Une expĂ©rience d’éducation Ă  l’intelligence du cƓur

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« Quand je vois JĂ©sus sur la croix, je vois combien JĂ©sus m’a aimĂ©,
Quand je vois JĂ©sus dans l’eucharistie, je vois combien JĂ©sus m’aime ».

Introduction

J’ai exercĂ© plusieurs annĂ©es durant la responsabilitĂ© des pĂšlerinages de Paray-le-Monial comme supĂ©rieur des Chapelains. En retrouvant Paray-le-Monial Ă  l’occasion de ce rassemblement, je m’y sens « chez moi ».

J’ai dĂ©couvert le titre de ma confĂ©rence, en feuilletant le programme dĂ©jĂ  Ă©ditĂ©. Il s’est imposĂ© comme une figure imposĂ©e. On y parle d’expĂ©rience – d’éducation – d’intelligence. Tout cela se rapporte au symbole du cƓur.

Oui, le cƓur de JĂ©sus fut l’objet d’une expĂ©rience : celle que rapporte l’évangĂ©liste Jean au chapitre 19, celle dont tĂ©moigne Marguerite Marie Ă  la fin du 17Ăšme siĂšcle. Celle d’une dĂ©couverte spirituelle qui nous fait accĂ©der par la contemplation au mystĂšre du Christ. Oui, cette contemplation du cƓur de JĂ©sus, est un acte d’éducation. Le seul mot « cƓur », dĂ©posĂ© par l’évangile de Matthieu sur la bouche de JĂ©sus et s’appliquant Ă  lui-mĂȘme, met en rapport le mot « cƓur » avec le mot « Ă©cole » (ou apprendre) : « Mettez-vous Ă  mon Ă©cole car je suis doux et humble de cƓur » (Mt 11).

Oui, le mot « cƓur » dans l’Ecriture est associĂ© Ă  la pensĂ©e, Ă  la rĂ©flexion (plus qu’aux sentiments) : « Marie mĂ©ditait tout cela dans son cƓur ». J’organiserai mon propos autour d ‘une problĂ©matique qui fait droit Ă  3 interrogations interdĂ©pendantes. Elles dessinent ensemble le contour d’un support singulier entre l’école catholique et le cƓur.

1Ăšre question : de quelle maniĂšre l’école catholique se trouve-t-elle placĂ©e au cƓur de la sociĂ©tĂ© et de l’Eglise ?

Le cƓur dĂ©signe ici la situation gĂ©ographique tout Ă  fait unique qu’occupe l â€˜Ă©cole catholique dans le champ de notre sociĂ©tĂ©. Cette topographie est riche de significations mais aussi de dĂ©fis.

2Ăšme question : cette Ă©cole catholique se trouve au cƓur de notre sociĂ©tĂ©, de sa vie et de ses enjeux. Mais quel est le « cƓur » de cette Ă©cole ? Nous serons amenĂ©s Ă  nous interroger sur ce que signifie et implique une « Ă©ducation Ă  l’intelligence du cƓur ».

3Ăšme question : comment la spiritualitĂ© du cƓur du Christ, honorĂ©e ici Ă  Paray-le-Monial, doit-elle, peut-elle Ă©clairer la mission chrĂ©tienne et ecclĂ©siale de l’école catholique ? Le cƓur du Christ ne relĂšve pas d’une dĂ©votion intimiste et pieuse, mais engage les Ă©ducateurs, les formateurs, les parents, les Ă©lĂšves dans un style de vie thĂ©ologale.

A – L’école catholique au cƓur de la sociĂ©tĂ© et de l’Eglise

a ) Le cƓur est un muscle qui trouve place dans sa position anatomique au centre du corps humain. Cette centralitĂ© en fait un lieu de convergence.

Au-delĂ  du sens physiologique du terme, le « cƓur » par extension dĂ©signe dans l’étude d’un phĂ©nomĂšne, la description d’une entitĂ© humaine et sociale, ce qui relĂšve de cette centralitĂ© :

  • le physicien parle de « cƓur » du rĂ©acteur
  • le chercheur Ă©voque le « cƓur » d’un problĂšme ou d’une question.

Le symbolisme du cƓur peut s’étendre aussi Ă  l’école en gĂ©nĂ©ral, Ă  l’école catholique en particulier. L’école se trouve situĂ©e au « cƓur » d’une sociĂ©tĂ© , une Ă©cole catholique au « cƓur » de l’Eglise.

Au cƓur de la sociĂ©tĂ© ?

Oui, l’école, comme institution chargĂ©e de la transmission du savoir, se trouve Ă  la croisĂ©e des dĂ©fis, des attentes et des crises qui traversent la sociĂ©tĂ©. Et celles-ci s’y rĂ©percutent comme dans une caisse de rĂ©sonance, en Ă©cho. Elle est aussi lieu de rĂ©vĂ©lation des conflits qui secouent cette sociĂ©tĂ© et des espĂ©rances qui la dĂ©passent (et qui inĂ©luctablement la rencontrent).

Or, cette « centralitĂ© » de l’école pose question aujourd’hui, car la transmission pose question aujourd’hui. Le rapport au passĂ© et Ă  l’avenir, qui donne sens au prĂ©sent, est devenu problĂ©matique.

