19 août 2024
HomĂ©lie de Mgr Touvet pour l’Assomption, au sanctuaire de Notre-Dame de GrĂąces
Assomption de la Vierge Marie
Jeudi 15 août 2024
ND de GrĂąces – Cotignac
Chers frĂšres et sĆurs,
Le mystĂšre de lâAssomption est souvent reprĂ©sentĂ© dans nos Ă©glises : de grandes peintures ou vitraux nous montrent la Vierge Marie Ă©levĂ©e vers le Ciel par une multitude dâanges et accueillie par son Fils JĂ©sus le Seigneur, Premier-nĂ© dâentre les morts, le tout dans un grand rayon de lumiĂšre. Peut-ĂȘtre moins frĂ©quente est lâimage de cette « femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tĂȘte une couronne de douze Ă©toiles », et devant elle, prĂȘt à « dĂ©vorer son enfant dĂšs sa naissance », « un grand dragon, rouge feu, avec sept tĂȘtes et dix cornes, et sur chacune des sept tĂȘtes un diadĂšme ».
Cette image, ce « grand signe », dĂ©crit par le livre de lâApocalypse, nous dit et rĂ©capitule tout le drame de lâhistoire de lâhumanitĂ©. Depuis le premier pĂ©chĂ©, acte de dĂ©sobĂ©issance orgueilleuse dâAdam et Ăve envers YahvĂ©, lâhomme et la femme sont soumis aux assauts du mal qui cherche Ă les dĂ©tourner du CrĂ©ateur, et Dieu ne cesse de renouveler son Alliance initiale par ses prophĂštes ; le point culminant pour lâĂ©ternitĂ© Ă©tant la venue de JĂ©sus, le nouvel Adam nĂ© de Marie, la nouvelle Ăve. On trouve mĂȘme dans le livre de la GenĂšse (3,15) ces quelques mots quâon appelle le protĂ©vangile, car Ă©crit bien avant JĂ©sus mais contenant dĂ©jĂ une annonce condensĂ©e du message de lâĂvangile : « je mettrai une hostilitĂ© entre toi [le serpent] et la femme, entre ton lignage et le sien. Il tâĂ©crasera la tĂȘte et tu lâatteindras au talon ».
Ce drame continue de se jouer dans notre monde contemporain comme il sâest dĂ©roulĂ© au long des siĂšcles. DĂšs la naissance du Christ, HĂ©rode fit mettre Ă mort les Saints-Innocents, et la folie humaine sâest dĂ©chainĂ©e Ă travers les Ăąges et sur tous les continents en toutes formes de violence et dâinjustice. Aujourdâhui encore, sous couvert de la loi, on continue de mettre Ă mort les enfants innocents avant leur naissance ; on voudrait aussi lĂ©galiser un soi-disant « suicide assistĂ© » dĂ©crit comme un dernier « acte d’amour » (il fallait oser !), mais que le Pape François avait appelĂ© il y a quelques annĂ©es « nazisme en gants blancs » (il fallait oser aussi). Câest dâailleurs le premier projet de loi dĂ©posĂ© dans cette nouvelle lĂ©gislature qui fait suite Ă la dissolution de lâAssemblĂ©e Nationale, comme si câĂ©tait la premiĂšre urgence pour notre pays !
Il y a quelques jours, les Jeux Olympiques, au-delĂ des exploits sportifs incroyables, de la fraternitĂ© universelle et de la ferveur populaire indĂ©niable, ont Ă©tĂ© lâoccasion pour quelques metteurs en scĂšne spĂ©cialement choisis par nos autoritĂ©s â on les appelle des « artistes » – de dĂ©ployer les « dragons » et les « serpents » de lâidĂ©ologie crachant leur venin en caricaturant et parodiant ce qui est beau et vrai et en donnant pour modĂšle et exemple, y compris aux enfants qui Ă©taient devant les Ă©crans de tĂ©lĂ©vision, toutes les outrances et dĂ©viances possibles. Des chrĂ©tiens â mais pas seulement – ont eu la force et le courage de rĂ©agir en dĂ©nonçant cette laideur grotesque et en rĂ©futant que ce soit la France de demain.
