir de s’approcher de celui qui soudain « fut présent au milieu d’eux ». Mais nous mesurons aussi leur crainte, leur retenue, leur émotion. Car, là, il s’agit d’un mort revenu à la vie ! C’est quelque chose ! Mais nous l’entendons bien : il est vivant d’une manière tout autre. Il vit comme celui qui donne sens à tout ce qui a été annoncé par les prophètes : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophète et les Psaumes. » Il le fait avec délicatesse en s’invitant simplement : « il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. » La résurrection de Jésus n’est pas une intrusion de force, mais le chemin pour goûter pleinement la réalité de l’Alliance, pour être inséré dans cette longue histoire faite de sainteté et d’infidélités. La résurrection de Jésus nous fait entrer dans le grand mystère du salut, mystère de notre foi : « Il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations. » Ce qui est donné à comprendre, c’est que le passage de tous vers la vie ne peut se faire que par la souffrance du Messie, par sa sainte croix, car dans ce rejet et cette condamnation de Jésus, dont il fait une offrande de sa vie, advient le pardon qui guérit toutes les blessures de la vie.

Le Ressuscité ne demande à ses Apôtres et à leurs compagnons qu’une seule chose : « A vous d’en être les témoins. » Donc : à vous tous frères et sœurs, d’en être les témoins. L’êtes-vous ? Le sommes-nous ? Tous, baptisés, membres de l’Église, nous sommes envoyés dans le monde en témoins du Christ mort et ressuscité. Nous tous, marqués du sceau de l’Esprit par l’onction sainte au jour de votre confirmation, nous avons pour vocation de répandre la bonne odeur de Dieu. Comment ? En étant ses témoins ! Nous parlons beaucoup de l’annonce du kérygme depuis quelques mois dans tous les diocèses de France. Eh bien, voilà ! C’est notre mission commune. Personne n’en est exempté.

Mais à vous tout particulièrement, cher Albéric, il revient d’en être le témoin. Comme diacre d’abord, et comme prêtre plus tard si Dieu le veut ainsi, vous êtes appelé par Dieu et attendu par les pauvres et les incroyants comme un témoin de la victoire de l’amour sur le mépris, de la vérité sur le mensonge, de la charité sur l’égoïsme, de la lumière sur les ténèbres. Oui, la résurrection, c’est du concret. Le diacre est témoin par un engagement de toute sa vie, très concrètement dans le célibat consacré, au service de ceux qui sont dans les ténèbres, la souffrance, la pauvreté, la fragilité. Le diacre est témoin en remettant debout ceux qui sont tombés, abattus, sans point d’appui, et qui ne trouvent pas le courage ni la force de s’en sortir. Le diacre est témoin comme ministre de la charité, disposition qui demeure plus tard dans la vie du prêtre et de l’évêque et qui s’exprime alors dans ce que nous appelons « la charité pastorale ».

Le diacre est témoin en se mettant au service des plus petits. Pour cela il enracine sa vie et son ministère dans la parole de Dieu qu’il prêche, et le service de la liturgie. Il faut joindre les actes à la parole. Albéric, je sais que vous manifestez de belles aptitudes d’apôtre et de serviteur. Vous allez à la rencontre des autres et leur donnez le témoignage de votre foi, de votre amour pour le Seigneur Jésus, vous leur dites le cœur de la foi, et vous aimez aller au contact des petits et des plus fragiles pour leur donner, bien humblement et joyeusement aussi, le trésor de la miséricorde et de la tendresse de Dieu. Pour cela, comme vous me l’avez dit vous-même, il s’agit de rechercher la dernière place. Pour aujourd’hui, c’est un peu raté, car nous sommes venus nombreux pour vous, et vous êtes un peu au centre. En fait, non, nous ne sommes pas venus pour vous … mais pour voir en vous le Christ qui se met à notre service. Le diacre est au service de la communion entre tous, avec le désir de faire entrer chacun dans le mystère de la résurrection, mystère de renaissance et de relèvement. L’étape du diaconat vers le sacerdoce ministériel imprime en vous cette aptitude et cette grâce. Puissions-nous, nous prêtres et évêques, ne jamais l’oublier. Être témoin du Christ en paroles et en actes, voilà notre mission : les grands discours ne suffisent pas, il faut aussi des actes. « Montre-moi ta foi qui n’agit pas, elle est bel et bien morte », nous dit la lettre de saint Jacques. Dans la liturgie, il y a les paroles et les actes. Dans la vie il doit y avoir les paroles et les actes. Paroles et actes en cohérence, en harmonie profonde deviennent ensemble le vecteur du témoignage.

Dans la célébration de l’Eucharistie où le diacre agit là aussi comme serviteur, puisons donc maintenant la grâce de servir en étant témoins et en donnant notre vie. Et faisons monter une puissante intercession vers le Ciel : avec l’offrande du pain et du vin à l’autel, présentés à l’évêque par le diacre, prions pour tous les jeunes garçons que le Seigneur appelle à son service comme prêtre. Je le sais, ils sont là, ils sont saisis par cet appel, ils voient l’exemple d’Albéric, ils sentent bien qu’il doit y avoir une grande joie à tout donner pour servir… nous prions pour eux afin que la joie de dire « oui » éclaire leur cœur.

Prions pour Mgr Rey qui est en communion avec nous tous aujourd’hui, et pour Albéric qui va être ordonné par mon humble ministère dans un instant, recevant par l’imposition des mains et les paroles qui l’accompagnent la grâce d’être un serviteur du Christ, un témoin passionné de l’amour qui se donne.

Amen.

 

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© Augustin Navaranne

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