1. Don de la vie

La premiÚre des transmissions qui est le don de la vie est ainsi en suspicion ou en suspend. La chute de la natalité en est un indice inquiétant.

2. Erosion de lien entre les générations.

Olivier Mangin « parle d’une Ă©rosion de lien entre les gĂ©nĂ©rations ».

Posture dĂ©licate de l’école aujourd’hui en raison Ă©galement des ruptures de traditions culturelles. Les sociĂ©tĂ©s se perpĂ©tuent non seulement par le don de la vie, mais aussi par la transmission des structures symboliques (l’histoire et le langage) qui dĂ©finissent une culture. Jeunes « en mal d’hĂ©ritage », et en mal de mĂ©moire. Quels sont par exemple les Ă©vĂ©nements symboliques qui peuvent servir de repĂšres actuellement, de maniĂšre durable et structurante aux jeunes de 15 Ă  25 ans ? DĂ©ficit de transmission ou excĂšs de transmission avec une plĂ©thore de formations tous azimuts, mises sur le mĂȘme pied d’égalitĂ©.

3. Valorisation de l’émotionnel.

L’hĂ©gĂ©monie de l’instant et de l’immĂ©diat, dans une sociĂ©tĂ© de consommation et de mĂ©diatisation qui valorise l’émotionnel et l’affectif, exacerbe les dĂ©sirs et gĂ©nĂšre des appĂ©tits et des violences…

4. Valorisation de l’interculturel

Le public scolarisĂ© est souvent un public du « look « , errant dans une « culture nomade » livrĂ©e Ă  l’interculturel. Les jeunes cherchent leur identitĂ© sans savoir oĂč se fixer. Ils surfent sur la vague des modes.

Alors que tout devient possible, les finalitĂ©s font dĂ©faut. En amont, l’accumulation des documents et des informations mises, sans rĂ©serve et sans veto, Ă  la disposition de tous. En aval, les carences d’orientation et de repĂ©rage du sens.

Conclusion

Dans ce contexte d’accĂ©lĂ©ration du temps, de pertes de mĂ©moire longue, d’incertitude, sur un futur de plus en plus alĂ©atoire, les processus lourds de transmission qui fonctionnent sur des durĂ©es longues et des organisations mentales oĂč les maturations sont progressives et les germinations graduelles, ces processus sont vite disqualifiĂ©s. Le temps de l’éducation n’est pas en effet le temps du zapping ou de l’instinct. La fonction enseignante constitue un dĂ©fi lancĂ© Ă  la sociĂ©tĂ© de l’éphĂ©mĂšre, du « tout jetable », « du gaspi ».

L’originalitĂ© de l’école catholique , « son caractĂšre propre », tient prĂ©cisĂ©ment qu’elle apporte de maniĂšre singuliĂšre Ă  notre sociĂ©tĂ© un centre, un cƓur, une « Ăąme », une infrastructure dĂ©cisive pour l’histoire humaine. Car, toute sociĂ©tĂ© ne vit pas seulement de la production, de la communication et de la consommation de biens matĂ©riels, intellectuels et culturels, mais aussi de valeurs spirituelles et Ă©thiques qui font sens dans le long terme, car elles offrent des racines et dĂ©gagent des horizons. J’entends la voix de Soljenitsyne rappeler Ă  l’Occident « l’urgence de semer d’abord ce qui croĂźt le plus lentement ».

L’enseignant chrĂ©tien est le jardinier d’un hĂ©ritage de sens qu’on appelle : caractĂšre sacrĂ©, unique et inviolable de chaque personne humaine quels que soient son passĂ©, sa culture, sa race et sa langue. Cet hĂ©ritage s’origine dans la Tradition judĂ©o-chrĂ©tienne :

  • dĂ©fense et respect du petit sans dĂ©fense mais dont la vie est sans prix,
  • impĂ©ratif de la justice fondĂ©e sur l’égalitĂ© entre tous et l’équitĂ© en droit, le chemin d’entraide,
  • le droit inaliĂ©nable Ă  la vie pour chaque ĂȘtre humain, de vivre, de savoir, le droit Ă  la propriĂ©tĂ© de ses biens et de pouvoir librement en disposer.
    Surtout le droit d’ĂȘtre aimĂ©, le droit Ă  une famille, Ă  une Ă©ducation,
  • devoir de dialogue, droit Ă  la parole professĂ©e et Ă©changĂ©e, droit de poser des questions, droit Ă  son image,
  • libertĂ© d’opinion, de conscience,
  • le droit Ă  la mĂ©moire.

L’enseignant chrĂ©tien est le gardien et le garant de tous ces biens en raison d’un principe spirituel qui les sous-tend : chaque enfant est un don de Dieu, un ĂȘtre sacrĂ© qui lui est semblable et en qui nous pouvons le reconnaĂźtre « Ce que tu as fait aux plus petits, c’est Ă  moi que tu l’as fait » (Mt 25). » Mettre au monde un enfant ou accepter d’ĂȘtre un enseignant chrĂ©tien, c’est, vis Ă  vis de cet enfant, se mettre en dette de ces sens cachĂ©s.

b) Le cƓur est un organe central mais cachĂ© au fond de la poitrine.