Le 2 mars 1922, il y a 102 ans, le Pape Pie XI donnait Ă la France sa patronne principale : Notre-Dame de lâAssomption, et sa patronne secondaire : sainte Jeanne dâArc. Il Ă©crivait ceci : « Nous prions Dieu, auteur de tous biens, que par l’intercession de ces deux cĂ©lestes patronnes, la mĂšre de Dieu Ă©levĂ©e au ciel, et Sainte Jeanne d’Arc, [âŠ] la France catholique, ses espĂ©rances tendues vers la vraie libertĂ© et son antique dignitĂ©, soit vraiment la fille premiĂšre-nĂ©e de l’Ăglise Romaine : qu’elle Ă©chauffe, garde, dĂ©veloppe par la pensĂ©e, l’action, l’amour ses antiques et glorieuses traditions pour le bien de la religion et de la patrie. »
Il donnait ainsi Ă©cho au vĆu du Roi Louis XIII consacrant la France Ă la Vierge Marie le 10 fĂ©vrier 1638, en action de grĂąces pour la naissance dâun hĂ©ritier, le futur Louis XIV, aprĂšs 23 ans de mariage avec Anne dâAutriche. Cette naissance du Dauphin avait Ă©tĂ© demandĂ©e ici Ă Cotignac par la reine qui donna mission au FrĂšre Fiacre dây faire une neuvaine. Je cite le vĆu de Louis XIII : « dĂ©clarons que, prenant la trĂšs sainte et trĂšs glorieuse Vierge pour protectrice spĂ©ciale de notre royaume, nous lui consacrons particuliĂšrement notre personne, notre Ătat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et dĂ©fendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, que, soit qu’il souffre le flĂ©au de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons Ă Dieu de tout notre cĆur, il ne sorte point des voies de la grĂące qui conduisent Ă celles de la gloire. »
Sans regarder le passĂ© avec nostalgie, il est intĂ©ressant dâĂ©voquer ici ces deux pages dâhistoire religieuse en France. Laissons de cĂŽtĂ© les outrances morales du moment⊠Notre Histoire et notre Tradition sont belles, nous le savons bien ici en Provence, porte de lâĂ©vangĂ©lisation de la Gaule. Elles nous disent quelque chose pour aujourdâhui. La victoire est assurĂ©e !
Victoire assurĂ©e, câest notre foi : JĂ©sus est ressuscitĂ©, vainqueur de la mort, et sur lui la mort nâa plus aucun pouvoir. « Si la mort est venue par un homme, câest par un homme aussi que vient la rĂ©surrection » nous dit saint Paul dans sa lettre aux corinthiens.
Mais victoire pas encore achevĂ©e, lâapĂŽtre nous le dit aussi : « tout sera achevĂ© quand le Christ remettra le pouvoir royal Ă Dieu son PĂšre aprĂšs avoir anĂ©anti parmi les ĂȘtres cĂ©lestes, toute PrincipautĂ©, toute SouverainetĂ© et Puissance. Car câest lui qui doit rĂ©gner jusquâau jour oĂč Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis ». Aujourdâhui, le combat des puissances du mal contre lâĆuvre de Dieu, et celui des forces occultes qui cherchent Ă relativiser la vĂ©ritĂ© et Ă brouiller lâĂ©quilibre de la crĂ©ation de Dieu, se poursuit sous forme dâatteintes Ă la vie humaine, Ă la dignitĂ© inviolable de toute personne, Ă la famille et Ă la filiation naturelle, Ă la libertĂ© religieuse, mais aussi sous forme dâinjustices sociales ou Ă©conomiques, dâexils forcĂ©s, de terrorisme religieux, de « colonisation idĂ©ologique » – formule du Pape François – de dĂ©sĂ©quilibres internationaux et de guerres, et encore sous la forme de notre orgueil, notre Ă©goĂŻsme, notre jalousie, notre pĂ©chĂ© Ă chacun. BaptisĂ©s, nous sommes dĂ©jĂ vainqueurs, certes, et pourtant, nous faisons lâexpĂ©rience quotidienne de notre faiblesse. La conversion est devant nous.
