11 avril 2024
HomĂ©lie de Mgr Touvet – Messe du dimanche de la MisĂ©ricorde Ă Saint-François de Paule
Chers frĂšres et sĆurs,
Nous achevons aujourdâhui lâOctave de PĂąques qui nous aura permis de plonger au cĆur de notre foi chrĂ©tienne, de goĂ»ter la richesse du mystĂšre du salut en Notre Seigneur JĂ©sus mort et ressuscitĂ©. Dans toutes les paroisses, dans la vĂŽtre, des catĂ©chumĂšnes ont Ă©tĂ© conduits Ă la fontaine baptismale et y ont Ă©tĂ© lavĂ©s de leurs pĂ©chĂ©s, rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, recréés. Ils sont renĂ©s. « Si donc, par le baptĂȘme qui nous unit Ă sa mort, nous avons Ă©tĂ© mis au tombeau avec lui, câest pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du PĂšre, est ressuscitĂ© dâentre les morts » (Rm 6). Parmi nous aujourdâhui, en ce Dimanche in albis, ces jeunes frĂšres et sĆurs chrĂ©tiens, quâon appelle nĂ©ophytes, nouveaux-nĂ©s, encore habillĂ©s de blanc, nous aident Ă accueillir cette grĂące insondable de la vie que Dieu nous donne par son Fils JĂ©sus. LâĂglise sâest enrichie et embellie de leur prĂ©sence, et leur doit un accompagnement plein de bienveillance et dâattention, leur offrant aussi les repĂšres dont ils ont besoin pour marcher Ă la suite du Christ. Le Dimanche est le premier jour de la semaine parce quâil est le premier jour de la crĂ©ation nouvelle, le jour de la victoire de Dieu sur le pĂ©chĂ© et la mort. Câest en ce jour que nous puisons Ă la source, le CĆur misĂ©ricordieux de JĂ©sus, toutes les grĂąces nĂ©cessaires.
Je suis heureux en ce dimanche de la misĂ©ricorde de visiter votre paroisse, non seulement parce que câest le Jour du Seigneur tout simplement, mais aussi parce que ma visite sâinscrit dans une vaste visite pastorale de toutes les paroisses du diocĂšse, de dimanche en dimanche â câest rĂ©servĂ© jusquâen janvier 2025 – et cela comble mon cĆur de pasteur. Câest aussi lâoccasion pour moi de vous manifester de façon concrĂšte la misĂ©ricorde de notre Dieu, la bienveillance des pasteurs de lâĂglise. Il nây a pas de fidĂšles Ă part ou de cĂŽtĂ© ou en marge. Nous devons tous travailler Ă la communion de lâĂglise qui sâenrichit de tant de diversitĂ©s, nous devons tous aussi apprendre lâobĂ©issance Ă lâĂglise « Mater et Magistra ». Et enfin, ce dimanche de la misĂ©ricorde est la fĂȘte de nos chers missionnaires de la MisĂ©ricorde Divine qui assurent pour vous le ministĂšre de la prĂ©dication, de la sanctification et du gouvernement pastoral dans cette paroisse personnelle. Sachez que, dans le cadre des missions que mâa confiĂ©es le Saint-PĂšre, je suis trĂšs concentrĂ© sur les questions qui les concernent et que je veille sur eux avec « amour et vĂ©ritĂ© » « misericordia et veritas » selon ma devise Ă©piscopale, tant sur le ministĂšre des prĂȘtres que sur lâavancement de la formation de ceux qui aspirent aux Ordres SacrĂ©s.
Il nous faut nous demander ce matin comment lâexpĂ©rience de lâapĂŽtre Thomas peut nous Ă©clairer et nous permettre de grandir encore dans la foi. En fait, nous sommes tous, chacun, un Thomas. Dâailleurs Thomas signifie « jumeau ». De qui est-il le jumeau ? Nous nâen savons rien. Mais nous pouvons affirmer quâil est notre jumeau Ă chacun. Nous nous reconnaissons en lui dans sa rencontre avec le Seigneur JĂ©sus ressuscitĂ©.
PremiĂšre ressemblance :
JĂ©sus vient Ă sa rencontre alors que les portes sont fermĂ©es. Nous-mĂȘmes sommes rejoints par le Seigneur dans la rĂ©alitĂ© de notre vie. Nous pouvons nous installer dans une certaine routine, dans nos habitudes, nos certitudes. Et notre cĆur peut alors se fermer comme une porte. La porte peut ĂȘtre verrouillĂ©e Ă double tour, ou seulement repoussĂ©e doucement. Lâexamen de notre conscience nous permet de discerner comment notre cĆur est fermĂ© Ă la venue de JĂ©sus : « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt Ă la place des clous et ma main dans son cĂŽtĂ©, je ne croirai point ». Nous pouvons aussi repĂ©rer comment la porte de notre cĆur peut sâouvrir ou non : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Chacun voit bien ce que je veux dire. Câest vrai pour moi aussi dâailleurs. Notre cĆur sâouvre et se ferme. La grĂące et la misĂ©ricorde, elles, se donnent sans cesse, et toujours en abondance. Le CĆur de JĂ©sus a Ă©tĂ© transpercĂ©, il ne se ferme pas, il dĂ©verse une source, un torrent dâamour dans nos cĆurs, pourvu que notre cĆur sâouvre, lui. Nous sommes les jumeaux de Thomas parce que notre cĆur ressemble au sien : un cĆur pauvre et fragile, qui peut, avec la grĂące de Dieu, devenir un cĆur enflammĂ© et rayonnant de foi et de bontĂ©.