Il n’est pas apparent, (protĂ©gĂ© au dedans par les cĂŽtes). Si intime qu’il Ă©chappe au regard. Cet enfouissement dit symboliquement son inviolabilitĂ© « le cƓur de l’homme qui peut le scruter et le connaĂźtre ? »

L’éducateur travaille un matĂ©riau humain qui rĂ©siste Ă  la saisie, aux critĂšres de rendement et de succĂšs, aux paramĂštres usuels pratiquĂ©s dans les entreprises ou sur le marchĂ© du travail… Il s’agit dans l’acte de transmettre (qui est un geste de lutte contre l’oubli et en fin de compte contre la mort) de constituer l’enfant, le jeune, comme sujet de sa propre histoire. Construire une libertĂ© capable de s’approprier une histoire qui devient mĂ©moire et promesse, projet.

La vocation de l’enseignant est d’engendrer non seulement Ă  un savoir communiquĂ©, mais aussi Ă  une vocation d’adulte capable d’un discernement critique et d’une adhĂ©sion rĂ©flĂ©chie et Ă©noncĂ©e Ă  la premiĂšre personne.

L’école catholique dĂ©fend une Ă©ducation conçue, non une entreprise prestataire de connaissances (une boĂźte Ă  bachot) qui serait Ă  la solde des attentes de parents. Ceux-ci se prĂ©sentant comme les avocats de leurs enfants, et dĂ©portant sur l’école leurs Ă©checs Ă©ducatifs, leurs dĂ©missions, leurs rĂȘves.

L’école catholique dĂ©fend une Ă©ducation dont l’objet est de favoriser la possibilitĂ© la plus haute de la libertĂ© humaine qui est de prĂ©parer le passage d’une connaissance extĂ©rieure pour une connaissance intĂ©rieure. Rencontrer un « tu » qui me permet de pouvoir dire « je ». Passer de l’explication Ă  l’implication. Une libertĂ© se construit ; il faut ĂȘtre suffisamment structurĂ© pour rĂ©flĂ©chir, ĂȘtre soi-mĂȘme et faire des choix.

Le cƓur de l’éducation, sa vĂ©ritĂ© cachĂ©e (comme le cƓur) rĂ©side dans ce projet. Elle appelle l’enseignant Ă  une responsabilitĂ© redoutable : une libertĂ© ne naĂźt qu’au contact d’une autre libertĂ© qui fait autoritĂ© et qui suppose objectivitĂ©, courage, gĂ©nĂ©rositĂ©, pour transmettre des valeurs et des significations dont ils sont pour eux-mĂȘmes des tĂ©moins qualifiĂ©s.

c) Le cƓur n’est pas un organe comme un autre.

Sa centralitĂ©, sa structure en fait un lieu de convergence, de recueillement, d’intĂ©gration. L’école est au cƓur d’une sociĂ©tĂ© car elle remplit aussi ce rĂŽle d’intĂ©gration :

  • IntĂ©gration culturelle puisqu’elle a pour rĂŽle de faire se rejoindre en elle, l’hĂ©ritage d’un passĂ©, avec tout ce que cette notion d’hĂ©ritage vĂ©hicule de pesanteurs et de rĂšglements de compte, et d’autre part, la personne des jeunes, ceux qui seront appelĂ©s Ă  devenir les acteurs de demain, un demain grevĂ© d’incertitudes , d’attentes (illusions) et d’inquiĂ©tude. L’école est fondamentalement un espace de tradition entre gĂ©nĂ©rations.
  • IntĂ©gration sociale puisque l’école remplit une fonction d’initiation Ă  la vie sociale : transiter de la micro sociĂ©tĂ© familiale Ă  la macro sociĂ©tĂ© oĂč les rapports rĂ©pondent Ă  des critĂšres d’organisation objective, d’éthique commune. Il s’agit d’une naissance Ă  la socialitĂ© et au vivre ensemble.
  • IntĂ©gration chrĂ©tienne car la foi (comme le cƓur) est le lieu d’une synthĂšse. L’occidental disant « c’est moi » dĂ©signe trĂšs spontanĂ©ment sa poitrine et plus encore son cƓur. L’apprĂ©hension globale de la personne s’incarne dans le cƓur.

Le cƓur correspond Ă  un point de repĂšre anthropologique dont la Bible s’est largement inspirĂ©s pour parler de la personne humaine. Le mot cƓur y apparaĂźt plus de 1000 fois. La Bible ne s’intĂ©resse pas Ă  la fonction physiologique du cƓur, mais Ă  sa valeur symbolique : organe interne par excellence, le cƓur est conçu comme le siĂšge de toute la vie intĂ©rieure, par diffĂ©rence avec le visage qui exprime le visible de la personne. Le cƓur est le foyer interne des dĂ©sirs, de la volontĂ©, de bien des choix dĂ©cisifs, le centre des Ă©motions, le siĂšge de l’intelligence et de la pensĂ©e, de la mĂ©moire, le tabernacle de la prĂ©sence de Dieu. Dieu « sonde les reins et les cƓurs » (Jn 17,10). Il est capable « d’écrire dans les cƓurs » (Jn 31,33).