Que pouvons-nous faire alors ? Comment pouvons-nous empĂȘcher le dragon de lâApocalypse de dĂ©vorer et balayer lâĆuvre dâAmour et de salut du Seigneur notre Dieu ? Que faire pour que toute lâhumanitĂ© puisse chanter avec la Vierge Marie « le Seigneur fit pour moi des merveilles, saint est son nom ! »
Dâabord ne pas se laisser mordre au talon par le serpent, ne pas laisser de prise Ă lâEsprit du mal, le dĂ©mon, qui cherche Ă nous diviser et Ă nous Ă©loigner du chemin de lâĂvangile : la conversion personnelle est un combat de chaque jour. En choisissant de rejeter le mal et de rĂ©pondre Ă lâappel du Seigneur, nous pouvons enraciner davantage notre vie dans le Christ JĂ©sus notre Seigneur, afin de lui ressembler et dâĂȘtre ses tĂ©moins par le caractĂšre authentique de notre existence quotidienne. Les sacrements nous aident Ă fortifier et embellir cette ressemblance reçue le jour du saint BaptĂȘme : il nous faut laisser se dĂ©velopper en nous les grĂąces de la Confirmation et de lâEucharistie, renouveler chaque jour les engagements de notre mariage ou de notre consĂ©cration ou de notre ordination, et accueillir la joie de la rĂ©surrection dans le sacrement de pĂ©nitence et rĂ©conciliation. De mĂȘme, par notre priĂšre personnelle et communautaire, notre participation Ă la liturgie de lâĂglise, nous vivons et respirons vraiment du bon air de la charitĂ© divine.
Autre point pour arrĂȘter le dragon de lâApocalypse : notre engagement concret dans le monde. Nous sommes appelĂ©s, chacun selon notre Ă©tat de vie, Ă rĂ©pondre Ă notre vocation afin que le bien que nous semons comme le grain puisse rejaillir dans le monde entier en une moisson abondante de charitĂ© : pour les uns, lâadoption dâun enfant, pour dâautres lâaccueil de migrants, le service des malades, la visite aux prisonniers, la protection des enfants, lâĂ©ducation de la jeunesse, lâaccompagnement des familles, la solidaritĂ© internationale, « lâĂ©cologie intĂ©grale », bref ⊠toutes les Ćuvres de misĂ©ricorde, tout ce qui fait du bien, sans oublier la rĂ©conciliation qui guĂ©rit la blessure de la dispute ou de la malveillance ou de la mĂ©disanceâŠ
Enfin, troisiĂšme action : Ă©craser la tĂȘte du serpent. Je crois que les temps dâaujourdâhui nous invitent au courage du tĂ©moignage et de la parole. En cette fĂȘte patronale de la France, prenons la mesure de tout ce qui est en train de se jouer. Ne nous laissons pas bĂąillonner ou endormir ! Le dragon va encore chercher Ă nous mordre, et il faut rester vigilants. Mais quelle sociĂ©tĂ© voulons-nous pour nos enfants ? Nous nâallons pas assister Ă ce spectacle dĂ©cadent sans rien dire. Je vous invite au courage de la parole et du tĂ©moignage chrĂ©tien : dans vos familles, dans vos relations amicales, dans la vie sociale, sans oublier de saisir quand il le faut ceux qui ont Ă©tĂ© Ă©lus au Parlement pour voter les lois.
Sainte Marie, Notre-Dame de GrĂąces, toi vers qui sont venus des milliers de pĂšlerins, nous te prions : veille sur nous, veille sur nos familles et sur nos enfants, veille sur notre chĂšre France, protĂšge-nous, marche avec nous ! Apprends-nous Ă accueillir le souffle divin de lâEsprit-Saint et Ă proclamer la victoire du RessuscitĂ© Ă laquelle tu es associĂ©e par grĂące depuis le jour de ta dormition. « Toi Notre-Dame, nous te chantons ; toi notre MĂšre, nous te prions ».
Amen.