Il y a une deuxiĂšme ressemblance entre nous et Thomas :
Nous recevons la rĂ©vĂ©lation de la misĂ©ricorde par les blessures du crucifiĂ© : « Mets ici ton doigt, et regarde mes mains ; approche aussi ta main, et mets-la dans mon cĂŽtĂ© ». Les stigmates de JĂ©sus rappelĂ©es tant sur les pierres dâautel que sur le cierge pascal sont les plaies par lesquelles le sang de JĂ©sus est versĂ© et vient nous purifier. Il est beau de contempler les saintes plaies de JĂ©sus, de sâen approcher, et dây mettre notre doigt, notre main. En faisant ainsi, nous mesurons lâinfinie grandeur de lâamour de Dieu pour nous, cet amour qui lâa conduit Ă sâoffrir lui-mĂȘme en sacrifice sur la croix pour le pardon des pĂ©chĂ©s. SpontanĂ©ment, nous nâallons pas vers les blessures, vers la souffrance. JĂ©sus nous y invite pourtant, non pour nous y complaire dans un sentiment doloriste dĂ©sordonnĂ©, mais pour nous laisser toucher par son infinie tendresse, sa misĂ©ricorde. En regardant son cĆur blessĂ©, en entrant en contact avec les blessures de JĂ©sus, nous accueillons en nous cet amour infini quâil nous a rĂ©vĂ©lĂ© par sa mort sur la Croix. Câest justement ce que nous cĂ©lĂ©brons dans la sainte Eucharistie. LĂ , dans le sacrifice de la messe, nous sommes autant au pied de la croix que devant JĂ©sus qui nous dit « Paix avec vous », « recevez lâEsprit-Saint ». LâapĂŽtre Pierre nous le dit bien : « Câest par ses blessures que nous sommes guĂ©ris ».
Enfin, troisiĂšme ressemblance avec notre jumeau, Thomas :
JĂ©sus nous conduit Ă la foi, comme lui. Les nĂ©ophytes nous le rappellent en ces jours. La foi est un don. Ce nâest pas une construction intellectuelle ou idĂ©ologique. Câest lâadhĂ©sion de tout notre ĂȘtre Ă Dieu lui-mĂȘme qui nous a parlĂ© par son Fils, et aujourdâhui par tant de mĂ©diations, en particulier le tĂ©moignage des chrĂ©tiens ou la sainte liturgie. Suscitant notre rĂ©ponse libre, le Seigneur JĂ©sus nous invite Ă le suivre, il nous appelle. Et cela se traduit par des engagements concrets car la profession de foi ne se rĂ©duit pas Ă la proclamation du symbole, le Credo, mais elle doit se traduire dans notre vie quotidienne, nos actions, nos paroles. « Montre-moi ta foi qui nâagit pas – nous dit lâapĂŽtre saint Jacques – ta foi est bel et bien morte » (Jc 2,17). Par sa naissance, par son enseignement, par les miracles accomplis, par sa mort sur la croix, par sa rĂ©surrection dâentre les morts,⊠le Seigneur JĂ©sus nous conduit Ă la foi, nous rend capable de Le choisir par conviction et adhĂ©sion profonde, mais aussi de lui rendre tĂ©moignage par une vie donnĂ©e comme lui, et par une effusion de misĂ©ricorde, de charitĂ©, de bontĂ©, de bienveillance, de pardon. « Qui est celui qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que JĂ©sus est le Fils de Dieu ? » nous dit saint Jean, nous lâavons entendu dans lâĂ©pĂźtre.
En nous approchant de la sainte Table pour communier au corps du Christ, blessĂ©, mort, vivant et glorieux, nous recevons la nourriture de notre charitĂ©. Demandons la grĂące de mĂ©riter ce don immense de la vie divine dont nous devenons participants. Que par lâintercession de saint Thomas, notre jumeau, nous puissions grandir encore dans la foi, et trouver la force nĂ©cessaire pour donner un tĂ©moignage courageux et authentique dans le monde dâaujourdâhui. Regardons les plaies de JĂ©sus, et ouvrons nos cĆurs fermĂ©s pour recevoir la misĂ©ricorde et la tendresse du Seigneur.
Amen.