Le cƓur n’ajoute pas une dimension de plus Ă  la dĂ©finition de l’homme. Il est un principe hermĂ©neutique pour parler de l’homme en pensant son unitĂ©. L’anthropologie du cƓur apporte une vision intĂ©grative et synthĂ©tique de l’ĂȘtre humain.

Dans un univers Ă©parpillĂ© oĂč triomphe la multiplication des relations par Ă©cran, la mobilitĂ© des modes de vie et des lieux de vie, la mouvance des identitĂ©s collectives, l’éclatement des rĂ©fĂ©rents familiaux et culturels au grĂ© d’un pluralisme Ă©clectique… le cƓur dĂ©signe une rĂ©fĂ©rence absolue, stable, irrĂ©versible, un lieu de convergence et de confluence, un socle immuable oĂč pour nous chrĂ©tiens retentit un appel qui nous constitue dans l’ĂȘtre. Alors que tout vacille, le cƓur est le lieu d’une certitude qui Ă©chappe Ă  notre raison, mais qui est la demeure d’une prĂ©sence certaine, unifiante. Un essentiel qui nous fait vivre. Une vĂ©ritĂ© rencontrĂ©e dans une prĂ©sence « Unifie mon cƓur pour qu’il craigne ton nom » (Ps 85,11).

L’éducateur chrĂ©tien non seulement doit faire droit Ă  l’intĂ©gration personnelle des acquisitions intellectuelles, le droit Ă  la cohĂ©rence dans une culture Ă©clatĂ©e, mais aussi rĂ©pondre Ă  l’exigence spirituelle d’un rapatriement des informations qui saturent notre conscience jusqu’à ce point intĂ©rieur et extrĂȘme oĂč elles se rassemblent en un « je », et se conjuguent autour d’une prĂ©sence (prĂ©sence d’un visage, celui du Christ). Un cƓur situĂ© aux racines les plus profondes de notre dĂ©sir, lĂ  oĂč sourdent nos attentes de bonheur et de la vie nouvelle. Entre le dĂ©sir trop vite encombrĂ© par l’abondance de biens de consommation et paralysĂ© dans un Ă©lan vers autre chose, et d’autre part le dĂ©sir déçu ou refoulĂ© qui n’ose plus s’avouer, s’inscrit le chemin de conversion, le travail de la foi pour parvenir jusqu’au cƓur. La communication de la foi se dĂ©ploie dans l’acte mĂȘme d’enseigner. Le cƓur est une chance inouĂŻe pour notre libertĂ©, comme un pivot extĂ©rieur. Il est en nous un au-delĂ  de nous-mĂȘme.

Nous sommes par le cƓur les ultimes rĂ©ceptacles de nos propres croyances. On doit les vivre, les examiner avec toute leur pertinence, les Ă©prouver en soi, les laisser travailler en nous. Aujourd’hui, on est contraint Ă  la vĂ©ritĂ© de soi, Ă  bĂątir sa vie sur le roc et le roc est un cƓur.

Une Ă©cole « du cƓur »

L’école se trouve placĂ©e au cƓur de la vie de la sociĂ©tĂ©. Cette position centrale lui confĂšre une responsabilitĂ© d’intĂ©gration sociale, culturelle, patrimoniale et, pour nous chrĂ©tiens, d’intĂ©gration religieuse.

Je rappelle les propos de Paul VI dans Evangelii Nunciandi. Le pape souligne l’urgence « d’évangĂ©liser la culture et les cultures de l’homme, non pas de maniĂšre dĂ©corative, comme par un vernis artificiel, mais de façon vitale, en profondeur et jusque dans leurs racines ». (Evangelii Nunciandi).

Par son caractĂšre propre, qu’elle ne doit pas brandir de maniĂšre incantatoire, comme un slogan, mais Ă©prouver comme une vĂ©ritĂ© vĂ©cue, l’école catholique doit sans cesse vĂ©rifier, doit discerner en interne et en externe, doit mĂ©riter ce qualificatif de « catholique » qui lui est accolĂ©.

Comment cette identitĂ© constitue la substance et la vie de l’éducation qu’elle propose ? Comment ce caractĂšre propre structure en profondeur le contenu de foi dont elle doit ĂȘtre, auprĂšs des jeunes, l’authentique tĂ©moin ? De quelle maniĂšre « la culture qu’elle promeut s’ordonne Ă  l’annonce du salut » (DĂ©claration sur l’éducation chrĂ©tienne), dans le respect des consciences et la lĂ©gitime autonomie des disciplines ? Plus encore, l’apport d’une Ă©cole chrĂ©tienne est de qualifier, d’enrichir la culture comme conservatoire et comme laboratoire et peut ĂȘtre aussi de sauver la culture d’une rationalitĂ© trop courte, des forces passionnelles qui hantent notre monde, des manipulations latentes ou patentes qui produisent du conformisme et du prĂȘt Ă  penser, d’un repli frileux sur soi, sur ses intĂ©rĂȘts, sur ses doutes ; « de sauver la raison ».

Projet ambitieux, disproportionnĂ© par rapport Ă  ses propres forces et pourtant qu’elle dĂ©veloppe en direction de l’intelligence. C’est ce qui pourrait dĂ©finir une « intelligence de cƓur ».

L’anthropologie biblique, je le rappelais tout Ă  l’heure, met la pensĂ©e (non pas dans le cerveau) mais dans le cƓur. Pour dire « penser », la bible dit « parler dans son cƓur » (Qo 2,15). « Donne-moi ton cƓur » (Pr 23,26) ne signifie pas « donne-moi ton amour », mais « prĂȘte-moi attention ». Les apĂŽtres avaient « le cƓur endurci » (Mc 6,52) pour souligner qu’ils n’avaient rien compris. Le cƓur est le siĂšge de la connaissance et de la mĂ©moire. « On ne se souviendra plus du passĂ© qui ne remontera plus au cƓur » (Is 65,17). Le latin garde une trace sĂ©mantique du verbe « se souvenir » puisqu’il se dit « recordari » (en italien « ricordare » ou en espagnol « acordarse ; recuerdo »). Le français parle d’apprendre ou de savoir « par cƓur ».

Il y a une intelligence qui vient du cƓur qui assume et dĂ©passe la technicitĂ© formelle, la pure rationalitĂ© et l’esprit d’analyse, la facultĂ© d’abstraction et de jugement. L’école catholique doit promouvoir chez l’enfant cette « intelligence du cƓur ». Cette expression donne Ă  penser qu’il faut libĂ©rer l’intelligence de la tentation d’autonomie et d’autosuffisance. L’orgueil de l’intelligence consiste Ă  s’enfermer en soi, de n’ĂȘtre plus servante d’une vĂ©ritĂ© qu’elle recueille et non pas qu’elle produit. Cette humilitĂ© prudente de l’intelligence (cette sagesse) se dĂ©cline en autant d’attitudes d’ouverture, de dialogue et de respect. Une Ă©cole du cƓur devant les promouvoir :

1. Savoir admirer

Rendre aimable le savoir. Quand on ne s’étonne plus de rien, c’est que l’on commence Ă  ĂȘtre frappĂ© de cĂ©citĂ© ou de surditĂ©. On devient blasĂ© face Ă  la nouveautĂ©. S’enthousiasmer (= bof), les mathĂ©matiques peuvent enthousiasmer.

2. Accepter le témoignage des sens

Les premiĂšres connaissances de l’enfant sont sensibles. Partir des sens et y revenir pour vĂ©rifier son jugement.

3. Savoir écouter

L’écoute met en cause toute notre personnalitĂ© , pas seulement nos oreilles, tout notre corps. Ecoute passive, disponible, mais aussi Ă©coute attentive, active, critique. Elle suppose l’abandon de ses propres cogitations pour essayer de comprendre le point de vue de l’autre. Aujourd’hui, l’argument d’autoritĂ© ne fait pas recette. Les autoritĂ©s morales sont souvent disqualifiĂ©es. Elles ne sont plus en Ă©tat de lĂ©gitimitĂ©, mais livrĂ©es Ă  l’ironie, au ridicule, Ă  l’ostracisme, confondues avec le terrorisme et tous les fanatismes. Or, une sociĂ©tĂ© a besoin de tabernacles de certitudes, des puits de vĂ©ritĂ©, des lieux qui donnent la grammaire de la vie.

4. Se conformer au réel

Il y a une relation de l’ĂȘtre humain au rĂ©el qui est naturelle, instructive, charnelle, enracinĂ©e dan notre corps. Avant mĂȘme que l’intelligence produise un savoir abstrait, elle s’enracine dans un rapport incarnĂ© avec soi-mĂȘme, son corps, le corps des autres, la nature. La tentation spĂ©culative d’abstraction et l’invasion du virtuel, de la simulation de l’image et de la modĂ©lisation met Ă  mal la santĂ© de l’intelligence, son ancrage dans le rĂ©el. Fabriquer un rĂ©el tout en gardant une impression de cohĂ©rence et l’imposer Ă  autrui comme norme = toutes les idĂ©ologies (jusqu’au totalitarisme) s’inscrivent dans cette ligne).

5. Accepter les contraintes et la logique

La jeunesse actuelle baigne dans un univers fortement Ă©motionnel (relayĂ© par les mĂ©dias). Le dictat de l’instruction discrĂ©dite la maĂźtrise des concepts et des analyses. Le labeur de l’intelligence consiste Ă  se forger des outils de raisonnements pour assister, soutenir, confirmer, prolonger les intuitions premiĂšres suivant un ordre et une organisation formelle qui garantit la validitĂ© de la recherche.

L’intelligence, comme l’école, est un espace rĂ©glementĂ©, organisĂ©, comme le « code de la route », avec des droits et des devoirs. Il faut en assumer les contours.

6. Faire des choix

Les jeunes évoluent dans un contexte de non choix ou de choix différés.

Par exemple,

  • Contexte de non choix : dans l’ordre socio-Ă©conomique, la refonte sans cesse reportĂ©e de la rĂ©forme du systĂšme Ă©ducatif, ou des rĂ©gimes de retraite, une certaine complaisance face aux risques bio-Ă©cologiques… Tout ceci illustre le transfert en douce sur les gĂ©nĂ©rations futures du coĂ»t de nos « non-choix » ou des choix politiquement corrects.
  • Faire des choix, c’est investir le futur. L’insĂ©curitĂ© affective, le vieillissement de la population altĂšrent notre capacitĂ© Ă  nous projeter en avant, Ă  investir le futur autrement que par le rĂȘve ou la fiction. La vĂ©ritable libertĂ© ne se confond pas avec le « no mans’ land ». Etre libre, c’est choisir des rĂ©fĂ©rences dont on va devenir responsables. Eduquer, c’est mettre un jeune en situation d’option et d’adhĂ©sion. Apprendre Ă  dire oui ou non. Avoir le courage de s’attester.

7. Ne pas « estampiller »

Le jugement moral de beaucoup de nos contemporains est l’otage de groupes de pression savamment et puissamment organisĂ©s avec des techniques bien huilĂ©es de manipulation mĂ©diatique (puissance de la TV). On applique un jugement moral dĂ©finitif sans prendre la peine de vĂ©rifier les sources d’information. La rĂ©tention de jugement s’impose bien souvent faut d’élĂ©ments probants, concordants, justifiĂ©s. L’évaluation critique des situations doit nous exonĂ©rĂ© d’un « jugement dernier » sur les personnes, suivant la logique du bouc Ă©missaire. On cherche des coupables, on diabolise beaucoup. La tendance actuelle au contentieux place nos contemporains dans une attitude systĂ©matique de mise en accusation, au dĂ©triment de la responsabilisation personnelle.

8. Rechercher le dialogue

La vie de l’intelligence se nourrit et s’enrichit du dialogue, ce qui suppose la confiance rĂ©ciproque, la fĂ©conditĂ© du dĂ©bat, l’acceptation des diffĂ©rences et des remises en cause… Les tendances affectives de type fusionnel, contreviennent Ă  l’émergence d’un dialogue vrai. La charitĂ© de l’intelligence est de ne rien donner qu’elle n’ait reçu et de ne rien retenir de ce qu’elle a reçu.

9. ReconnaĂźtre son ignorance

La pauvretĂ© de l’intelligence face aux grandes Ă©nigmes de la vie, l’incertitude de l’avenir, le poids des risques encourus.. ;, pauvretĂ© de ne pouvoir Ă©treindre l’objet de sa quĂȘte, traduit en creuset la soif de vĂ©ritĂ© et de connaissance qui nous habite. C’est lĂ  la dĂ©tresse de son ignorance qu’on mesure la profondeur d’un esprit et qu’on cultive la facultĂ© d’interrogation et d’émerveillement. Il y a une humble obĂ©issance de l’esprit qui consiste Ă  recevoir une lumiĂšre dont on n’est pas la source.

10. ReconnaĂźtre ses erreurs

L’erreur est le pain quotidien de nos tĂątonnements et de nos certitudes trop vite acquises. ReconnaĂźtre ses faux-pas est une preuve d’intelligence. Pour dĂ©busquer ses erreurs, il faut soumettre sa pensĂ©e Ă  la critique d’autrui ainsi qu’à l’épreuve des faits. Ne pas l’idolĂątrer. On a beaucoup de mal Ă  accepter les insuffisances de notre culture, nos limites, l’imperfection inhĂ©rente aux pesanteurs personnelles ou sociales. ReconnaĂźtre ses erreurs et les assumer.

« L’intelligence du cƓur » comprend peu Ă  peu qu’elle n’est pas faite pour elle mĂȘme, son propre horizon, mais qu’elle est au service de plus grand qu’elle : au service du « cƓur », l’homme, et qu’il y a une Ă©thique de l’intelligence pour l’humaniser, la christianiser autour de 4 exigences :

  • objet propre : apprendre un contenu,
  • mĂ©thode : apprendre Ă  apprendre,
  • finalitĂ© : apprendre Ă  ĂȘtre,
  • altĂ©ritĂ© : apprendre Ă  vivre en commun.

Il y a une saintetĂ© de l’intelligence.

A l’école du cƓur du Christ

Le christianisme s’est emparĂ© du symbole biblique du cƓur. Au terme de son existence terrestre, aprĂšs sa mort, le cƓur ouvert de JĂ©sus (Jn 19) livrĂ© Ă  l’Eglise (reprĂ©sentĂ© par Marie dans sa dimension prophĂ©tique et par le disciple bien aimĂ© dans sa dimension apostolique) est devenu le signe rĂ©capitulatif de son Ɠuvre et de sa Vie, le signe universel de l’amour. La RĂ©vĂ©lation de la Croix s’achĂšve dans cet ultime geste public : JĂ©sus montre son « cĂŽtĂ© ouvert d’oĂč jaillissent le sang et l’eau » : un amour brĂ»lant qui laisse Ă©chapper la vie et rĂ©pand l’Esprit, anticipation de la RĂ©surrection et de la PentecĂŽte.

En 1674, Marguerite Marie dĂ©couvrira Ă  l’occasion d’une apparition un Christ en gloire avec ses plaies « brillant comme des soleils », et sa poitrine « comme une fournaise ardente ». Un cƓur Ă  jamais ouvert et dont la blessure ne se referme pas sur elle , mais devient stigmate Un cƓur blessĂ© en lequel peut se reconnaĂźtre toute dĂ©tresse, mais d’oĂč peut jaillir un torrent de Vie (Jn 7 : « de son sein couleront des fleuves d’eau Vive »).

« L’école catholique se tient au pied de la Croix et contemple le Christ RĂ©dempteur du Monde, celui qui a pĂ©nĂ©trĂ©, d’une maniĂšre unique et absolument singuliĂšre, dans le mystĂšre de l’homme et qui est entrĂ© dans son cƓur » (Redemptor Huminis n° 8).

A l’école du cƓur de JĂ©sus, l’éducation est un chemin de foi, d’espĂ©rance et de charitĂ©. Un pays de mission.

Une Ă©cole pour croire – Marie a cru

L’école catholique doit ĂȘtre une force de proposition de la foi. Elle doit offrir plus qu’une culture religieuse et plus que des valeurs Ă©vangĂ©liques pourtant nĂ©cessaires. La dĂ©marche de foi conduit Ă  une rencontre personnelle avec le Christ, avec sa Parole, avec les sacrements de l’Eglise, par l’expĂ©rience de la priĂšre, de la communion fraternelle et du partage.

Le cƓur du Christ nous renvoie Ă  la croix, au mystĂšre pascal, Ă  l’annonce kĂ©rygmatique : Dieu est amour. En son Fils bien aimĂ©, il nous ouvre son cƓur. Un cƓur blessĂ© Ă  cause de nos fautes. Mais son amour est plus fort que la mort. Et dĂ©jĂ  de son cĂŽtĂ© meurtri, jaillit la vie.

  • Cette proposition suppose une prĂ©sence chrĂ©tienne, lieu de visibilitĂ© et de contact avec le Christ. Cela suppose une communautĂ© de foi, disponible et accueillante, des espaces de convivialitĂ© et de rupture qui favorisent la prise de distance, le recueillement, l’approfondissement. Cette visibilitĂ© requiert aussi des signes d’identification et d’appartenance.
  • La proposition de foi devient une premier annonce du Christ. Elle engage une dĂ©marche de type catĂ©chumĂ©nal vis Ă  vis de jeunes qui ne sont plus portĂ©s par des familles chrĂ©tiennes et ne bĂ©nĂ©ficient pas d’un encadrement ecclĂ©sial rĂ©gulier. Cette premiĂšre annonce de la foi pourra s’appuyer sur le tĂ©moignage chrĂ©tienne pour Ă©veiller le dĂ©sir et le goĂ»t de Dieu et d’une expĂ©rience de la Parole de Dieu.
    La jeunesse aujourd’hui offre une chance exceptionnelle pour une Ă©vangĂ©lisation aujourd’hui pour peu qu’il y ait du monde disponible pour la rencontrer ? Nous avons Ă  faire, aujourd’hui, Ă  une jeunesse « dĂ©sidĂ©ologisĂ© » par rapport au phĂ©nomĂšne religieux, c’est-Ă -dire qui n’a pas eu de lecture « nĂ©gative » ou « ultra positive » de l’Eglise
  • L’offre catĂ©chĂ©tique doit proposer une vision synthĂ©tique des vĂ©ritĂ©s de la foi, le noyau dur de la foi, Ă  l’heure oĂč les dĂ©marches spirituelles souvent Ă©clectiques font recette sur le marchĂ© du surnaturel et charrient beaucoup d’ignorance. L’énoncĂ© de la foi doit aller de pair avec l’intelligence de la foi. La dĂ©marche d’adhĂ©sion doit embrayer sur la communication d’un contenu. Non par deux phases successives mais plutĂŽt deux dĂ©marches articulĂ©es entre elles : explication objective qui va de pair avec l’implication personnalisĂ©e, jusqu’à l’appropriation. (Et, comme le souligne le Directoire de la CatĂ©chĂšse, prendre comme point de rĂ©fĂ©rence le processus catĂ©chĂ©tique de la catĂ©chĂšse des adultes et comme point d’appui la vie sacramentelle)
  • Le processus de transmission de la foi doit ĂȘtre conçu comme une vraie initiation chrĂ©tienne, d’inspiration baptismale. RĂ©appropriation des sacrements, pĂ©dagogie des saints.
  • Le cƓur doit ĂȘtre touchĂ© pour que de proche en proche toute l’existence du jeune soit Ă©vangĂ©lisĂ©e grĂące Ă  un travail d’accompagnement et de cheminement rĂ©gulier. Cela requiert disponibilitĂ© et gratuitĂ©. Oui, l’école catholique doit devenir une Ă©cole du croire : une propĂ©deutique de la foi, une foi qui s’inscrit dans toutes les dimensions de l’existence et les zones de l’ĂȘtre humain. Une foi aguerrie dans un contexte oĂč le jeune est livrĂ© au pluralisme d’opinion et aux scepticismes idĂ©ologiques. Elle passe par le chemin Ă©troit entre la prise de conscience d’une claire identitĂ© chrĂ©tienne, et d’autre part la tolĂ©rance (charitĂ© des idĂ©es) et le respect d’autrui (sans prosĂ©lytisme).

Une Ă©cole qui espĂšre – M. Madeleine a espĂ©rĂ©.

Le Christ a voulu partager la blessure du cƓur de l’homme.

L’école rassemble de plus en plus de jeunes fragilisĂ©s affectivement, en errance sociale, des « jeunes sans rivage » (H. Madelin), marquĂ©s par la confusion des valeurs, sans repĂšres fondateurs.

Le monde des jeunes et des enfants est blessĂ©. L’espĂ©rance est la vertu du combat. L’éducateur doit ĂȘtre un ĂȘtre d’espĂ©rance qui croit dans le jeune lorsque celui-ci subit l’échec scolaire ou familial (les 2 sont liĂ©s). Il espĂšre quand ce dernier n’espĂšre plus.

Des lieux thĂ©rapeutiques sont Ă  amĂ©nager au sein des Ă©tablissements : lieux d’accueil et d’écoute, oĂč le psychologique rencontre la foi, sans confusion ni parallĂ©lisme. Des adultes debout aident des jeunes Ă  se redresser et Ă  refaire surface. On a besoin de lieux de confidence et de convivance Ă  l’heure oĂč fleurit tous azimuts l’individualisme sans illusions, l’estompe des repĂšres, des spiritualitĂ©s qui exposent leurs menus composites et des mĂ©dias dĂ©mangĂ©s par la soif de l’insolite.

Pour espĂ©rer, il faut pouvoir se dire, ĂȘtre Ă©coutĂ©, entendre une parole, peut ĂȘtre exigeante, marquĂ©e par la compassion et la promesse. Une parole performative qui se traduit par un agir.

La passĂ© mal digĂ©rĂ© blesse l’espĂ©rance. Il bloque tout cheminement. Sans doute, en s’y prĂ©parant soigneusement, le sacrement de confession doit retrouver une place privilĂ©giĂ©e dans le travail de rĂ©conciliation avec soi-mĂȘme et son passĂ©.

Une Ă©cole pour aimer – JĂ©sus a aimĂ©

Les enfants ont besoin d’adultes qui les aiment pour ce qu’ils sont et tels qu’ils sont, sans qu’ils aient Ă  « faire jeune » et faire peser sur les gĂ©nĂ©rations nouvelles leurs dĂ©ceptions et leurs problĂšmes d’adultes.

L’ñme de l’école, c’est la charitĂ©. La communautĂ© Ă©ducative formĂ©e d’enseignants, des directeurs, des Ă©ducateurs, des parents, du personnel administratif, des jeunes et des enfants devraient ne former « qu’un seul cƓur, qu’une seule Ăąme » (comme la primitive communautĂ© chrĂ©tienne). Une communautĂ© dont le Christ est au centre. Une communautĂ© en forme de cƓur. « L’amour se fait cƓur ».

Cette communautĂ© doit se donner les moyens de vivre selon l’Evangile :

  • CommunautĂ© de priĂšre qui se rassemble autour du Christ et de sa Parole.
  • CommunautĂ© de partage, attentive au dĂ©ploiement de la personnalitĂ© de chacun et de leurs dons, soucieuse de ceux qui sont loin et en difficultĂ©.
  • CommunautĂ© de tĂ©moignage par la parole, mais surtout par l’exemplaritĂ© de vie.
  • CommunautĂ© attentive aux appels de l’Esprit, capable d’inventer et de faire du neuf.
  • CommunautĂ© ouverte sur le monde.

Cette communautĂ© constitue un Ă©cho-systĂšme donnant Ă  voir et Ă  vivre un modĂšle chrĂ©tien d’existence, un rĂ©fĂ©rent au quotidien, une expression en miniature de ce qu’est l’Eglise.

Cette charitĂ© Ă©vangĂ©lique transfigure le regard que l’enseignant porte sur l’enfant, et celui de l’enfant sur les enseignants.

Conclusion

Le Pape Pie XI avait une formule osĂ©e (Misericordissimi Redemptor), « le symbole du CƓur du Christ rĂ©sume l’ensemble de la religion chrĂ©tienne ». La formule est audacieuse. Elle est aussi une invitation adressĂ©e Ă  l’Eglise, Ă  l’école catholique Ă  trouver dans le CƓur de JĂ©sus un supplĂ©ment d’ñme, une identitĂ©, peut ĂȘtre un projet. J’ai bien conscience de n’avoir esquissĂ© avec vous qu’un panorama rapide des Ă©tonnantes perspectives pastorales que nous offre la spiritualitĂ© du CƓur du Christ, en cherchant Ă  les appliquer Ă  l’école catholique.

Puissent ces quelques rĂ©flexions contribuer « Ă  nous approcher du Christ dans le mystĂšre de son CƓur… et nous arrĂȘter sur ce point central de la RĂ©vĂ©lation de l’amour misĂ©ricordieux du PĂšre » (Jean-Paul II Dives misericordia).

« Le cƓur transpercĂ© est comme un rĂ©sumĂ© du mystĂšre chrĂ©tien » Pie XII Haurietatis Aquas.

+ Dominique Rey
EvĂȘque de FrĂ©jus-Toulon
27 novembre 2002

 


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